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L’actualité éducative du N°431 de mars 2005

TPE : une longue histoire qui n’est pas finie

Par Pierre Madiot


La décision de supprimer les TPE en terminale, ressentie comme une agression brutale par les enseignants, les élèves et les parents qui, après bien des réticences et des difficultés, avaient adhéré à leur philosophie et en constataient les résultats positifs. Cet épisode est bien représentatif des contradictions dans lesquelles est pris le système scolaire. La tension entre l’obligation de transmettre des connaissances et la nécessité d’organiser une pédagogie qui permette aux élèves de s’en emparer a pris ici la forme d’une opposition entre deux visions de l’éducation et de l’école. Il faut constater en effet que, de manière caricaturale, les clivages semblent partager le monde enseignant entre ceux qui s’efforcent de développer les stratégies d’appropriation active des connaissances et ceux qui s’en tiennent à l’autorité du savoir.

Pour ce qui concerne l’enseignement secondaire, Florence Castincaud et Jean-Michel Zakhartchouk rappellent, dans le premier chapitre de leur livre Croisements de disciplines au collège [1], les principaux dispositifs qui ont incité au décloisonnement disciplinaire et qui ont concerné le collège mais aussi le lycée depuis la Libération. On peut compléter ce panorama en citant ceux qui ont plus spécialement intéressé le lycée à partir de 1992.

« L’étude du milieu a été introduite dans les “classes nouvelles” à la Libération. Puis il y a eu essai d’extension dans l’horaire obligatoire des classes de 6e et 5e [2].
[...]
Les dix pour cent sont institués par une circulaire de mars 1973. Pendant un dixième du temps scolaire peuvent être organisées des activités scolaires différentes et décloisonnées.
[...]
Les projets d’action éducatives ont été institués en septembre 1981, à la suite des PACTE mis en place quelques années auparavant. Le but était à la fois de lutter contre l’échec scolaire et de libérer les initiatives des enseignants. Mais aussi de penser autrement le travail scolaire.
[...]
Les thèmes transversaux sont l’innovation des programmes de 1985, qui, très axés sur le retour au « disciplinaire », introduisaient par là une « respiration » nécessaire [3]. Contrairement aux PAE, cette innovation, dans une période de désenchantement relatif des « pédagogues » est souvent restée lettre morte et n’a eu qu’un succès d’estime.

Les parcours diversifiés du niveau 5e sont présentés dans un BO en mai 1996 ; mais, destinés au début à se généraliser et à s’étendre à la 4e, ils n’ont jamais été rendus obligatoires. L’idée-force : pratiquer une « pédagogie du détour », avec l’idée d’une part de choix des élèves.

L’histoire des travaux croisés est proche de celle des parcours diversifiés. Mais leur principe est plus précis que celui des parcours diversifiés : ils doivent porter obligatoirement sur des points du programme de 4e, impliquer plusieurs disciplines et aboutir à une production personnelle, individuelle ou dans le cadre d’un groupe. Mais ils ne sont pas obligatoires.

En fait, si l’on tient compte de l’observation faite par l’Inspection générale dans son rapport 2001, on constate que moins d’un collège sur cinq a mis en place les travaux croisés [4]. »

Dans les lycées, les modules, « conçus pour répondre à la fois aux exigences des apprentissages, notamment méthodologiques, requis à ce niveau de l’enseignement scolaire et à leur mise en œuvre pour des élèves dont les besoins sont naturellement hétérogènes » [5] sont introduits en classe de 2de en 1992, ainsi que l’aide individualisée en 1999, « Cette aide doit permettre de redonner confiance aux élèves en leur offrant la possibilité, avec l’appui de leurs professeurs, de s’interroger sur leurs difficultés et sur les méthodes qui leur sont proposées. De la sorte, ils sont ainsi mis en situation d’acquérir peu à peu une autonomie et de nouvelles compétences pour rentrer dans la logique du travail qui leur est demandé. » [5]

Et l’ECJS
« L’enseignement d’éducation civique, juridique et sociale répond à une demande forte des lycéens. Il vise à l’apprentissage de la citoyenneté et de la démocratie ainsi qu’à la compréhension du monde contemporain ; il est l’occasion de mettre en œuvre des méthodes pédagogiques associant étroitement les élèves au travail effectué sur des thèmes de société et d’actualité répondant aux préoccupations de jeunes adultes (dossiers, exposés, débats). [5] »

À la rentrée 2001, les travaux personnels encadrés, qui concernent désormais la totalité des classes de 1re des séries générales, concerneront les classes terminales dans tous les lycées et dans toutes les séries du baccalauréat général tandis que les projets personnels à caractère professionnel arrivent en lycée professionnel.

Après un accueil majoritairement hostile de la part des enseignants, les TPE ont donc gagné du crédit : les professeurs, jaloux de leurs quotas horaires, se sont rendu compte finalement que non seulement ce dispositif n’amputait pas les programmes, mais que les élèves y développaient de véritables compétences, qu’ils reliaient les connaissances, qu’ils apprenaient à travailler de façon autonome et que l’intérêt des élèves et des enseignants pour cette forme de pédagogie allait croissant.

Cependant, l’enseignement secondaire français reste structuré par des savoirs disciplinaires organisés autour d’un enseignement magistral et solidement verrouillés par le bac. Pourtant, depuis 50 ans, se développent en parallèle et en concurrence, une logique interdisciplinaire et une pédagogie active [6], toujours combattues dans la mesure où le système traditionnel y voit une remise en question radicale de sa manière de fonctionner, remise en cause pourtant plus que jamais nécessaire si on veut sauver l’école de l’ennui et de l’échec.

Les adversaires de la pédagogie ne pavoisent pas : ils savent que le mouvement que représentent notamment les TPE constitue une réponse sérieuse aux difficultés des élèves et une alternative crédible à un système scolaire qui répond de moins en moins au défi de notre temps.

Pierre Madiot


[1Publié en 2002, Crap et Crdp d’Amiens.

[2Dossier des Cahiers pédagogiques en 1955.

[3Voir dossier des Cahiers pédagogiques (n° 273).

[4Il est noté dans le rapport des IG : « Plutôt que de multiplier les heures passées à vouloir « aider » en recommençant à expliquer, il semblerait en effet judicieux de choisir d’aider en intéressant, en motivant, et en donnant sens au travail proposé. »

[5Note de service n° 99-073 du 20 mai 1999.

[6Mais bien entendu, la pédagogie peut et doit devenir active dans le cadre des disciplines également. Mais l’interdisciplinarité est souvent un levier pour bousculer l’enseignement disciplinaire classique.