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N°436 - Dossier "Aider les élèves ?"

Une question de choix

Entretien avec des élèves d’un lycée expérimental

Raoul, Pauline, Simon et Geoffroy sont élèves au lycée expérimental de Saint-Nazaire. Ce sont eux qui, chargés momentanément de l’accueil, ont accepté de répondre à quelques questions.

Les élèves du Lycée expérimental ont souvent connu d’importantes difficultés dans leur scolarité. Est-ce que vous avez bénéficié de structures d’aide avant d’arriver ici ?
Je n’ai jamais eu l’impression d’être aidé dans le système traditionnel, mais désigné comme mauvais élève. En fait on ne m’a jamais proposé de m’aider autrement que par un travail supplémentaire. En quelque sorte tu es puni de ne pas être bon.

Pourtant, l’aide individualisée n’est pas conçue comme une punition !
Sans doute, mais c’est difficile à faire comprendre à des élèves de quatrième ou de troisième. Lorsque tu les fais revenir quand les autres n’ont pas cours, ça ressemble quand même à une heure de colle. La technique d’aide qui consiste à dire : « Si ça ne va pas tu reviens le mercredi matin, ça va t’aider », c’est nul. Ici, si j’ai besoin d’un coup de pouce, je quitte le cours une heure ou deux, je vais voir un membre de l’équipe éducative qui est libre et avec qui j’ai un atome crochu. Et ce n’est pas seulement pour des questions d’écriture ou de mathématiques que je suis aidé, à ce moment-là, c’est pour tout ce qui est au dehors . Pour être à l’aise en maths et en français, il faut être à l’aise avec ce qu’il y a derrière, il faut être à l’aise dans sa tête.

Donc n’importe qui, à tout moment, peut demander de l’aide à quelqu’un de l’équipe éducative ?
Ca se fait très couramment. Et si on ne se sent pas bien à l’intérieur du lycée pour causer, on sort boire un café.
Sur le plan pédagogique, l’aide au travail est naturelle ici. Je sais que quand je me plante en maths ou dans n’importe quelle matière, je vais bosser dessus tant que je pourrai tout seul mais que, si ça ne va vraiment pas, il y aura quelqu’un pour me filer un coup de main.
Dans le lycée traditionnel, on ne peut pas demander de l’aide en cours parce qu’il y a beaucoup d’élèves dans la classe. On ne peut pas non plus arrêter un prof à la pause pour lui poser des questions. Ca ne se fait pas.
Ici, l’aide vient de l’échange qu’il y a entre les profs et les élèves. Moi, j’ai redoublé un certain nombre de classes, je me suis énormément confronté au système éducatif et du coup, là, je me prends un peu une baffe de voir que ça se passe comme ça au lycée expérimental.

Mais est-ce que le fait de pouvoir obtenir de l’aide aussi facilement ne risque pas de vous décharger de vos responsabilités ?
Non, c’est un plus.

Ca vous incite à travailler davantage ?
Ca nous implique . D’autant plus que, prof et élève, on se retrouve l’un à côté de l’autre et pas l’un en face de l’autre. Tous les deux, on est devant la même feuille et les explications sont données à une personne ou à deux et non pas à 25 à la fois. Alors, s’il y a quelque chose qui ne va pas, on peut remonter à la source du problème.

Ce sont des relations pédagogiques très individualisées ! Est-ce qu’au Lycée expérimental vous supporteriez les cours magistraux ?
Il y en a beaucoup. Mais ils n’ont rien à voir avec la pédagogie traditionnelle parce qu’on les a décidés. Avant ce cours, il y en a eu un autre à la fin duquel on a trouvé nécessaire, avec le prof, de continuer, par exemple, par des statistiques ou des probabilités.

Donc, en plus de prendre part au choix des sujets d’ateliers [1], les élèves décident aussi de ce qu’ils vont faire dans les « groupes de niveau » ? [2]
Non, quand même pas ! Même si on a notre mot à dire pour ce qui concerne les travaux en groupes de niveau, c’est l’équipe éducative qui a pris en charge sa programmation. Il ne faut pas non plus nous prendre pour des adultes au niveau des responsabilités. Il y a des mesures qu’on sait prendre mais il y a des limites.

Est-ce qu’il existe des moments, institutionnellement établis, où il y a possibilité de faire état de ses difficultés, ou des moments d’aide repérés comme tels ?
il y a des bilans à la fin de chaque atelier. Il y a aussi les « groupes de suivi » dans lesquels un membre de l’équipe suit tout au long de l’année un petit groupe de 7 à 8 élèves qui l’ont choisi comme référent. C’est quelqu’un avec qui on a beaucoup plus de liens. Mais il n’y a pas de temps institutionnel pendant lesquels on ferait de l’aide au devoir ou du rattrapage.

Est-ce que les réunions de ce « groupe de suivi » sont obligatoires ?
Tout est obligatoire, en principe. Mais, dans la tête des élèves, ce groupe-là doit être plus présent que les autres. Ce temps est consacré à voir comment chacun s’intègre aux différents aspects de la vie de l’établissement. Personnellement, je ne m’en sers pas beaucoup, même si je pense que c’est très important.

Est-ce qu’ont été prévus des moments placés sous la responsabilité exclusive des élèves ?
Oui, il y a les TE (Travaux d’élèves). C’est un temps réservé aux activités décidées seulement par les élèves et pendant lesquels on peut, par exemple, faire des maths ou apprendre à jongler. Mais l’entraide se fait en dehors de ce temps-là : on se rencontre à deux ou trois pour bosser par exemple l’écrit du bac de français.

Lorsque je suis entré dans ce lycée, je me souviens qu’on m’a dit qu’ici tout était basé sur le choix et sur l’engagement. Si on a besoin d’aide, il suffit de créer la structure qui convient à condition que cela reste cohérent avec le fonctionnement collectif.

Propos recueillis par Pierre Madiot


[1Les ateliers fonctionnent sur le même principe que les TPE

[2Les groupes de niveau retrouvent la logique du découpage disciplinaire et des objectifs d’examen.


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