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N°485 - La vie scolaire : l’affaire de tous ?

Une école bien vivante

Par Patrick Hubert


Sept ans après le précédent numéro consacré à ce thème [1], qui reste d’actualité pour l’essentiel, voici un nouveau dossier dont la « vie scolaire » est le héros.
Intraduisible mot à mot en langue étrangère, la vie scolaire désigne un concept spécifique de l’enseignement secondaire français. Curieux assemblage de termes dont les représentations sont multiples. Ludovic Brault nous propose comme définition : « une organisation dédiée à l’élève et à sa famille, à laquelle sont associés tous les personnels de l’établissement, afin de construire du lien pour vivre ensemble ». Ce dossier nourrit l’ambition d’explorer largement les problèmes touchant à la vie quotidienne des élèves dans les établissements, au-delà de l’organisation traditionnellement en charge de les gérer, en donnant la parole à bien d’autres acteurs que les seuls CPE.
Depuis cinquante ans, la vie scolaire est en perpétuelle évolution (partie 1). Grâce à une constante dynamique dans l’innovation, que nous rappelle Christian Vitali en ouverture, elle a su s’appuyer sur ses erreurs et échecs pour intégrer la planète « éducation » dans l’espace pédagogique. Mais si la vie scolaire est devenue incontournable et a gagné en légitimité, les CPE ne doivent pas, ne peuvent plus rester confinés à des actions sans lien avec les enseignements.
Pourtant le CPE ne saurait être seul maitre à bord (partie 2). Très sollicité, comme certains auteurs nous le décrivent avec humour, il travaille en partenariat, intervient de plus en plus devant des groupes d’élèves. Deviendrait-il alors « professeur d’éducation » ? Des assistantes d’éducation évoquent leur statut, les difficultés, mais aussi l’importance de leur travail au contact des élèves, faisant d’eux de vrais partenaires du système éducatif. Si la fonction fait parfois débat, une chef d’établissement, s’appuyant sur ses expériences, plaide pour que tout établissement bénéficie d’au moins un poste de CPE.
Quelques aspects nouveaux de la vie scolaire particuliers sont ensuite évoqués (partie 3) : quelle place pour la vie scolaire dans le socle commun, comment les CPE peuvent-ils assurer leur part dans sa validation ? Comment se débrouiller de la généralisation des appareils électroniques portables, ordinateurs ou téléphones, qui posent bien de nouveaux problèmes ? Comment réagir face à la pénétration du droit dans l’école ? Mikaëla Cordonnier a mis au point un protocole associant dimensions éducative et procédurale pour que la banalisation des exclusions de cours soit l’occasion pour le CPE, avec d’autres, d’éduquer l’élève à la citoyenneté. Plus polémique est le bilan que dresse Gabrielle Lamotte de l’introduction de la note de vie scolaire : au-delà des contradictions et des difficultés pratiques qui ont accompagné sa mise en œuvre, a-t-elle un réel intérêt pédagogique pour l’élève ?
Pirouette finale, le dossier s’achève sur une partie décrivant des problèmes de vie scolaire dans lesquelles les acteurs se passent totalement, ou presque, du CPE ! Soit qu’il n’y en ait pas, de fait comme en école élémentaire, ou par choix comme au collège Clisthène de Bordeaux ou au Clept de Grenoble, sans pour autant que la vie scolaire ne soit prise en compte selon des procédures dont les collèges et lycées « ordinaires » pourraient parfois s’inspirer. Soit que enseignants, assistants d’éducation, animateurs socioéducatifs, ou même les élèves avec le statut de délégués ou de médiateurs, résolvent certains des problèmes de vie scolaire rencontrés sans faire appel au CPE, mettent en place des dispositifs spécifiques qui concourent à faire grandir les jeunes et à les préparer à devenir des adultes responsables de leur… vie !

Patrick Hubert
Conseiller principal d’éducation en collège en Saône-et-Loire