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Réforme du collège

Trousse d’urgence pour les enseignants de Sciences physiques

Marion Dubosq

23 septembre 2016

Dans le cadre de la réforme du collège, les enseignants ont «  soif  » d’outils pour les aider face aux nombreuses difficultés auxquelles ils sont confrontés. Cet article propose une aide qui trouvera sa place dans le travail préparatoire de l’enseignant en Sciences physiques mais également dans la construction du savoir de l’élève.


La réforme du collège a pour ambition de mieux répondre aux besoins des élèves mais elle questionne beaucoup les enseignants quant à son application. Comment élaborer une progression judicieuse dans les cycles ? Comment s’y retrouver et s’organiser lorsqu’un même concept pourra être travaillé dans les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) de façon interdisciplinaire et en classe de manière disciplinaire ?

Une carte conceptuelle

L’outil proposé ressemble à une carte conceptuelle. Elle a pour but de dégager les notions constitutives d’un concept et de permettre le repérage des articulations essentielles pour une bonne compréhension. Cette carte ressemble aux branches d’un arbre. Les concepts seront reliés par des flèches qui elles-mêmes contiendront des verbes de liaison explicatifs. Ils seront ordonnés selon les critères suivants :

  • Visualiser des idées complexes ;
  • respecter les instructions pédagogiques ;
  • dresser une représentation arborescente hiérarchisée en tenant compte des cycles ;
  • tenir compte de la structure épistémologique du concept.

Cet outil doit être également facile d’utilisation pour l’enseignant et pour l’élève, il permet ainsi de modifier rapidement la structure quand il y a un changement de programme, de changer instantanément des éléments, de distinguer les niveaux de classe par un code de couleur, de superposer les cartes de différents niveaux et ainsi repérer les obstacles que peuvent avoir certains élèves. De plus, il permet de conserver les concepts des années antérieurs, permettant ainsi une vision synoptique : en un seul coup d’œil nous voyons l’ensemble des concepts reliés au concept central. Enfin, il est esthétique car chaque niveau de classe a une couleur spécifique, ce qui facilite la compréhension et l’entrée.

Voici une proposition de construction du concept d’atome pour le cycle 4. Cette carte n’est pas un modèle, elle est discutable.

(Cliquez sur l’image pour visualiser le pdf)

PDF - 200 ko

Ici, la classe de 5e se distingue par la couleur verte, la 4e par la couleur bleue et la 3e par la couleur jaune. L’enseignant, à tout moment, a la possibilité de changer la couleur s’il n’a pas traité un concept dans la classe proposée. Une couleur différente peut être envisagée pour les concepts et notions vues en EPI. Le concept s’enrichit au fur et à mesure du cycle.

Un outil pour l’enseignant

Une telle carte permet à l’enseignant de construire son enseignement avec une vision globale du concept et de présenter sa discipline à travers un concept dans la construction des EPI. C’est un outil de différenciation, car il permet d’adapter son enseignement au niveau de sa classe, une notion pourra être vue l’année suivante si les élèves ne surmontent pas leurs difficultés. De plus chaque élève construit sa propre carte. C’est aussi un outil d’évaluation formative. L’outil doit rester une aide, un accompagnement et non un objet d’évaluation sommative.

A la fin d’un chapitre, la classe récapitule sur une carte ce qu’elle a compris du concept d’atome. A la fin d’un trimestre, celle-ci complète la première ébauche. A la fin de l’année cette carte permet d’avoir une vue d’ensemble sur ce qui a été étudié et l’élève peut repérer aisément les liens entre les différents concepts. C’est une bonne révision.

L’année suivante, avec le même enseignant, ou un autre, l’élève peut continuer à compléter cette carte. Il peut être envisagé de débuter cette carte en cycle 3, dès l’école primaire, et de l’achever pourquoi pas en terminale.

La première construction avec les élèves

L’enseignant doit en premier lieu proposer un exemple concret comme «  l’eau  » ou «  une fleur  ». Ici la carte sera établie sur des notions, pas des concepts. Son seul but est de bien comprendre comment la carte se construit.

Par exemple, on peut leur proposer en 20 minutes de faire la liste des mots en rapport avec le sujet choisi et relier les entre eux puis d’ajouter des verbes qui explique le lien entre les différentes notions. Chaque élève aura sa propre carte et l’enseignant peut aussi présenter la sienne.

Puis l’enseignant va proposer le concept qu’il souhaite étudier sur l’année, ici ce sera l’atome.

Le déroulé peut être alors le suivant :

1. L’élève seul, puis par groupe (trois ou quatre) doit lister tous les mots qui lui paraissent importants en lien avec le concept choisi (quinze minutes).
2. Mutualisation avec la classe. Echanges entre élèves et enseignant (quinze minutes).
3. Construction de la carte soit sur papier soit avec un logiciel : relier les concepts par des flèches (trente minutes).
4. Ajouter des verbes explicatifs aux flèches (dix minutes).
5. Mutualisation avec la classe en projetant les cartes. Échanges entre élèves et enseignant (trente minutes).
6. Projection de la carte finale.

Quelques précautions

Les temps peuvent être réduits en faisant travailler les élèves par groupe dès le début. Il est possible également de faire travailler toute la classe si celle ci est facilement gérable d’un point de vue disciplinaire. L’enseignant est là pour valider la cohérence de chaque carte. Il n’y a pas, bien entendu, de carte modèle.

Les élèves peuvent élaborer en groupe leur propre carte conceptuelle en salle informatique après appropriation du matériel. Ce qui nécessite une heure de plus.
Cet outil devra respecter la logique spécifique des élèves en vue d’une aide individualisée. Il s’agit donc de laisser l’élève, ou le groupe d’élèves, en autonomie quant à la représentation du concept. Le guidage n’est pas requis. Seules les erreurs d’un point de vue épistémologique et/ou d’adaptation aux instructions pédagogiques devront être corrigées par l’enseignant en réalisant une remédiation sous forme d’un questionnement.

Il est important de ne pas rester trop longtemps sur une tâche. Si les élèves peinent, reprenez ce travail un autre jour. L’élève, par la suite, pourra compléter au fur et à mesure sa carte.

On peut citer ici quelques réflexions d’élèves : «  Madame, je vais pouvoir mieux réviser avec cette carte.  » «  C’est super ; j’ai une vue sur l’ensemble de ce que j’ai fait au collège sur l’atome !  ».

Ainsi, cet outil peut, à la fois, apporter un plus dans la préparation des progressions des enseignants sur un cycle donné, mais également servir à présenter et exposer à d’autres collègues sa discipline dans le cadre des EPI. Il aide également l’élève à synthétiser tous les liens qui peuvent être établis autour d’un concept pour tout un cycle.

Cette carte s’adapte bien sûr à d’autres concepts que l’atome comme l’énergie, la force ou le courant électrique. Les enseignants pourront adapter leur choix en fonction de leurs besoins, des difficultés de leurs élèves et du thème des EPI réalisés.

Marion Dubosq
Formatrice en SPC à l’ESPE de Lyon Université Claude Bernard Lyon 1

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Mettre en œuvre les EPI
Les enseignements pratiques interdisciplinaires vont se mettre en place à la rentrée 2016. Dans certains collèges, on anticipe déjà. Dans d’autres, les pratiques interdisciplinaires existent depuis un certain temps. On ne part donc pas de rien et les EPI peuvent s’appuyer sur l’existant.