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N° 516, Devenir lecteur

Témoignages reçus des parents de la FCPE

Nous avions demandé par le relai de la FCPE à des parents de témoigner sur l’expérience de lecture de leurs enfants. Voici un florilège parmi un nombre impressionnant de réponses à notre appel.

Mon fils a 3 ans, et nous partons en voyage en banlieue parisienne sans son père. Le trajet est un peu long, on traverse plein de villes accolées, et le bonhomme regarde par la fenêtre. Tout à coup, il s’écrie, tout excité :
« Regarde maman, il y a papa !
— Oui, oui, mon chéri »
, je réponds machinalement.
Cinq minutes plus tard, il recommence :
« Et encore là il y a papa !
— Mais mon chéri, ce n’est pas possible, il ne peut pas être partout à la fois !
— Mais c’est écrit papa, regarde, en bleu ! »
insiste-t-il.
Je tourne la tête, et là, je comprends. Nous avons croisé plein de P en bleu (à chaque parking), et aussi un H (pour hôpital) qui est la première lettre du prénom de son père.
E. H.
 
Mon fils avait commencé à comprendre la lecture. Le monde autour prenait un sens nouveau.
Un jour, un professeur de français a eu l’idée géniale de demander à la classe de mon fils de citer quelques bouquins qu’ils avaient lus et d’en dire quelques mots à toute la classe. Ainsi, des élèves ont été séduits par l’exposé des uns ou des autres de leurs camarades et le professeur a invité les élèves à se prêter, à s’échanger des livres.
D’après ce que nous a dit notre fils, ses camarades et lui-même étaient un peu étonnés de voir que les uns et les autres lisaient, étant donné qu’ils ne parlent quasiment pas de lecture entre eux. Leurs conversations portant habituellement sur les jeux vidéos, les mangas, les vidéos sur YouTube, les SMS. Lorsque ce fut le tour de mon fils de prendre la parole, il a parlé du fameux Joe Millionnaire, ses camarades ont beaucoup ri et ont été enthousiasmés, et lui était très fier de susciter un tel intérêt.
À la maison, ce fut ensuite : j’ai prêté tel livre à Untel, et tel livre à Unetelle. Untel m’a prêté ça, ça a l’air chouette.
C’est à partir de là qu’il a souhaité s’acheter d’autres ouvrages, et que nous avons été très surpris de voir qu’il pouvait lire très vite et enchainer les titres tout en restant critique sur ses lectures.
Natacha Appavoo
 
Je me souviens d’un soir où Gustave, 5 ans et demi, est assis sur notre lit, avec un livre qu’il aime bien. Depuis la salle de bains, je l’entends déchiffrer le texte : « et… il… a… gi… ta… la… main… en… signe… d’a… dieu… », puis il répète la phrase entière, regarde l’image et là, il se met à crier : « Maman ! “Et il agita la main en signe d’adieu” ! Regarde, c’est ça qui est écrit ! Eh oui, c’est vrai, il leur dit au revoir en fait. » Il me montre le dessin, puis me relit le texte plusieurs fois, il était tellement content d’avoir compris. Ça m’a rappelé un autre moment de lecture, l’été précédent. En voiture, on attendait dans un embouteillage. Gustave se met à lire une pancarte avec mon aide pour les sons [on] et [en] : « mai… son à ven… dre. » Et là, c’est comme une révélation pour lui : il comprend que les gens qui vivent là, sur le bord de cette route, veulent vendre leur maison ! Il était très heureux de le savoir.
Catherine Colombeau
 
En début de primaire, la lecture ne semblait pas être faite pour lui ni lui pour la lecture. Et un jour, suite à l’écoute d’une émission de radio, une phrase me fige : il n’existe pas de mauvais lecteur, il existe juste des enfants à qui on n’a pas présenté les bons livres ! Et me voilà partie à la recherche de livres parlant de ses passions : le foot et le sport en général, et le voilà piégé par la magie du livre. Ensuite, ce fut un jeu d’enfant que de lui présenter des livres de ces auteurs sur d’autres sujets. Une seule règle depuis : il doit essayer d’entrer dans les histoires et ensuite, si un livre ne lui plait pas, il doit m’aider à comprendre pourquoi afin que je trouve les suivants, et cela fonctionne.
Fabienne Mahrez
 
Notre quatrième enfant, dysphasique, souffrait de troubles du langage : à 4 ans il ne parlait pas encore, par manque de vocabulaire et à cause de mauvaises constructions de phrases. Il n’était évidemment pas porté sur la lecture.
Apprendre à lire lui a tout de même appris à parler et, du coup, nous lisions tous les soirs chacun une phrase sur deux. Mais les livres adaptés pour lui, gros, avec des images, étaient trop bébés. Nous allions bien à la bibliothèque, mais cela ne l’intéressait pas. Et puis il est rentré au collège, dans une classe spécifique DYS (dyslexiques, dysphasiques, dyscalculiques, dysorthographiques, dyspraxiques).
La professeure de français de la 6e leur a demandé de lire des livres (format livre de poche) pendant toutes les vacances, livres correspondant à leur âge, pas trop longs, écrits pas trop petit avec encore quelques dessins et tellement intéressants qu’il a fini par lire sans m’attendre, parce qu’il était impatient de connaitre la suite. Et puis la professeure leur présentait d’autres livres en classe et leur demandait d’en choisir deux ou trois dans l’année : on allait commander ensemble à la librairie, puis il y est allé seul.
Il est devenu lecteur et fier de lire des livres parfois aussi gros que les miens.
Madame Bonnet

Sur la librairie

 

Devenir lecteur
Allons au-delà des controverses stériles et caricaturales : lire est une compétence complexe, apprendre à lire peut passer par bien des chemins, prend bien du temps, jusqu’à faire des élèves des lecteurs capables de comprendre et d’interpréter des textes de tous les genres, pour découvrir le monde comme les plaisirs esthétiques de la littérature.


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