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N°432 - Dossier "La philo en discussion"

Université populaire de Narbonne : le pôle philosophie

Par Michel Tozzi

28 mars 2005
Acquérir une culture philosophique, apprendre à philosopher, est-ce possible à tout âge ? Oui, répondent les Universités Populaires ouvertes dans plusieurs grandes villes de France qui proposent à des publics de tous âges des conférences, débats et ateliers.

L’Université Populaire de Septimanie (UPS) a été officiellement ouverte à Narbonne en octobre 2004 par Alain Delsol, chargé de cours à Montpellier 3, et Nicole Cathala, responsable du Club Léo Lagrange, qui accueille les cours de l’UPS et en assure la logistique. Une série de sept conférences d’information avait annoncé de décembre 2003 à juin 2004 les différentes activités proposées : pôle « Grands problèmes contemporains », essentiellement axé sur une approche socio-économique des phénomènes, en relation avec le processus de mondialisation, autour d’Henri Solans, économiste à l’Université de Perpignan ; pôle « Approches de la Narbonnaise », étude des réalités historiques, géographiques, culturelles locales, autour de Gilbert Gaudin, Inspecteur d’histoire-géographie ; pôle « Cultures et civilisations », centré sur le fait religieux, avec la participation des représentants de différentes religions ; pôle « Philosophie », autour de Michel Tozzi, professeur à l’Université de Montpellier 3. Il y a en outre des cours d’anglais assurés. Un site a été créé.
Elle s’est dotée, sur le modèle de l’Université Populaire de Michel Onfray lancée à Caen en 2002, d’une charte assurant la diffusion et l’appropriation du savoir au public le plus large, sur la base de la gratuité aux cours et du bénévolat des intervenants. Les UP de Caen, Lyon, Arras et Narbonne se sont mises en réseau d’information.

Le pôle philo

Il s’énonce de la façon suivante.
« Dans un monde où les lendemains qui chantent semblent s’être éloignés, et où l’on peine à construire du lien social et politique, du consensus sur les valeurs, l’individu contemporain met sur le chantier la question de la construction du sens de sa vie personnelle et collective. C’est dans ce contexte qu’émerge la forte demande sociale aujourd’hui adressée à la philosophie, que peut relayer à sa façon une Université Populaire. Celle-ci proposera différentes approches pour réfléchir et débattre sur les problèmes posés à la condition humaine. Notre attachement à des valeurs et au questionnement philosophique sera ainsi mis à l’épreuve ».
Ce pôle s’est donné pour projet d’articuler deux dimensions qui nous semblent fondamentales et complémentaires.

La diffusion d’une culture philosophique, sous forme de conférences-débats et d’entretiens (animation par Robert Gauthier, professeur de philosophie).
« Il s’agit pour la première année de réfléchir à un thème portant sur une question éthique, la bioéthique, resituée dans le problème plus vaste posé par la technique, afin de mettre en liaison un aspect du réel avec les valeurs accordées à la personne humaine ; d’organiser une réflexion en commun, car de la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde à la mort, les progrès de la science et de la médecine ne cessent de provoquer nos convictions et les valeurs qui les fondent. Ainsi, grâce au dialogue, chacun peut s’enrichir de pensées dont aucun, isolé, n’aurait pu être le créateur ».
Les réunions ont lieu une fois par mois, et des conférences-débats accueillent des intervenants extérieurs : médecins, psychologues, philosophes...

L’apprentissage du philosopher, sous forme de deux ateliers.
Un atelier pour adultes (animation par Michel Tozzi).
« Il s’agit d’instaurer un espace communicationnel garanti par des règles de fonctionnement démocratique et des exigences intellectuelles, où des points de vue différents peuvent se confronter de façon pluraliste et respectueuse. Ce type d’atelier philosophique contribue ainsi à (re) tisser du lien social, à créer un lieu citoyen qui favorise les conditions d’une interaction pacifiée par la médiation d’une parole régulée, qui (re) donne le goût de l’échange, et apprend à penser par soi-même. On ne vient dans cet atelier ni pour convaincre les autres (pas de prosélytisme religieux ou politique), ni pour s’épancher personnellement (ce n’est pas un atelier psychologique), mais pour écouter et s’enrichir des idées des autres, participants et grands philosophes ; et réfléchir et dialoguer rationnellement au sein d’une communauté de recherche sur les questions fondamentales de la condition humaine. »
Le thème abordé en 2004-2005 est le rapport de l’homme au temps.
L’atelier se déroule un samedi matin, de 10 heures à 12 heures, d’octobre à juin. Les séances alternent trois approches, à la fois spécifiques et complémentaires, de l’apprentissage du philosopher : des discussions entre participants (comme au café philo), une réflexion sur quelques textes philosophiques simples (comme dans un atelier de lecture de textes philosophiques), et des moments brefs d’écriture personnelle (comme dans un atelier d’écriture philosophique). Il est souhaitable de suivre le cycle en continu pour constituer un groupe permanent qui approfondit la réflexion sur un thème toute une année, mais on peut suivre ponctuellement une séance, qui forme en elle-même un tout.

Un atelier philosophique pour enfants (animation par Alain Delsol).
Désormais l’enfant a juridiquement des droits (Convention des Droits de l’enfant de l’ONU du 20 novembre 1989). Sans tomber dans l’illusion démagogique et en tenant compte de l’asymétrie adulte/enfant, il s’agit de mettre un groupe d’enfants en situation de « communauté de recherche » pour produire, à leur niveau, du débat rationnel. La séance se déroule en deux temps : une partie de 50 minutes où les enfants apprennent à définir et à interroger une question ou un petit texte simple ; suit une collation récréative, et pour terminer la reprise avec les enfants de la discussion.

Michel Tozzi, Professeur, université Montpellier 3


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