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Un rapport intéressant et encourageant

À propos du rapport parlementaire sur "La définition des savoirs enseignés à l’école" présenté par Pierre-André Périssol

4 mai 2005

Alors que la nouvelle loi d’orientation a réduit à pas grand-chose la notion de « socle commun de connaissances et compétences » avancée dans le rapport Thélot de manière plus intéressante, quoique bien insuffisante, le rapport d’information de la Commission parlementaire des affaires culturelles, familiales et sociales sur « la définition des savoirs enseignés à l’école » apporte une réflexion nouvelle, qu’il faut saluer comme une avancée, même si on peut craindre qu’elle ne reste lettre morte.
Sous la direction du député Pierre-André Périssol (UMP), mais avec la représentation de tous les groupes parlementaires, la commission s’est efforcée de définir des priorités pour bâtir le fameux socle, en choisissant de ne pas retenir une logique disciplinaire qui « résiste à l’adaptation rapide et constante des savoirs et se heurte aux revendications maximalistes de chaque discipline ».La commission se refuse à opposer connaissances et compétences, et cherche plutôt à les articuler, le but étant d’identifier « les aptitudes ou compétences-clé que chaque jeune français doit posséder pour réussir sa vie de citoyen d’une démocratie moderne ». Il s’agit par là de s’inscrire dans un mouvement mondial : des pays comme le Québec, la Finlande, la Belgique ont bien avancé sur la question après avoir, la plupart du temps, mené une consultation longue et approfondie auprès de tous les acteurs de leur système éducatif.
Et ce qui est intéressant là, c’est qu’on ne se limite pas au « basique » lire-écrire-compter si simpliste quand on l’énonce ainsi. Il s’agit davantage de « lire le monde », tout en développant la capacité de communication « priorité absolue ». Savoir travailler en équipe, coopérer avec autrui devient une compétence essentielle, à côté de la capacité à trier l’information et à se forger un esprit critique (dimensions fort absentes dans la loi d’orientation).
Le futur citoyen doit être capable de s’impliquer, de s’engager, de savoir choisir, et bien entendu d’entrer dans une démarche d’apprentissage continu. Il s’agit peut-être moins d’apprendre à apprendre, qu’à s’approprier le désir d’apprendre encore et toujours. Il s’agit enfin et surtout de faire en sorte que les connaissances acquises à l’école donnent la capacité de faire face à des situations complexes plutôt que l’aptitude à les restituer de façon formelle. Ce n’est pas une mince ambition.
Les champs disciplinaires sont resitués par rapport à ces compétences transversales. Certes, le débat n’est pas clos sur la validité théorique de la notion de « compétences transversales », mais l’important est que dans chaque discipline, on travaille avec ces grandes finalités en tête.
La commission indique enfin les conditions pour une réelle appropriation de ce socle : davantage de personnalisation des apprentissages, décloisonnement des disciplines ( on aurait aimé cependant une allusion à des dispositifs comme les IDD), développement des diverses formes d’ « intelligence » (point à prendre avec précaution, les risques de dérives et de fractionnement entre intellectuels et manuels toujours à craindre), travail sur la motivation des élèves, changements dans les modes d’évaluation.
La commission a auditionné pour aboutir à ce rapport à de nombreuses personnalités, les plus diverses. L’inévitable Marc Le Bris a côtoyé Philippe Meirieu ou les leaders syndicaux. La synthèse qu’on trouve là, et qui rejoint par exemple les travaux du Conseil économique et social est donc issue d’une large concertation et n’a rien à voir avec les positions personnelles de tel ou tel. On ne peut que se féliciter de voir ainsi un travail de cette qualité émaner de notre représentation nationale. Comme il est dit à la fin du rapport : « le Parlement a particulièrement vocation à débattre [de ce que la Nation demande à son école] ». La loi ne doit pas mettre fin à ce débat, bien au contraire. Le CRAP interviendra le moment venu lorsque le Haut conseil de l’éducation se mettra en place pour que la réflexion reste à la hauteur de ce rapport et ne s’enlise pas dans de vaines querelles disciplinaires. La question restera bien : veut-on réellement la formation du citoyen critique, actif, participatif de demain, et pour tous ?

[ Lire le rapport ]