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Éditorial du n° 517, Tout commence en maternele

Tenir et lâcher

Par Christine Vallin


Le maitre répliqua : «  Il faut que vous teniez la corde tendue comme un enfant tient le doigt qu’on lui offre. Il le tient si fermement serré qu’on ne cesse de s’émerveiller de la force d’un poing si menu.  »

Cet enfant dont il est question, on le verra partout tenir les choses fermement serrées, dans le dossier «  Tout commence en maternelle  ». Ces commencements ne nécessitent ni courage, ni intention. Les enfants découvrent, apprennent, dans un album, au bout d’un pinceau, devant une tablette, entre les chiffres, derrière un ballon. Les auteurs nous les montrent tenant fort dans leurs mains le monde qui vient à eux par le langage, l’art, l’échange ou le jeu. Alors, oui, l’on s’émerveille. Parce que l’on se souvient, de nos élèves peut-être, de nos enfants sans doute, ou du petit qui passe et qui tend son doigt vers ce que l’on ne voyait plus.

«  Et quand il lâche le doigt, il le fait sans la plus légère secousse. Savez-vous pourquoi ? Parce que l’enfant ne pense pas, par exemple, “maintenant je vais lâcher ce doigt pour saisir cette autre chose…” »

Pendant que l’enfant saisit, et puis lâche, et puis saisit et puis lâche, l’enseignant, lui, pense. Il s’interroge sur ce qu’il sera bon de faire passer en priorité dans ces temps de commencements, de la socialisation, des apprentissages, de la lenteur dans un monde trop pressé de voir grands les petits, ou du travail avec tous ceux qui tiendront la main de l’enfant, à un moment ou à un autre de la semaine.
«  C’est bien plutôt sans réflexion et à son insu qu’il passe de l’un à l’autre. Il faudra dire qu’il joue avec les choses, s’il n’était aussi exact de penser que les choses jouent avec lui.  »

L’enfant joue, et d’une page à l’autre nous jouons avec lui, jusque dans les rubriques, avec Pierre Léna et la Main à la pâte, avec les participants des rencontres d’été du CRAP et leurs «  si j’étais  ». Ou dans le récit, à l’école de la Bastide, entre «  une équipe pédagogique et un chercheur, où l’on tente de deviner qui a apporté quoi à l’autre  ».
Chers lecteurs, prenez ce numéro des Cahiers pédagogiques, tenez-le fort en le lisant, aussi fort qu’un recommencement.

Et puis… lâchez-le.

Sur la librairie

 

Tout commence en maternelle
Ils ont entre 2 et 6 ans et ils interpellent la communauté éducative pour qu’elle pense leur école, redéfinisse ses missions, entre épanouissement de l’enfant et apprentissages. Que sait-on aujourd’hui de l’école maternelle ? Quelles sont les attentes ? Qu’y apprend-on et pour quoi ? Avec qui ?