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N°441 - Dossier "L’EPS, embarras et inventions"

Une nouveauté : le département d’EPS de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan

Par Jacques Prioux et Olivier Kirzin - Suivi de la réponse de Denis Pasco

Après la parution des programmes d’EPS, pour le collège et pour les lycées, et des textes certificatifs des baccalauréats, la création d’un département d’EPS au sein d’une Ecole Normale Supérieure en 2002 marque son nouveau statut de discipline d’enseignement à part entière.

Intégré à l’ENS de Cachan sur son antenne de Bretagne de Ker Lann, le département EPS en assure les missions : préparer, par une formation culturelle et scientifique de haut niveau, des élèves se destinant à la recherche scientifique fondamentale ou appliquée, à l’enseignement universitaire ou dans les classes préparatoires, ainsi qu’à l’enseignement secondaire, et plus généralement, au service des administrations de l’Etat et des collectivités territoriales.

Le recrutement

Un des premiers embarras réside dans le nombre relativement faible de candidats au concours, qui, de plus, n’évolue que timidement (140 en 2002, 191 en 2005). L’existence du département et de ses modalités de recrutement est encore relativement méconnue des étudiants STAPS. De plus, l’analyse de l’origine géographique des candidats au concours témoigne d’une importante disparité dans la représentativité des différentes UFR.
Des efforts importants de communication sont réalisés à destination des universités pour mieux faire connaître les possibilités de formation qu’offre l’institution. De plus, le département EPS ambitionne de devenir un lieu central d’échanges et de réflexions sur la discipline : en octobre 2005 s’est tenue à Ker Lann la journée thématique de la conférence des directeurs STAPS sur « les métiers de l’enseignement en STAPS ».
Ce constat peut également s’expliquer par une frilosité compréhensible des UFR. Précisons que les étudiants ne sont attachés à l’ENS que pendant leurs trois premières années d’étude, pour la préparation du L3 [1] et du M1 qui se fait en convention avec l’UFR APS de Rennes 2, et pour la préparation à l’agrégation. En 4ième année, les normaliens s’inscrivent dans le M2 de leur choix, et peuvent par conséquent, revenir dans leurs centres de formation d’origine.
Enfin nous sommes attentifs à la répartition hommes/femmes parmi les candidats recrutés. Cependant, les hommes restent majoritairement représentés, et ce depuis l’ouverture du département, comme dans d’autres départements de l’ENS de Cachan et les explications se situent davantage en amont que dans la structure même des concours d’entrée. Un travail important de communication doit donc être lancé vers les lycées et les universités, particulièrement à l’intention des jeunes filles.

Dispositif de formation à et par la recherche

L’absence de véritable formation à et par la recherche à la rentrée universitaire 2004/2005 nécessitait de créer un dispositif dans l’urgence.
Une des premières étapes était la co-habilitation, par l’ENS de Cachan, de trois spécialités recherche du Master régional « Sport, Santé, Société ». L’antenne de Bretagne de l’ENS de Cachan a donc demandé et obtenu pour la rentrée 2005, avec l’appui des universités concernées, son habilitation partagée au sein de ce Master 3S.
Puis le Conseil Scientifique de l’ENS Cachan a reconnu le laboratoire de physiologie et de biomécanique de l’exercice musculaire comme le laboratoire du département EPS, pour les Sciences de la Vie, de la Santé et de l’Ingénieur. Une démarche identique reste à mener pour la reconnaissance d’un laboratoire de sciences humaines et sociales.
Enfin, des enseignements spécifiques au département EPS formant à et par la recherche ont été mis en place en Sciences de la Vie et de la Santé ainsi qu’en Sciences Humaines et Sociales.

A travers ces dispositifs (il faudrait citer aussi l’ouverture de l’année de préparation à l’agrégation à des étudiants admis sur dossier, les conférences hebdomadaires ouvertes à toutes les personnes souhaitant y assister...) notre ambition est de constituer un vecteur essentiel de formation et de recherche dans le domaine des sciences du sport et de l’éducation physique.

Jacques Prioux, Directeur du département EPS.
Olivier Kirzin, Responsable de la préparation à l’agrégation.

Site internet : [ www.bretagne.ens-cachan.fr/ScienceSport ]


À propos du département EPS de l’ENS Cachan

Denis Pasco a souhaité apporter une réponse à la communication du département Education Physique et Sportive de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan sur le site Internet des Cahiers pédagogiques, dans le dossier n°441 : « EPS, embarras et inventions ». Nous lui donnons la parole et le débat reste ouvert.

Face au faible nombre de candidats, filles ou garçons,se présentant à son concours de recrutement, le département éducation physique et sportive (EPS) de l’école normale supérieure (ENS) de Cachan poursuit une politique de communication. Depuis l’ouverture de cette formation en 2002, le nombre de candidats au concours est en effet resté très faible par rapport au nombre d’étudiants susceptibles d’intégrer cette formation. Cela est particulièrement surprenant dans le paysage des écoles normales françaises. Ces grandes écoles ne rencontrent aucune difficulté à recruter sur concours les étudiants les plus en réussite dans le système éducatif, étudiants préparés dès leur plus jeune âge dans les milieux sociaux les plus favorisés à intégrer ces institutions.
Deux raisons principales expliquent cette crise du recrutement : l’impossibilité d’assurer dans le concours l’équité entre candidats et candidates et, l’absence d’une réelle politique de formation et de recherche en EPS.
La première promotion d’étudiants intégrant ce département était composée d’une fille sur les 10 places ouvertes au concours. Si la dernière promotion correspond aux caractéristiques sociales des étudiants admis dans les ENS, le concours 2005 n’a recruté aucune fille parmi les 9 places disponibles. Elles étaient pourtant 8 à participer à la dernière phase de recrutement. L’explication se trouve dans le caractère inéquitable des barèmes des filles et des garçons pour les épreuves sportives. Cette situation, bien connue des responsables de la formation, reste inchangée. Elle a provoqué l’émoi du syndicat national des enseignants d’éducation physique, de diverses associations et du Ministre de l’Education Nationale lui-même.
La création d’un nouveau département à l’ENS Cachan ne peut rencontrer un écho favorable auprès des étudiants qu’à la condition de proposer une voie nouvelle et originale de formation. Le département EPS dispense une licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) par convention avec l’Université de Rennes 2 et forme à la recherche en physiologie et biomécanique de l’exercice musculaire ainsi qu’en sciences humaines et sociales. Cette formation correspond en tout point à celle dispensée dans les unités de formation et de recherche en STAPS. Les étudiants n’ont donc aucun intérêt à s’éloigner de leur domicile familial pour suivre une formation identique à celle proposée par l’Université la plus proche. La place de l’EPS est limitée dans ce département à la préparation de l’agrégation qui dispose de moyens considérables (800 heures de formation) pour préparer 15 à 20 candidats à se placer parmi les 15 postes d’enseignants accessibles par ce concours en France.
Le département EPS de l’ENS Cachan n’est pas parvenu à s’imposer dans le paysage des formations dispensées en éducation physique et sportive. On ne peut qu’encourager ses responsables à formaliser une offre de formation spécifique à cette discipline scolaire plutôt qu’à poursuivre leur politique de communication.

Denis Pasco, Université de Bretagne.


[1NDLR : Rappelons que les cursus universitaires harmonisés au niveau européen se définissent désormais par les trois lettres LMD : Licence (3ans) , Master, (2 ans) Doctorat.


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