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L’actualité éducative du N°397/398 - Octobre 2001

Trois minutes pour la civilisation occidentale

Les attentats vus de nos écoles : Interrogations et réflexions

Chez nous, l’injonction du ministre, ce matin du vendredi 14 septembre, nous a confrontés à la nécessité de préparer nos élèves à un hommage solennel, exceptionnel, pour les victimes des attentats aux USA.
Cela n’a pas été sans provoquer des interrogations ou des malaises.
Puis, une fois le choc encaissé, il a fallu trouver des dispositifs qui tentent d’organiser une expression et une régulation de la parole des élèves.

Quand en salle des profs, le vendredi 14 septembre à huit heures, le proviseur nous a annoncé d’un ton sans réplique : « Comme vous le savez, à midi vous devez tous descendre dans la cour avec vos élèves pour les trois minutes de silence à la mémoire des victimes de la barbarie terroriste » comme d’autres je me suis sentie piégée.

Comment être contre ? Ces images d’enfer et de destruction qui ont inondé nos écrans depuis mardi ne peuvent que révolter. Cette terreur de certains de nos élèves et pas seulement d’eux, pensant que la troisième guerre mondiale avait commencé demandait une réponse.

Mais comment être totalement pour ? Comment ne pas se demander si les mêmes kamikazes foudroyant le « downtown » d’une ville d’Afrique ou d’Asie auraient donné lieu à la même réaction ? Comment ne pas penser aux massacres de Srebrenica, de Freetown, d’Algérie ou d’ailleurs, et à l’étourdissant silence qui a suivi ?

Parler avec les élèves, essayer de faire le point avec eux sur leurs peurs, les nôtres et nos révoltes est une chose, qui me paraît tout à fait légitime et même indispensable, rendre cette cérémonie obligatoire en est une autre.

Pendant ce temps de silence sont venues se graver dans mon esprit, en surimpression, ces images de jeunes volontaires américains montrés à la télé qui faisaient le serment de venger.

Ces minutes ne pleuraient-elles vraiment que les victimes du terrorisme et pas aussi notre indignation et notre trouille de voir la puissance et la vertu de la civilisation occidentale frappées de plein fouet dans ce qu’elle avait de plus symbolique : le World Trade Center ?

Par cet ordre imposé, ces minutes ont eu sur moi l’inverse de l’effet recherché.

Désormais j’aurai le sentiment de ne pas avoir la conscience très nette en parlant avec les élèves originaires d’Algérie, du Cambodge, de l’ex-Yougoslavie, etc. pour leur dire que toutes les victimes de l’injustice et des désordres du monde ont droit à la compassion.

À la même compassion

Elizabeth Thuriet, professeur au collège de Sisteron.