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L’actualité éducative du N°429-430 - Janvier-Février 2005

Sur mes cahiers d’écolier, j’écris ton nom, liberté...

Par Marie-Christine Chycki


Parmi les 14 propositions de F. Fillon - telles qu’elles nous ont été communiquées début décembre 2004 - l’une, particulièrement lourde de sous-entendus, laisse perplexe : « le principe de la liberté pédagogique sera inscrit dans la loi ». Est-ce à dire que jusqu’à présent, les enseignants français vivent sous une contrainte telle que l’on juge nécessaire de garantir leur liberté ?

Quelles sont ces forces qui « dans la classe » font obstacle aux initiatives des enseignants ? Ce pourrait être les programmes : mais il va de soi qu’il n’est pas question de les ignorer : « La Nation [...] fait confiance aux enseignants [...] pour répondre aux objectifs fixés par l’État. » Je croyais - naïvement sans doute - que c’était ce que je vivais depuis trente ans que j’enseigne...

Ce pourrait être l’inspection dont les visites - plutôt rares dans le second degré, certes un peu plus fréquentes dans le premier degré - sont encore trop souvent synonymes de stress. Va-t-on faire droit à nos anciennes revendications visant à promouvoir une évaluation du travail des enseignants moins ponctuelle et arbitraire ? Plus centrée sur une coformation et moins sur une distribution aléatoire d’avancement ? Ce serait à souhaiter, mais les propos du ministre recueillis dans une interview [1] sont hélas tout autres : « L’enseignant pourra adapter sa pédagogie à sa classe et à sa propre expérience. Mais il y a une contrepartie : l’évaluation de l’efficacité de sa méthode par l’inspection » et le ministre rajoute : « Je trouve incohérent que l’on sanctionne un professeur au motif que sa méthode ne serait pas dans le moule. Ce qui compte, ce sont les résultats. » On comprend bien ici que l’effet Le Bris joue à plein et qu’il ne fallait rien moins qu’une loi pour « libérer » les instituteurs victimes des recherches pédagogiques menées depuis plusieurs décennies... et qu’un appel à l’inspection pour mesurer leur efficacité.

Mais qu’en sera-t-il du devenir des élèves d’une classe à l’autre ? D’un cycle à l’autre ? Passeront-ils du tâtonnement expérimental de l’un au cours dicté de l’autre ? Dans la réalité des pratiques, cette belle promesse de liberté ne tient pas : le ministre le précise lui-même : « Cela suppose aussi de formaliser davantage le travail pédagogique en équipe dans l’établissement. » À cet effet, est proposée la mise en place d’un « conseil pédagogique » [2].

Au nom du pragmatisme, on flatte donc la conception libérale du métier d’enseignant, seul maître dans sa classe, et on marginalise la recherche pédagogique. Dans le même temps apparaît un outil destiné à développer le travail en équipe et à harmoniser les pratiques... Que faut-il croire ?

Enfin, faudra-t-il que les enseignants qui voudraient faire vivre sérieusement ce « conseil » soient plus présents dans l’établissement ? Et sur quel temps ? Mais bien sûr ce serait faire injure au corps enseignant de croire qu’il ne compte pas déjà dans son emploi du temps des moments d’intense concertation...

Marie-Christine Chycki, enseignante en lycée, Rennes.


[1In Document de travail soumis à consultation par le ministre, novembre 2004.

[2Avant-projet de loi du 25-11-2004. Article L 421-4-1.