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Histoire des arts

Un jury de bénévoles pour s’entrainer

Pierre Chauvin

25 juin 2014

A l’invitation du Principal d’un collège de Marseille une petite association, CREQS (Collège Roy d’Espagne-Quartiers Sud) s’est portée volontaire pour constituer un jury « blanc » de l’épreuve d’histoire des arts et aider à la préparation des élèves de 3e. Cette année, c’était la 2e année.


L’an dernier, c’est un groupe de dix personnes, toutes impliquées dans le milieu associatif (anciens parents d’élèves du collège ou membres de C.R.E.Q.S. s’occupant d’aide aux devoirs) qui s’est constitué et a pris contact avec la responsable du C.D.I. du collège. Celle-ci avait organisé et mis en ligne sur le site internet du collège les documents et les liens qui accompagnaient les œuvres choisies et préparées par les professeurs les plus concernés par l’histoire des arts. Ces dix personnes, potentiel « jury » de la préparation à l’épreuve orale ont consulté et travaillé, comme les élèves, sur ce site. Puis le groupe s’est réuni à deux reprises, en présence de la documentaliste, pour harmoniser l’ intervention.

En mai, une semaine avant l’épreuve officielle d’histoire des arts, ces dix bénévoles ont rencontré en entretiens individuels, par équipe de deux personnes, les élèves de 3ème du collège de notre quartier. Chaque élève connaissait le moment de son passage. A son tour, il quittait le cours qu’il suivait et se rendait dans la salle du jury concerné.

Comme pendant la véritable épreuve, l’entretien durait quinze minutes. Au cours des cinq premières minutes l’élève devait se présenter ; le jury décidait de l’œuvre à traiter ; l’élève la présentait. Au cours des cinq minutes suivantes le jury interrogeait l’élève. Enfin venait un temps d’échange destiné à évaluer la pertinence de la présentation de l’élève pour lui permettre de réajuster, en une semaine, son attitude et approfondir ses connaissances. Aucune note n’était délivrée.

Notre but, face à chaque jeune, était de lui donner les meilleures chances de réussite à cette épreuve, la semaine suivante. Et de participer, ainsi, à augmenter la note moyenne du collège au brevet pour la session 2013.

Intérêt, plaisir et rencontre

Les élèves ont été considérablement stimulés. Selon quelques professeurs interrogés, la journée a mis en mouvement ceux qui n’avaient pas pris conscience de la proximité de l’épreuve. Elle a réveillé aussi la curiosité et l’intérêt des élèves pour les arts. Elle a dynamisé la préparation de chacun à l’épreuve officielle qui allait se tenir la semaine suivante.

Pour nous qui nous sommes préparés comme « jury », le stimulant a été semblable. Nous devions être à la hauteur... Et le plaisir d’apprendre et de découvrir a été sans doute du même ordre que pour les élèves.

Enfin, la rencontre personnelle entre un élève adolescent et deux adultes autour d’un projet constructif a été gratifiante pour chacun. Nous sentions que les élèves se sentaient totalement, corporellement, engagés dans cet exercice. Nous les voyions s’exprimer de tout leur être sur des sujets où leur sensibilité avait une large place, et c’est là une nouveauté. Je me souviens de cet élèves qui bégayait, d’un autre qui parlait mal le français. Tous avaient travaillé et tous s’exprimaient. Des adultes, inconnus, les écoutaient avec attention. C’était sans doute le premier « entretien » de leur vie. Tous les élèves ont pris l’affaire au sérieux.

Pour les adultes aussi le moment était fort, valorisant, car l’engagement de ces jeunes, pourtant peu en rapport avec l’art, prouvait que l’expérience était utile. Et les résultats pour cette épreuve ont nettement progressé !

Deux années

La journée l’an dernier a malheureusement occasionné des perturbations notables : l’information, la communication, auprès de tous les professeurs était insuffisante. On était à l’approche des conseils de classe du 3e trimestre. Plusieurs enseignants ont été gênés, les allers et venues des élèves ont donné lieu à nombre de commentaires, bavardages dans les classes... Ils ont été gênés également par le recours à un jury bénévole, preuve d’un manque de moyens donnés à cette épreuve (« Vous faites le boulot que les profs n’ont pas le temps de faire. »). La légitimité de l’intervention de personnes extérieures au collège, non enseignantes, pose également question.

Nous venons de répéter l’action de préparation à l’oral d’histoire des arts avec les élèves de 3ème. Organisé différemment, il était moins gênant pour le fonctionnement du collège. De notre côté, je crois que nous nous sommes mieux préparés, en liaison étroite avec la documentaliste, et 5 des 10 bénévoles étaient des amateurs d’art ou des artistes. Et du côté du collège tout le monde cette fois s’est dit très satisfait.

Ce qui est sûr, c’est que cette activité s’inscrit dans la perspective de recréer une société autour de l’enfant, dans notre quartier. De tisser encore et encore les liens avec les familles, de réfléchir avec elles dans le cadre des associations partenaires et des centres sociaux voisins.
Nous savons que nous pouvons compter sur l’aide de l’O.Q.S.M. (Observatoire des quartiers Sud de Marseille) qui organise des rencontres d’acteurs locaux pour analyser notre environnement. Car mieux comprendre notre territoire, c’est assurément se permettre d’y intervenir plus efficacement.

Professeurs, parents, associations, nous devons nous serrer les coudes. Nous sommes tous concernés par l’avenir et donc par l’école. Nous sommes solidaires par nécessité. L’intérêt que nous portons à l’éducation, nous, extérieurs à l’école, ne peut que valoriser l’institution et souligner son importance aux yeux des enfants. Alors, lorsque nous venons préparer des élèves à leur épreuve d’histoire des arts, nous venons aussi dire aux enseignants, aux élèves, que l’on croit en l’école !

Pierre Chauvin
Retraité, ex-professeur d’EPS au collège Roy d’Espagne.

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Entre découverte du patrimoine local et accès à des arts plus lointains, entre histoire de l’art stricto sensu et approche des arts dans leur diversité et leur richesse, entre avancement des programmes et projets ouverts à des disciplines diverses, des partenaires extérieurs, comment faire de l’histoire des arts une occasion pour nos élèves de regarder autrement le monde qui les entoure ?