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L’actualité éducative du n° 533

Une refondation à poursuivre !

Cécile Blanchard, avec Catherine Rossignol et Sandrine Sirvent

Deux tables rondes et cinq ateliers sur une journée, pour faire un bilan de la refondation de l’école engagée en 2012 et tracer des perspectives, ou peut-être des lignes jaunes au-delà desquelles le retour en arrière serait dangereux ou catastrophique.

« L’heure est au bilan du quinquennat  », lance d’emblée Éric Charbonnier, expert international en éducation à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), lors de la première table ronde des Assises de la pédagogie du CRAP-Cahiers pédagogiques, sur le thème «  Où en est la refondation, quelles perspectives ?  ». Dans l’ensemble, les intervenants de cette table ronde ont salué la philosophie et les objectifs de la refondation de l’école menée durant le quinquennat de François Hollande, mais critiqué des manquements dans l’application. Pas assez de discussions sur les méthodes pédagogiques pour accompagner les enseignants dans la réforme des rythmes en primaire, toujours selon Éric Charbonnier ; une mise en place des nouveaux programmes «  sans aide des équipes, sans retour d’expérimentations en amont  » pour Patrick Rayou, chercheur en sciences de l’éducation et pilote du groupe d’élaboration des programmes de cycle 4. Qui ajoute : «  C’est pourtant utile d’associer les enseignants !  »

Caroline Rousseau, professeure de français en collège dans les Yvelines, a pour sa part complété le tableau depuis le terrain. Elle a dit sa satisfaction de constater «  l’implication de tous les enseignants et pas seulement de quelques “pédago” fous. Il y a une sorte de réhabilitation de la pédagogie  ». Autre bonne surprise, le travail en équipe : «  La réforme nous a obligés à travailler en équipe, une première dans mon collège, où il y avait des collègues fantômes qui maintenant travaillent avec nous, ont envie d’échanger.  » Concernant l’évaluation du DNB (diplôme national du brevet), elle observe qu’«  on arrive à quatre niveaux de maitrise qui sont un peu plus pertinents que ce qui existait  ». Au rayon des regrets, elle pointe l’ajout de matières et le fait que le DNB reste «  un diplôme sanction : de quoi ? pourquoi ?  ». Sans remettre en cause les contenus ou la logique des nouveaux programmes, elle souligne enfin la lourdeur de la tâche lorsqu’il faut les retravailler tous en même temps.

Sur cette même question, Patrick Rayou défend la philosophie générale de programmes, définis par cycles et qui ne sont plus une simple addition de disciplines. «  Des objectifs sont définis, ainsi que des aides pour étayer les élèves.  » Ce qui tranche selon lui avec une certaine «  élitisation du système éducatif  », dont un symbole est les devoirs à la maison, «  basés, pour les plus en difficultés, sur une suite de malentendus  ».

Concertation et constat partagé

Autres difficultés pointées par Caroline Rousseau : des réunions «  épiques  » sur les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires). «  Il faut mettre en place la réforme, oui, mais comment ? Une réunionite aigüe s’installe peu à peu dans les établissements. Nous avons eu onze réunions en un mois et demi, sans compter celles faites de manière informelle.  » Trop de concertation, au risque de tuer la motivation ?

La concertation apparait pourtant comme le maitre mot d’une réforme réussie. Éric Charbonnier confirme que «  c’est difficile partout dans le monde de mettre en place une réforme. Ce qui ressort, c’est que quand ça marche, c’est qu’il y a eu concertation  ». Il rappelle l’absence de «  choc PISA  » en France : «  Après publication des résultats de la première enquête, il n’y a pas eu ici de prise de conscience comme en Allemagne, mais une tentative de justifier les résultats médiocres qui s’est révélée être une perte de temps. En Allemagne, malgré l’organisation en Länder qui complexifie les choses, il y a eu un an de concertation. La mise en place de la réforme a eu lieu sans contestation par la suite.  »

Avant la concertation, il faut donc un constat partagé. Jean-Paul Delahaye considère qu’«  à l’époque où Vincent Peillon est arrivé au ministère, le bilan était partagé par l’ensemble des Français  ». Il renvoie à l’article premier de la loi de refondation de 2013 qui reprend les raisons qui ont motivé son adoption : l’échec de 30 % des élèves français, les écarts qui se creusent. Il s’agissait de «  redonner la priorité à ceux qui sont en très grande difficulté  ».

Intérêt général

Mais il alerte sur le fait que «  la France a encore trop de difficultés à construire une politique scolaire d’intérêt général. L’Éducation nationale ne devrait pas être le seul ministère concerné.  » Pour Éric Charbonnier, l’un des enjeux est d’«  accepter que tout n’est pas parfait et d’améliorer ce qui est à améliorer. C’est ce qu’ont réalisé les pays qui ont réformé leur système éducatif  ».

Dans la salle, lors de cette table ronde comme lors des ateliers organisés l’après-midi et de la restitution de ceux-ci par des grands témoins, se sont fait jour des inquiétudes concernant l’après-échéances électorales du printemps 2017. C’est à nouveau Jean-Paul Delahaye qui répond : «  On n’est pas à l’abri de solutions paresseuses, qui suivent la logique “puisque c’est impossible de faire réussir tout le monde, on ne le fait plus”. Il faut faire entendre que la réforme ne nuira pas à ceux qui réussissent, au contraire ! Car faute de consensus, la refondation ne sera qu’une suite de décisions techniques.  » Et qui dit techniques, dit faciles à supprimer.

Cette fois encore, la formation, initiale comme continue, est apparue comme un rempart. Avec son cortège de questions : est-ce que cela peut se faire sans toucher au verrou du temps de service des enseignants ? Quelles obligations ? Avec quels moyens ?

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