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N° 527 - Neurosciences et pédagogie

Stimuler les fonctions exécutives

Matthieu Paré

À partir d’une étude de cas un doctorant s’interroge sur les possibles utilisations de la méthode Tomatis pour aider les élèves souffrant de troubles des apprentissages à améliorer le contrôle des fonctions exécutives.

Dans les années 2000 les approches neurocognitives témoignent en faveur de l’entraînement des fonctions cognitives à l’école en se basant sur l’hypothèse de la plasticité du cerveau. Les recherches scientifiques dans ce champ soulignent que certains enfants n’activent pas ou peu l’une des fonctions exécutives importantes au plan du comportement et de leurs apprentissages : l’inhibition. L’inhibition est l’une des trois fonctions exécutives de base avec la flexibilité et la mise-à-jour. Cette dernière fonction est fondamentale pour permettre non seulement l’apprentissage mais aussi la capacité à auto-régulariser les émotions. Ainsi, on ne peut pas apprendre si l’on est incapable de faire abstraction des informations internes comme externes non pertinentes pour l’apprentissage en cours, par exemple les bruits avoisinants ou la rêverie de la fin de semaine.

Le cas de Félix

J’ai rencontré Félix, un jeune Vietnamien lorsqu’il avait 6 ans à l’école Montessori de Magog au Québec. Il m’a été présenté par la direction et les enseignants comme un enfant turbulent, agressif envers les pairs et la famille, inattentif, impulsif et hyperactif. Enseignants et parents, arrivés à une impasse, envisageaient de le médicamenter. Nous avons établi dès l’entrée en 1ère année un plan d’intervention très complet : mesures d’éducation spécialisée individuelle au quotidien, groupe d’habiletés sociales hebdomadaire, rencontre en psychoéducation individuelle, travail sur la dynamique familiale à la maison, accompagnement des enseignants, carnet de comportements, etc. La mise en place de telles mesures psychoéducatives a permis d’encadrer Félix dans toutes les sphères de sa vie et, aux dires de tous, a entrainé une nette amélioration dans presque tous les domaines. Toutefois Félix présentait toujours un retard considérable du développement de ses capacités d’attention. C’est alors qu’est entrée en scène la méthode Tomatis, un traitement audiopsychophonologique qui se réfère à la psychiatrie, la neurologie et la psychologie des comportements. A la suite de cette prise en charge Félix a montré plus de calme, il s’est apaisé, l’agitation motrice et l’hyperactive ont diminué. Il semble qu’il ait pu prendre ainsi son gouvernail émotionnel en main par le biais de l’amélioration des fonctions exécutives.

Les effets attribués à la méthode Tomatis

Cette méthode est utilisée pour les troubles de l’audition, de la voix, du langage, de l’équilibre, mais aussi pour lutter contre l’échec scolaire. En effet, il semblerait que les impacts positifs aient été observés sur des enfants de l’enseignement primaire souffrant de troubles des apprentissages. Cette méthode permettrait de favoriser d’abord le « développement et maintien de l’équilibre psychophysiologique », de diminuer les troubles comme la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie et les retards d’apprentissages. Les objectifs de la méthode thérapeutique sont l’entrainement de l’écoute, l’amélioration des capacités de perceptions, la stimulation de la motricité, l’augmentation de la concentration, le développement du langage, de la conscience de soi, de l’énergie et de la motivation, la régulation de l’équilibre végétatif, etc. Cette méthode serait susceptible d’améliorer significativement les fonctions vestibulaires telles que la motricité fine, la posture, l’équilibre et la coordination, mais aussi, elle permettrait de diminuer les troubles du comportement tels que l’impulsivité, l’agressivité, les troubles d’attention et de la concentration, l’hyperactivité, symptômes présents chez les jeunes présentant un TDA/H (Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité) avéré. La méthode favoriserait la communication et la socialisation, chez les jeunes autistes par exemple. Trois cents écoles polonaises participent à une expérimentation sur cette base dans le cadre du programme européen de lutte contre l’échec scolaire.

Le Docteur Liliana Sacarin a conduit une étude exploratoire auprès de 25 élèves de 7 à 13 ans atteints d’un TDA. Elle a montré que la méthode Tomatis avait renforcé la myélinisation [1] des voies auditives qui augmente la vitesse de traitement des signaux auditifs. Ce changement permettrait une meilleure intégration des différents systèmes sensoriels et une meilleure harmonie entre les systèmes nerveux sympathique et para-sympathique et améliorerait significativement le fonctionnement cognitif, la conscience phonologique, le décodage des phonèmes lors de la lecture et l’attention auditive.

Le principe de la méthode

Concrètement la méthode Tomatis consiste à apprendre ou à réapprendre à bien écouter par un processus de stimulation auditive à l’aide d’un appareil électronique qui active alternativement l’oreille entre des phases de travail et de repos, de relâche et de tension. La stimulation auditive par entraineur électronique, ou un modulateur de fréquences, consiste à permettre au cerveau de régulariser l’écoute dite interne (osseuse) par rapport à l’écoute dite externe (aérienne). La musique de Mozart, entre autres, est utilisée, filtrée et perçue par l’intermédiaire d’un casque avec conduction aérienne et osseuse, dans l’optique de créer une gymnastique auditive qui (ré)apprend au cerveau à gérer les différents sons de manière optimale. En soi, cette méthode ne touche pas seulement la capacité d’écoute, mais aussi la capacité à communiquer par les liens qui existent entre l’oreille, le thalamus, les amygdales et le cortex. Comme le stipule la première loi de l’oto-rhino-laryngologiste Tomatis : « La voix ne contient que ce que l’oreille entend ». Ainsi en augmentant le spectre des fréquences bien entendues l’enfant augmente en même temps sa capacité vocale. Cela nous amène à considérer la deuxième loi du médecin : « si on donne la possibilité à l’oreille d’entendre de nouveau correctement des fréquences qui jusque-là n’étaient plus ou plus bien perçues, alors elles deviennent de nouveau immédiatement et consciemment perceptibles dans la voix ».

Dans cette optique, améliorer les capacités d’écoute d’un enfant revient à développer son langage qui, on le sait maintenant, est directement lié aux apprentissages scolaires et aux difficultés comportementales.

La méthode Tomatis n’est pas nouvelle et elle est régulièrement critiquée pour son manque d’assises scientifiques car les recherches qui la concernent n’ont pas réalisé de protocoles scientifiques rigoureux. Les neurosciences pourraient permettre enfin de vérifier les intuitions de son fondateur et les constats des praticiens.

Matthieu Paré
Doctorant, Université Sherbrooke, Québec


Références
Dominique Habellion, « Éduquer l’oreille pour prevenir les agressions sonores », Revista Psicologia
Saúde Gerardo Restrepo, « Émotion, cognition et action motivée : une nouvelle vision de la neuroéducation », Neuroéducation 3 (1), 9-17.


[1La myéline est une substance blanchâtre qui gaine les fibre nerveuses et favorise la circulation de l’influx nerveux.

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Neurosciences et pédagogie
Les neurosciences provoquent des polémiques. Pour certains, elles représentent une menace pour une vision humaniste de la pédagogie. Pour d’autres, elles produisent des résultats évaluables qui feraient office de preuves. Est-on condamné à cette logique binaire ?


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