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N°442 - Dossier "Éducation à l’Europe"

Un forum interculturel
La ville, regards croisés d’européens

Par Daniel Micolon


« L’affaiblissement d’une perception globale conduit à l’affaiblissement du sens de la responsabilité, chacun tendant à n’être responsable que de sa tâche spécialisée, ainsi qu’à l’affaiblissement de la solidarité, chacun ne percevant plus son lien organique avec sa cité et ses concitoyens » E. Morin

« L’ère qui viendra nous montrera le chaos derrière la loi » J.A Wheeler

Travailler à la réalisation d’un forum interculturel semblait au départ une idée relativement simple. Le projet nous paraissait évident. Les élèves allaient apprendre à se présenter aux autres, mettre en place des thèmes de réflexion sur la ville, définis au préalable en classe de géographie et dialoguer avec leurs camarades et avec d’autres lycéens européens. Ils allaient s’appliquer suivant les consignes des enseignants en s’exprimant avec spontanéité sans négliger la langue française. Ce forum [1] serait comme un atelier d’écriture où l’on apprend à peser les mots, à mettre en valeur une idée. Nos élèves allaient être les ambassadeurs de la langue française puisqu’il s’agissait d’un forum francophone. La réalité fut bien différente.

Les difficultés rencontrées furent nombreuses et parfois inattendues. Voici quelques remarques que nous avons relevées :

- Difficultés pour les élèves à se structurer dans un groupe, et dans la classe.
- Problèmes d’identité du groupe lorsqu’il a fallu se présenter, dire qui on était, évoquer son environnement scolaire, présenter son lycée. Nous avons pu noter la distance existante entre le projet d’établissement, son image extérieure et la représentation de nos élèves. L’écart était grand avec celui de nos partenaires européens plus attachés que nous à la vie de leur école, à son histoire, aux projets valorisant.
- Confusion entre forum et « chat ». L’outil internet étant la plupart du temps utilisé par les élèves pour envoyer des messages codifiés mais peu travaillés dans l’ensemble.
- Il s’est avéré d’une manière générale qu’une majorité d’élèves connaissait très mal l’outil informatique, l’écart était grand entre les élèves qui savaient faire et ceux qui ne savaient pas, la fracture numérique demeure bien une réalité qui traverse nos classes !
- La difficulté à se projeter sur l’avenir, à donner du sens à ce travail qui sortait du champ strictement scolaire.
- Nous avons aussi été confrontés à des attitudes qui relèvent de l’incivisme, d’où l’intérêt d’insérer ce travail en ECJS. Le non respect de la charte du forum [2] par certains fut flagrant. La web-master devait à chaque séance expliquer pourquoi elle avait dû supprimer des messages anonymes ou signés avec des pseudonymes hors-sujet et imbéciles. Certaines attitudes pouvaient être interprétées comme des actes de sabotage.
- Une catégorie d’élèves a rencontré de réelles difficultés à s’approprier le projet et à s’impliquer. Le manque de créativité, l’absence d’autonomie et de volontarisme est à relever. Une majorité d’entre eux faisant pourtant l’option arts plastiques.
- Une des faiblesses du projet a sans doute reposé sur l’absence de travail pluridisciplinaire, l’apport d’autres collègues issues d’autres disciplines aurait renforcé notre crédibilité auprès des élèves. Mais hélas le système scolaire ne le permet pas toujours.
- Nos élèves trop souvent centrés sur eux-mêmes ont eu du mal à répondre aux attentes de nos partenaires européens qui auraient souhaité être davantage sollicités par les « petits français ». Mais le monde extérieur et la dimension européenne ne sont pas toujours dans la tête de nos élèves. On n’est pas Européens sans le savoir !

À plusieurs reprises des réunions de régulation furent organisées, coordonnées par l’enseignant et notre partenaire [3]. Nos rôles étaient bien différents et complémentaires ils étaient relativement bien perçus par les élèves qui finirent par s’habituer à travailler ainsi en classe et au CDI (avec parfois l’appui des documentalistes). L’enseignant avait pour objectif de recadrer le projet par rapport à la classe, à son enseignement, le programme (en géographie et en ECJS). C’est celui qui évalue, qui contrôle et assure la continuité. Notre partenaire avait une tâche immense, d’une part assurer la partie technique notamment en veillant au respect de la charte et à ce que le forum fonctionne dans de bonnes conditions. Elle apportait aux élèves un savoir faire, des techniques, des méthodes notamment dans la recherche documentaire par la tenue d’un carnet de bord. [4]

Au fil du temps, un grand nombre d’élèves ont fini par s’approprier l’outil avec davantage de plaisir et d’habileté. Certains venant spontanément au CDI pour communiquer en dehors des heures de classe. À l’origine ce forum devait être un moment du projet, il devait s’insérer dans une réflexion plus globale sur la ville. En réalité sa réalisation et sa dynamique absorbèrent la plupart de notre temps. Nous avons cependant quitté le forum à certains moments afin de nous recentrer sur le thème. Une production sur Marseille sous la forme d’une exposition fut présentée au CDI par les élèves autour des thèmes suivants :
- Circuler : les modes de transport dans la ville (les bus le métro, le projet de tram, la place du piéton, le vélo, le roller...)
- Se recréer/respirer dans la ville : les parcs, les plages, les pratiques de loisir, le sport
- Les gens : le cosmopolitisme, la vie en communauté, les rites intégrateurs, civilité et incivilité, l’ouverture sur le monde...
- La mer : paysages, urbanisme, Euroméditerranée...
- L’esthétique/la création : Qu’est ce qui est beau dans ma ville ? comment la rendre plus belle, plus accueillante, plus attractive, la création, l’innovation.

Quand on sort du virtuel...

À l’occasion de la Fête de l’Europe, une délégation de la classe sur la base du volontariat a rencontré un groupe du lycée E. Fermi de Bologne, un de nos partenaires européens. Ce fut une épreuve pour certains de nos élèves, qui n’étaient pas habitués à ce type de rencontre. Ce fut l’occasion de sortir du virtuel.

Nous avons décidé d’attribuer une note pour le travail réalisé dans le forum. Les critères d’évaluation portaient sur les points suivants : contenu de l’argumentation, investissement et attitude de l’élève. Ils ont répondu à un questionnaire d’évaluation qui leur a été expliqué et distribué en classe durant une heure de cours. [5] Une production et une présentation orale par équipes sur Marseille fut réalisée au CDI avant le Conseil de classe du 3ème trimestre. Cette séance s’est déroulée dans une ambiance conviviale. Une note fut attribuée à chaque élève en concertation avec notre partenaire et la documentaliste. La prestation de certains élèves fut particulièrement étonnante. Trois élèves cependant capitulèrent.

Daniel Micolon, Professeur d’histoire-géographie, Lycée Marseilleveyre, Le Cercle Europe de Marseilleveyre.
En partenariat avec le CIPE-Education « La Passerelle »
.


[1Le forum est encore en ligne sur le site sur Cercle Europe de Marseilleveyre : http://www.cercle-europe.org

[2Voir la charte sur le site : http://www.cipe-lapasserelle.net/porte/laville.htm

[3Notre partenaire était Fernanda Allemand Feirreira présidente de l’association CIPE la Passerelle animatrice et webmestre.

[4On peut consulter ce carnet de bord au CDI

[5Voir le questionnaire sur le site de la Passerelle


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