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Incendie de Notre-Dame

Souvenirs pédagogiques

Jean-Michel Zakhartchouk

16 avril 2019

Comment ne pas être touché par l’incendie qui a ravagé, lundi 15 avril 2019, la cathédrale Notre-Dame de Paris ? Édifice religieux classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1991, il est le monument le plus visité d’Europe. Jean-Michel Zakhartchouk l’a utilisé comme support de travail et y a accompagné ses élèves, il y a quelques années. Des souvenirs qu’il partage aujourd’hui pour les actuels « passeurs culturels » que sont les enseignants.


Le dramatique incendie du 15 avril a ravivé en moi des souvenirs de plusieurs travaux pédagogiques menés dans mon collège d’éducation prioritaire autour de Notre-Dame, la cathédrale et l’œuvre de Victor Hugo. Je me permets d’en évoquer certains échos, pour donner peut-être quelques idées à ceux qui voudraient, en cette triste occasion, jouer leur rôle de « passeurs culturels » auprès d’élèves, en les associant à la profonde émotion qui s’est emparée de tout un peuple (et au-delà de nos frontières).

Je citerai d’abord un projet long, dans le cadre d’un itinéraire de découverte, mené avec mon collègue d’histoire. Ce projet avait abouti à une représentation théâtrale d’après un texte écrit par les élèves, relatant l’histoire de la cathédrale, depuis les plans initiaux – les problèmes architecturaux à résoudre, la mobilisation de connaissances géométriques (empruntées en partie à des savants arabes andalous) –, jusqu’à l’époque moderne, celle des touristes sur le parvis et de la foule à l’intérieur. Nous nous étions inspirés du roman jeunesse de Jacqueline Mirande, Simon, bâtisseur de Cathédrales (Flammarion) et de nombreux documents dont des extraits de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, le tout relayé en histoire par les cours sur l’art gothique.

Une pièce de théâtre

J’étais, je l’avoue, assez heureux de voir l’implication des élèves dans la modeste pièce de théâtre inventée par la classe, et de constater le fait qu’aucun d’entre eux, souvent très éloignés de la culture catholique, n’avait refusé d’interpréter des rôles d’évêque ou de manier la crosse pour faire le geste de bénir la foule des fidèles.
Il était important aussi de montrer les évolutions de l’édifice religieux, et nous avions imaginé pour le final de la pièce un voyage dans le temps, ce qui donnait ce dialogue :

Narrateur :
En trouvant une boule de cristal et en y plongeant son regard, une femme du Moyen Age s’est retrouvée devant Notre-Dame de Paris, mais au XXIe siècle.
La jeune femme :
Où suis-je ? Quel étrange lieu ! Cet édifice serait… ma cathédrale ? Non, ce n’est pas possible, elle aurait donc tant changé ! Quelles sont ces effrayantes statues ? Qui pourrait me venir en aide ? (Attrapant les bras d’une passante)
Gente dame, pourriez-vous m’indiquer en quel lieu nous nous trouvons. Est-ce bien Notre-Dame ?
La passante :
Sorry, I don’t understand…
La jeune femme :
Ah, mais quel être êtes-vous ? Arrière Satan !
La jeune femme à une autre passante :
Gentil sire, pourriez-vous m’indiquer en quel lieu nous nous trouvons. Est-ce bien Notre-Dame ?
Le passant
Comment, vous ne reconnaissez pas Notre-Dame ?
La jeune femme :
Pourquoi êtes-vous vêtu de cette manière ?
Le passant :
Comment ça « de cette manière » ? Je suis habillé comme tout le monde. Par contre, vous, on voit croirait sortie tout droit du Moyen Age !

Une visite

Mon second souvenir est, avec une autre classe de cinquième en français, celui de la visite du quartier de Notre-Dame, sur les traces de Quasimodo et Esmeralda, avec montée de la tour. Au sommet, nous avions lu un passage du roman hugolien, étudié en classe (dans l’édition abrégée de l’école des loisirs), en parallèle avec le visionnage du film de Jean Delannoy (1956) dans lequel on admire la formidable interprétation d’Anthony Quinn. Sans oublier le repérage des traces du roman tout autour, les noms de cafés, par exemple.

Je me souviens de ce jeune élève, pas facile d’ordinaire, clamant que c’était la plus belle sortie qu’il avait faite, sortie pourtant austère en apparence, sans rien de vraiment spectaculaire… Nous notions aussi le contraste entre le quartier tel qu’il était aujourd’hui (jusqu’à la fontaine des Innocents, près de la fameuse cour des Miracles) et ce qui était décrit par Hugo (avec une exactitude historique parfois douteuse, d’ailleurs).

Je n’ai plus d’élèves aujourd’hui, mais ce serait avec le même plaisir et certainement avec une grande émotion que je referais ce type de projet dans mes cours de français, avec la restriction, hélas, que la visite de l’intérieur de la cathédrale est désormais impossible, pour de nombreuses années sans doute.

Jean-Michel Zakhartchouk
Enseignant honoraire