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Compétences et curriculums

Une journée (et bien plus) avec KeyCoNet

Florence Castincaud

16 décembre 2014

Les équipes et les établissements qui se lancent, comme on dit, dans « les compétences », dans la réflexion sur les curriculums, dans l’évaluation sans notes, savent-ils qu’ils font partie d’un grand mouvement européen (et au-delà) ? En Irlande, en Autriche, à Malte, en Espagne, en Ecosse, en Lituanie, là aussi, des centaines d’équipes mais aussi des ministères et commissions gouvernementales mettent en place progressivement des changements importants. Florence Castincaud, directrice de publication des Cahiers pédagogiques, a participé à Bruxelles à un grand rassemblement européen autour des compétences.


C’est une vaste entreprise de révision des programmes qui est désormais lancée en Europe, avec, pour certains, déjà des réformes introduites dans la législation. Sous des dénominations différentes, ces réformes s’appuient sur la définition d’un nombre restreint de « compétences-clés » pour le XXIe siècle, sur une conception curriculaire des programmes, et sur une part d’interdisciplinarité. Certains s’y sont mis depuis les années 2000, d’autres plus récemment, et toujours avec des débats, voire des combats, et des avancées qui demandent du temps.

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©European Schoolnet

Alors, KeyCoNet ? Ce drôle de nom est celui d’un réseau européen de réflexion et d’échanges sur la mise en œuvre des politiques en matière de compétences-clés dans l’éducation. Il rassemble des partenaires de statuts variés (ministères, instituts et équipes de recherche, organisations et associations...) issus d’une dizaine de pays. En France, la DEGESCO est partenaire de KeyCoNet, et l’IFé (Institut français de l’éducation, ex INRP) a créé une plate-forme de partage et d’échanges sur ce thème. On y trouve de nombreux exemples d’expérience s présentées par ceux qui les mettent en œuvre, pour aider à progresser vers une meilleure compréhension commune, en identifiant les réussites comme les problèmes que chacun a pu rencontrer [1].

Les 25 et 26 novembre derniers avait lieu à Bruxelles la « Conférence finale KeyCoNet », qui n’avait rien de « final », car c’était plutôt un lancement : celui des « recommandations » formulées par le groupe de travail international qui anime ce réseau. J’y étais avec la délégation française conduite par Olivier Rey, responsable de la Veille éducative à l’IFé, que nous remercions chaleureusement pour son amicale invitation au Crap-Cahiers à se joindre au réseau. On a pu entendre des témoignages et questionnements formulés par des responsables ministériels comme par des enseignants « de base » sur les évolutions que suppose une approche par compétences, sur les scepticismes et résistances des professionnels et de la société, et aussi sur l’enthousiasme des acteurs de tous niveaux et des équipes pour qu’adviennent les changements nécessaires.
Chaque pays a fait des choix différents sur les niveaux d’enseignements concernés ou sur les échéances proposées, mais, partout, un paradigme basé sur les compétences comporte des constantes : de nouvelles façons d’enseigner et d’évaluer les élèves, des activités interdisciplinaires et un travail collaboratif entre enseignants et entre élèves, l’usage des Tice, et, bien sûr, clé de tout cela, une formation et un accompagnement des personnels qui , au-delà de la question des compétences, engage une réflexion sur le rôle des enseignants et acteurs de l’éducation au XXIe siècle. Un bouillonnement d’idées et d’expériences qui m’a réjouie, qui donnait de l’Europe une image dynamique et inventive (et, accessoirement, une telle rencontre rappelle l’intérêt de comprendre parler un minimum d’anglais, fût-ce avec un épouvantable accent...).

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©European Schoolnet

On trouve les recommandations de cette conférence finale, (en anglais) sur le site de KeyConet, résultat d’une réflexion très approfondie qui, s’il en était besoin, regonfle les énergies. Les échanges continuent, le réseau reste actif...

Avec cependant, du côté de la situation en France, une interrogation : quand donc les alternances politiques cesseront-elles de soumettre des nécessaires évolutions à des accélérations puis coups de freins successifs, voire des proclamations artificielles jamais suivies de vraies mises en œuvre ? Certains pays comme l’Écosse travaillent sur la question des compétences depuis dix ans et sont au milieu du gué. Formalisé en 2005, mais fruit d’une réflexion qui a commencé dans les années 90, notre « socle commun », régulièrement réinterrogé, peut être la base d’une évolution qui réussisse à faire consensus. Mais pour cela, quelle volonté institutionnelle au-delà des clivages ? Quelle continuité ferme au-delà des alternances ? Quelle vision à moyen et long terme ?

Florence Castincaud

Sur la librairie

 

Évaluer à l’heure des compétences
Quoi de neuf du côté de l’évaluation ? Au-delà de la question inévitable des notes, une idée forte : évaluer les apprentissages des élèves dans le cadre d’une approche par compétences amène à reconsidérer bien des dimensions du métier, dans la mise en activité des élèves, les dispositifs d’aide, le travail en équipes.