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Un monde où il faut dire

Nicole Priou

1992 : première biennale de l’éducation et la formation, créée à l’initiative de Jacky Beillerot, en vue de rassembler dans un même espace d’échanges et de débats les différents milieux sociaux, politiques, professionnels et scientifiques concernés par l’éducation et la formation.
2012, vingt ans plus tard : la 9e biennale, proposée au Cnam du 4 au 6 juillet, centrait ses réflexions sur la transmission : transmission des savoirs mais aussi transmission des gestes, des pratiques et des activités et enfin transmission des valeurs, des expériences, des cultures.

Après huit biennales organisées entre 1992 à 2006 et six années d’interruption, la 9e biennale 2012 marque donc une renaissance sous le signe de deux évolutions majeures : une ouverture internationale et pluriculturelle affirmée, une référence explicite aux pratiques professionnelles, intégrées dans le titre même.
Jean-Marie Barbier, président de la 9e biennale, en explicite ainsi le thème : « Nous avons choisi un verbe d’action, « Transmettre ? », car les verbes d’action permettent souvent de poser les questions dans les termes mêmes utilisés par les acteurs ; nous avons ajouté un point d’interrogation pour souligner que transmettre, qui implique une interaction, est avant tout une intention d’acteur, précisément de celui qui "transmet", elle ne reflète pas forcément l’attitude du public destinataire. Cela nous permet donc de questionner cette interaction. »

L’atelier « Transmettre le travail » initié et animé par Richard Wittorski, affichait complet, signe de l’intérêt des participants sur la manière dont l’expérience, le travail peuvent se transmettre. Une idée majeure à en extraire ? Selon Richard Wittorski, « la transmission est chose aisée si elle concerne le travail prescrit et formalisé par ailleurs (comme les consignes), elle est probablement un exercice beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit de transmettre le travail réel, c’est-à-dire la façon singulière dont quelqu’un s’y prend en intégrant les postures, les affects, les sensations, les façons concrètes de faire… D’ailleurs, peut-on alors encore parler de transmission ? »

Le symposium de recherche du vendredi 6 juillet abordait les liens très étroits entre transmission et évaluation, et donnait la parole, entre autres intervenants, à deux crapistes : Richard Étienne et Muriel Briançon : « On n’y pense pas toujours, mais la pensée de l’évaluation éclaire et aide le processus de transmission et, inversement, la transmission de l’évaluation est essentielle… » (Muriel) « Pour moi, l’idée majeure, c’est que pour favoriser la transmission, le choix d’une évaluation ouverte et régulatrice, proche de l’auto-évaluation est essentiel. Les communications et le débat ont même établi que dans tous les domaines, c’est l’attitude la plus efficace ! » (Richard).

Une manifestation foisonnante dont il convient de saluer la reprise et dont on choisira de retenir encore ces propos de Hawa Djabali, conteuse : « Nous vivons dans un monde où il faut dire. Les mieux placés pour cela sont les baladins et les écrivains. Notre rôle est de donner la parole à ceux qui veulent dire quelque chose, mais n’ont ni les mots ni les moyens de se faire entendre ; nous sommes les témoins qui leur permettent d’exister. Nos outils nous viennent de ceux qui nous ont précédés, mais nous en fabriquons d’autres pour ceux qui arrivent, car l’autre est notre éternité. »

Rendez-vous en 2014.