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Socle commun, une exigence démocratique

Intervention de Jean-Michel Zakhartchouk , représentant le CRAP-Cahiers pédagogiques, au colloque : « le socle commun, une exigence démocratique »Colloque SGEN-CFDT, Paris, 23 novembre 2004.

3 décembre 2004

Table ronde animée par JL Villeneuve, à laquelle participaient aussi P.A.Périssol, député UMP et responsable de la mission parlementaire sur le socle, Y.Durand, responsable éducation du PS et E.Favey, de la Ligue de l’enseignement.


Socle commun, oui mais...

Vouloir faire en sorte que la quasi-totalité des élèves maîtrisent un socle suffisant de connaissances et compétences pour devenir des citoyens éclairés de demain est bien, comme l’indique le titre du colloque « une exigence démocratique ». Les critiques qui sont faites à la notion de « socle commun » sont souvent de mauvaise foi ou très abstraites. Il s’agit bien de définir ensemble un minimum qui n’est en rien contradictoire avec la recherche de l’excellence et la qualité. Au contraire, pourrait-on dire, si on se préoccupe vraiment des exclus du système, si on travaille à la réussite de tous, on améliorera la qualité du système dans son ensemble, pour répondre aux défis du monde de demain.
Mais un certain nombre de conditions sont à remplir et je voudrais en énumérer quelques-unes. Il n’est pas sûr que ce qui est énoncé dans le rapport Thélot réponde toujours à ces conditions. Encore moins la conception du socle qui ressort des récents discours ministériels, à savoir une conception appauvrie et qui, elle, ne peut avoir notre assentiment.

Donc le socle, oui, à condition de :

- Mettre en avant d’abord les « compétences », (les compétences, c’est la prise au sérieux des connaissances). Il s’agit bien de définir ce qu’on attend en termes de compétence. Par exemple, à la fin de la scolarité obligatoire, tout élève devrait être capable de faire un bref exposé devant un auditoire, lire et comprendre toutes les pages de son journal régional ou trouver des informations sur internet en sachant trier celles-ci et en se posant la question de leur validation. Si on raisonne en termes de compétences, on intégrera alors les connaissances qui sont autant d’outils nécessaires.

- Ne pas en rester à une logique disciplinaire. Chaque discipline peut contribuer au socle. On améliore les compétences de lecteur en travaillant, comme l’y invitent les programmes de l’école primaire, dans toutes les disciplines les textes les plus divers. De plus, il faut parvenir à croiser les disciplines, d’où l’importance des dispositifs comme les IDD, malemenés par le ministère.

- Ne pas le penser sans prendre en compte les moyens pour y parvenir, et d’abord les moyens pédagogiques . Si, comme il est dit dans le rapport Thélot, le socle commun se travaille...en commun, tous les élèves ensemble, alors il faut recourir à la pédagogie différenciée. Tout le contraire d’une pédagogie « invisible » qui est de fait « différenciatrice » et laisse de côté les plus faibles. Il n’est plus guère question dans les discours officiels de la différenciation pédagogique et c’est désastreux. Peut-être est-ce cela que pointe la commission Thélot en appelant à la « personnalisation » Il faut aussi développer le travail de groupes, la coopération, l’entraide entre élèves, pour que personne ne soit laissé de côté. C’est tout autre chose que des heures en plus, un simple soutien dont bien des recherches ont montré le peu d’efficacité, surtout si la classe et la pédagogie quotidienne demeurent inchangés...

- Ne pas laisser de côté l’ambition culturelle. La Culture n’est pas un supplément d’âme, une cerise sur le gâteau. Il faut développer les activités culturelles, mais plus intégrer la dimension culturelle dans les savoirs, en les reliant à ce qui est familier et parlant pour les élèves. Nous intégrons la technologie à cette Culture, qui n’est en aucun cas limitée au « littéraire » et à l’artistique. Dans le socle, oui, il faut que les élèves s’approprient les grandes œuvres du patrimoine national, européen et mondial, mais tout l’effort des enseignants « passeurs culturels » doit être de parvenir à relier les questions soulevées par ces œuvres aux problèmes que rencontrent les élèves. La Fontaine peut parler de la loi du plus fort qui règne dans la cour de récréation, Molière de l’émancipation des femmes, Marivaux des émois amoureux...

- Ne pas isoler le socle de la formation tout le long de la vie. Sans le socle, cette notion est tromperie. Mais le socle doit aussi préparer l’attitude de formation, l’appétit d’apprendre. Tout ne sera pas acquis dans la scolarité, mais l’essentiel n’est-il pas qu’on ait le désir d’acquérir du savoir, de la culture, en sortant de cette scolarité ?

- Ne pas faire comme si on partait de zéro. Il faut tenir compte à la fois :

  • des recherches, des travaux historiques, sociologiques, didactiques (par exemple l’histoire des disciplines scolaires permet de prendre du recul et de resituer les connaissances nécessaires d’aujourd’hui dans un contexte diachronique
  • des rapports déjà élaborés (par exemple le rapport Bourdieu-Gros de 1990)
  • du travail sur le terrain, des tentatives sur le terrain de faire vivre le socle, notamment celles qui sont impulsées par des équipes innovantes et se concrétisent dans des projets d’école ou d’établissement.

Bien entendu, d’autres questions se posent. Par exemple comment on va évaluer l’acquisition du socle. Comment travailller en équipe pour répartir les tâches entre enseignants ? Comment former les enseignants dans cette perspective ? Que peut-on tirer d’expériences étrangères ? Comment prévoit-on de faire évoluer le socle une fois défini ? Et évidemment, qui doit l’élaborer ? Quelle part du politique et d’une autorité indépendante ?
Autant de questions auxquelles on ne voit guère de réponses dans le projet du ministre et pour lesquelles nous devons proposer des réponses, en refusant l’immobilisme et le découragement...

Jean-Michel Zakhartchouk