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N°468 - Dossier "As-tu fait tes devoirs ?"

Un objet de formation dans les établissements

Par Michel Spinnewyn

La mise en place d’une réflexion collective dans un établissement ne va pas de soi et doit être soutenue, nourrie. Du mois de février au mois d’avril 2008 une trentaine d’enseignants du lycée Marie Curie de Strasbourg ont suivi dans leur établissement une formation sur le thème du "travail scolaire".
Témoignage sur cette formation plutôt originale, mais qui peut faire des émules.

Je ferai ici un récit à la première personne car le choix du thème, des intervenants et de l’organisation de cette formation sont le résultat d’une histoire et d’une démarche personnelles. Mais un récit qui pourrait et devrait être écrit aussi par tous ceux qui, du proviseur de l’établissement aux collègues, se sont approprié cette démarche et ont construit le dispositif d’accompagnement scolaire qui sera mis en place à la rentrée 2008.

Pourquoi une formation ?

Cette formation s’inscrit dans la réflexion menée par le lycée pour renouveler le projet d’établissement. Dans l’Académie de Strasbourg, cette démarche se situe obligatoirement dans le cadre d’une procédure de contractualisation (autoévaluation, fixation d’objectifs chiffrés, signature d’un "contrat" entre l’établissement et le Rectorat). Un des objectifs chiffrés retenus par les collègues est le taux de redoublement et de réorientation des élèves à l’issue de la seconde du lycée, supérieur aux taux académique et national.
Dans ce contexte de contractualisation, il me semblait que la formation était le seul moyen de créer une démarche collective de réflexion et de proposition et d’éviter une prise en charge uniquement individuelle, et parfois culpabilisante, du problème posé. Il me semblait également que les apports théoriques de chercheurs reconnus suffiraient à convaincre l’ensemble des collègues de la nécessité de modifier nos pratiques pour que les élèves réussissent mieux au lycée.

Pourquoi cette formation ?

Le thème du travail scolaire correspondait particulièrement bien à ces objectifs.
Il offrait aux collègues la possibilité de réfléchir collectivement sur un objet, le travail des élèves ou plutôt le manque de travail, qui est souvent présenté par les enseignants comme la cause essentielle des difficultés des élèves. De plus, l’étude d’Anne Barrère sur le travail scolaire [1] permettait d’apporter immédiatement un éclairage théorique sur cette question. C’est d’ailleurs le choix de ce thème qui a permis de rassembler des collègues qui avaient des conceptions différentes de leur travail avec les élèves.
La formation a ensuite été construite sous la forme d’une collaboration entre les formateurs et les enseignants et a associé théorie et pratique. Les chercheurs ont tous accepté de participer aux ateliers qui suivaient leurs interventions. Le but de cette organisation était de permettre aux collègues de s’approprier les contenus théoriques et de les rendre opérationnels dans leur travail en utilisant leurs compétences professionnelles et leur connaissance des élèves. Il devait aussi permettre aux "intervenants chercheurs" de s’enrichir du travail "d’expertise" des enseignants.

Une formation sous tensions

Il s’agissait bien dans cette formation d’élaborer un projet d’accompagnement scolaire des élèves en difficultés en seconde et de réfléchir à nos pratiques pour améliorer la réussite des élèves en seconde. Les questions de nos pratiques, des relations professeurs/élèves et plus généralement des finalités et des méthodes de l’école ont fait l’objet de débats pendant la formation, de résistances et parfois d’oppositions collectives et individuelles au sein de l’établissement. De fait la parole de chercheurs ne suffisait pas à emporter l’adhésion immédiate des collègues à une manière différente d’enseigner ou à porter un regard différent sur la relation professeur/élève. La formation est apparue alors comme une "formation sous tensions".
Tension entre des enseignants en recherche de méthodes immédiatement utilisables pour mettre les élèves au travail efficacement et des chercheurs soucieux d’apporter leurs connaissances théoriques [2] pour permettre aux enseignants de construire leurs propres méthodes de travail.
Tension entre les enseignants s’appropriant les apports théoriques pour modifier leurs pratiques pédagogiques et baisser rapidement les taux de redoublement et des enseignants pour qui le redoublement, donc la répétition des savoirs, reste le moyen pour les élèves d’acquérir les connaissances fondamentales et leur venir en aide.

Les acquis de cette formation

Le projet d’accompagnement scolaire des élèves de seconde en difficultés élaboré à l’issue de la formation a permis en partie de dépasser ces tensions. Il prend en compte plusieurs exigences professionnelles et statutaires. Par exemple, la volonté des collègues de maintenir les heures d’aide individualisée en Français et en Mathématiques et de ne pas les inclure dans un projet d’aide global, illustre l’attachement des collègues aux disciplines. C’est aussi cet attachement aux disciplines qui explique que la notion de compétence transversale ne soit pas perçue par les enseignants comme un priorité de leur pratique professionnelle.
Le projet manifeste également la volonté et l’exigence partagées par l’ensemble des collègues du lycée de contribuer à la réussite des élèves de seconde et de leur permettre de se mettre au travail de manière efficace.

Comme tout récit, ce compte-rendu n’est pas seulement le compte-rendu descriptif d’une expérience mais un travail d’analyse et de (ré)interprétation de la réalité.
Le modèle de formation décrit ici pourrait être celui d’une "formation collaborative" entre les enseignants et les chercheurs. Si ce concept avait été formulé dès le début du stage de manière plus explicite, il aurait permis de dépasser plus rapidement l’opposition entre un discours "scientifique" reçu comme imposant un modèle pédagogique et le désir de travailler différemment avec les élèves en s’appropriant ces mêmes discours scientifiques.
La mise en place du projet d’accompagnement scolaire et je l’espère sa réussite, permettra certainement ce dépassement.

Michel Spinnewyn, Professeur de Sciences economiques et Sociales au lycée Marie Curie de Strasbourg.


Formation sur le travail scolaire
Lycée Marie Curie de Strasbourg
Thème de la journée
Première demi-journée
Intervenant
Deuxième demi-journée
Introduction au stage.
Pourquoi et comment se poser la question du travail scolaire ?
 Présentation des objectifs du stage à partir d’études de cas.
Travail et réflexion collective.
Pas d’intervenant extérieur.
Comment aborder la question de l’aide aux élèves ? Intervention théorique Ghilaine Menotti.
Maître de conférences à l’IUFM d’Alsace
Travail collectif sur l’aide individualisée Mathématique et en Français. Comment la rendre plus efficace ? (avec la présence de l’intervenant)
Quels contenus et quelles méthodes pour favoriser l’apprentissage des élèves ?
Les compétences transversales.
Intervention théorique Emmanuel Triby
Professeur au département Psychologie et Sciences de l’Education de l’ULP
Travail collectif. Quels contenus, quelles méthodes et quels dispositifs à mettre en place à la rentrée 2008 ?
(avec la présence de l’intervenant)
Les "épreuves" du travail scolaire Intervention théorique  Anne Barrère
Université de Lille 3
Département de sociologie
Travail collectif
Conclusion et évaluation du stage avec Anne Barrère.


[1Anne Barrère, Travailler à l’école - Ce que font les élèves et les enseignants du secondaire, Collection Le sens social Presses Universitaires de Rennes 2003

[2Jean-marie Van der Maren et Louise Portier, Produire des savoirs en pédagogie avec les enseignants in Enseigner sous la direction de Vincent Dupriez et Gaëtane Chapelle, Collection apprendre PUF 2007


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