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Un orchestre sauvage pour fêter les 40 ans de l’Orchestre national de Lille

Céline Walkowiak

30 mars 2016

L’orchestre national de Lille fête ses quarante ans et pour l’occasion, présente un concert exceptionnel. Presque 200 musiciens sur scène, professionnels ou amateurs. L’orchestre symphonique, bien sûr, deux chorales adultes et un chœur d’enfants, une troupe de percussionnistes, chanteurs et danseurs de flamenco, des slameurs et un orchestre d’écoliers : c’est l’orchestre sauvage imaginé par le CFMI de Lille (Centre de formation des musiciens intervenants, institut de l’université de Lille Sciences humaines et sociales) sous la direction de Jean Jeltsch et mis en musique par Alexandros Markeas, le compositeur et concepteur de cette partition sur mesure pour un ensemble de cinquante élèves de CM1.


C’est un beau projet de classe, celui de la classe de Suzanne, élève en CM1 à l’école Berthelot d’Hellemmes, qui a commencé il y a plusieurs semaines. L’ONL a besoin d’un orchestre d’enfants pour son concert participatif du samedi 19 mars, un concert festif et populaire, témoin d’un nouveau «  vivre ensemble  », intergénérationnel et multiculturel. Les instruments proposés aux écoliers ont été réalisés par l’Atelier de lutheries expérimentales du CFMI de Lille : poubelles-scotchs, tambours sur cadre, cloches, flûtes à tuyau ou flûtes-CD, les becs à clarinette ou birbines, cotilots, varas et autres embouchures conçus à partir d’un cahier des charges précis et mis au point dans l’atelier ALEx du CFMI, à partir d’un travail de recherche universitaire. C’est coloré, inventif, fantasque, enthousiasmant. Un projet piloté par les deux enseignantes de l’école, Isabelle Bazelis et Sylvie Corrion et des étudiants de seconde année du CFMI, futurs musiciens intervenants.

Répétitions

Ce projet, c’est des heures de répétition le mardi, et ça s’accélère les jours qui précédent le concert : des répétitions en nocturne avec l’orchestre symphonique, des heures d’attente, sagement, pendant que les musiciens travaillent, reprennent, et reprennent encore. C’est un peu long parfois, mais les enfants se comportent comme des professionnels, apprivoisent et investissent les lieux. Ce qu’on attend d’eux musicalement et techniquement est impressionnant, exigeant, maîtrisé, dans le tempo. Il faut gérer l’ensemble parce que, dans un orchestre, on ne peut laisser personne sur le bord de la mesure. Suzanne aime la mélodie qu’elle joue sur sa flûte à trous et s’entraîne le soir dans le vide à la position des doigts.

Et puis un jour, Nicolas Simon, le chef d’orchestre, est venu dans la classe, pour faire répéter son orchestre sauvage : «  Moins forts les percussions, je n’entends plus mes petites flûtes !  » Chacun à sa place et dans son temps, à l’écoute des autres, le regard accroché au chef d’orchestre. Il y a un temps pour se taire, ne plus bouger, attendre et un temps pour y aller de tout son cœur. Pour des enfants de 9 ans, c’est une gageure, relevée par les enseignantes et les intervenants. Un apprentissage en situation du «  vivre ensemble  ».

Le grand soir

Et il y a un grand soir, une entrée des artistes, les couloirs souterrains entre les loges et la scène, les t-shirts bleu électrique «  40 ans avec toi  », la salle de 5 000 places comble, le moment où tout prend son sens. J’ai demandé à Suzanne si elle avait eu le trac. Elle m’a répondu que non, car elle savait ce qu’elle devait faire, quand elle devait le faire et où elle devait aller. Comme un sentiment de compétence. Sans fausses notes.

Je pense que l’ONL ne s’est pas trompé quand il a choisi d’inviter des écoliers à son anniversaire. Ce sont quand même les spécialistes de ce genre de réjouissances. Disponibles même pour un «  bœuf  » dans le hall du Nouveau siècle, à la fin du spectacle, sous les applaudissements des parents. Il faudrait alors être bien chagrin pour ne pas voir ce que ces enfants ont appris et construit à travers ce projet d’école, certes d’envergure : comme un parfum de liberté sauvage.

Céline Walkowiak
Maman de Suzanne