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N°470 - Dossier "Les élèves et la documentation"

Un nouveau métier dans le système éducatif roumain

Par Georgeta Badau


En concordance avec le Programme gouvernemental de développement stratégique en milieu rural du Ministère roumain de l’Education et de la Recherche, commencé en 1998, le 17 juillet 2000, à Alba Iulia - ville située au centre de la Roumanie, en présence des autorités académiques, des responsables nationaux du Ministère roumain de l’Education et des partenaires de coopération français (Services de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France en Roumanie et opérateurs) a été lancé le projet bilatéral franco-roumain « « Education à l’information en milieu rural défavorisé ». Ce projet se proposait, tout d’abord, d’assurer l’égalité des chances des élèves du milieu rural et du milieu urbain et d’améliorer le niveau de qualification des enseignants, à travers une modernisation des conditions d’enseignement et d’apprentissage au sein de l’école par la création des centres de documentation et d’information.
L’implémentation des CDI et la formation des cadres et des documentalistes, la formation des enseignants non-qualifiés, la formation des équipes pédagogiques, la formation des conseillers à l’innovation pédagogique, la formation des techniciens de l’audiovisuel : voilà les volets de ce projet coordonné par Jacques Faugeroux - chef de projet entre 2000 et 2006, et deux représentants du Ministère roumain de l’Education - Gabriel Leahu (2001-2005), actuellement directeur de la Direction d’Acquisitions et Eugenia Popescu (depuis 2005), directrice de la Direction de Formation et Développement des Ressources Humaines.

Un projet en expansion

Les premiers CDI ont été inaugurés avant la fin de l’année 2000, dans les onze établissements des six départements-pilote et la première évaluation externe franco-roumaine a eu lieu en janvier 2002. Suite à cette évaluation, il a été décidé d’élargir l’implantation des CDI et la formation du personnel à d’autres sites. Les départements et les établissements scolaires inclus officiellement dans le Projet « Education à l’information en milieu rural défavorisé » se sont multipliés d’une année à l’autre Entre 2000 et 2005 : 1145 [1] établissements scolaires ont été nominalisés. S’y sont rajoutés 84 établissements en 2006 ; 420 en 2007 et 428 en 2008.
En 2004, 49 maternelles reçoivent le droit de mettre en place leurs CDI.
Malgré l’opposition de certaines voix, le terme « centre de documentation et d’information » est désormais utilisé à tous les niveaux de l’enseignement pré-universitaire, de la maternelle au lycée. La même année, un groupe de travail formé de formateurs nationaux cadres et documentalistes a rédigé le Règlement d’organisation et de fonctionnement des centres de documentation et d’information, le statut du documentaliste et la fiche du poste de l’enseignant documentaliste - projets consultables depuis 2004 sur le site du Ministère roumain de l’Education [2]

La période qui s’est révélée particulièrement encourageante pour les CDI et leurs responsables a été la période 2006-2008. En 2006, pour la première fois depuis le démarrage du Projet, l’aménagement des CDI commence à être financé par le Ministère roumain de l’Education et de la Recherche : l’équivalent d’environ 12000 EUR est attribué pour chaque nouveau CDI.
Et toujours pour la première fois un texte officiel [3] prévoit l’interdiction de la coexistence de la bibliothèque scolaire et du centre de documentation et d’information dans le même établissement, le CDI devant intégrer la bibliothèque.

La formation

Pour ce qui est la formation des cadres et des documentalistes roumains, elle a été assurée par les formateurs de l’ESEN de Poitiers, IUFM de Reims, CRDP de Paris, CRDP de Reims, CDDP de Chalons en Champagne et l’observation des activités spécifiques au CDI a été possible grâce aux réseaux des CDI des trois régions mentionnées ci-dessus.
À partir de 2002, une équipe de formateurs nationaux a pris le relais pour la formation continue des cadres et du personnel des CDI roumains et, depuis 2006, l’Université de Bucarest a commencé la formation initiale des documentalistes.
À l’heure actuelle, dans les CDI de Roumanie il y a deux catégories de personnel :
- didactique auxiliaire : bibliothécaires et documentaristes, dont les postes supposent quarante heures hebdomadaires de présence obligatoire dans l’établissement.
- et didactique : enseignants documentalistes avec 18 heures de présence obligatoire dans l’établissement, comme pour tous les autres enseignants de discipline.
La formation continue de ce personnel est assurée par les maisons du personnel enseignant (CCD), dans le cadre des stages organisés à la demande du Ministère ou à l’initiative de la CCD. Ces formations sont, généralement prises en charge par des formateurs nationaux du Programme « Education à l’information en milieu rural défavorisé » : une équipe de trente cadres et documentalistes.

De nouveaux enseignants

Certains établissements envoient en formation leurs bibliothécaires scolaires, surtout s’ils sont titulaires d’un diplôme universitaire (BAC+3 ou BAC+4/5). Mais, très souvent, il y a un enseignant de discipline volontaire qui s’engage dans l’organisation et le fonctionnement du CDI. Les 55 premiers postes [4] ont été créés en 2008, trois ans après que la fonction d’enseignant documentaliste a été introduite dans le Statut du personnel enseignant. Les spécialisations universitaires qui ont donné aux candidats le droit de se présenter au concours national pour le poste d’enseignant documentaliste sont : bibliologie, bibliothéconomie, sciences de l’information (spécialisation principale ou secondaire des domaines Philologie, Bibliothéconomie, Histoire, Sciences de l’Education, Sciences Sociales et Politiques, Science de la Communication, Le programme du concours, élaboré par un groupe de travail dont j’ai fait partie, a été approuvé en automne dernier par le Ministère [5].

Et des élèves...

Depuis 2002, le CDI est intégré dans l’emploi de temps des élèves dans certains établissements scolaires, sous la forme d’un cours optionnel. L’enseignant documentaliste élabore un programme par niveau d’étude, soumis à la validation du Conseil d’Administration et du Rectorat, un support de cours et des outils d’évaluation. Pendant la première année d’étude, les élèves sont initiés à l’organisation de l’espace, du fonds documentaire et à l’utilisation des fichiers papier du CDI. Ils apprennent les codes du livre et des périodiques, ainsi que la technique de réalisation d’une bibliographie. Lors de la deuxième année d’étude, les élèves sont familiarisés avec l’utilisation des catalogues en ligne, des ressources Internet et avec la technique d’élaboration d’un dossier documentaire et d’un exposé écrit. Au-delà des notions théoriques, réutilisées dans le cadre d’un projet (inter)disciplinaire, il y a au moins un projet lecture par semestre et/ou une action culturelle (défi lecture, rencontre d’un écrivain ou d’un professionnel du livre/de l’audiovisuel, atelier d’écriture créative, atelier de théâtre, exposition...), réalisés en partenariat documentaliste- bibliothécaire- équipe pédagogique.
Évidemment, il y a encore un long chemin à parcourir pour que le rôle du CDI dans la vie de l’établissement soit reconnu pleinement et pour que la fonction documentaire trouve sa place méritée dans la formation des élèves, mais il nous reste l’espoir que la « bataille des CDI » sera gagnée.

Georgeta Bădău, Formatrice nationale de documentalistes, Lycée « Horea, Cloşca şi Crişan » d’Alba Iulia.

Site : www.hcc.ro
Blog du CDI : http://gbcdi.wordpress.com


[1Conformément à l’Ordre du Ministre de l’Education no.4361/28.08.2006.

[2Formationet Développement des Ressources Humaines : http://www.edu.ro/index.php/article....

[3O.M. no. 4961/28/08/2006.

[4Conformément à MEDIAFAX : http://www.mediafax.ro/social/la-ex... . Le site du concours national pour le personnel enseignant : http://titularizare.edu.ro/2008/.

[5 Ordre du Ministre de l’Education no.2599/2007.


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