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L’actualité éducative du N°461 de mars 2008

Socle commun : pour une mise en œuvre intelligente et accompagnée

Entretien avec Luc Bérille

Le salut des universités viendra d’abord d’une politique plus ambitieuse et des efforts des universités et des universitaires eux-mêmes : un travail sur l’évaluation des formations, la qualité de leurs diplômés, la diversification
et l’amélioration des débouchés auxquels elles ouvrent.

Le SE-UNSA a organisé un colloque sur le socle commun. Cela signifie-t-il que c’est pour vous un terrain de bataille essentiel ?
Il est fondamental pour tous ceux qui veulent prendre au sérieux la promesse démocratique de l’école publique. À travers le socle, il s’agit de donner à tous, donc à chacun, les moyens de son autonomie, mais aussi le partage de la culture et des principes républicains sans lesquels aucune société authentiquement démocratique ne peut fonctionner collectivement.

Quel bilan tirez-vous de ce colloque qui a connu une forte participation ?
Ce colloque a été un succès, mêlant à la fois interventions stimulantes et forte participation : plus de 300 collègues y ont assisté, ainsi que plusieurs représentants d’organisations amies. Il montre qu’il y a une attente vis-à-vis du socle et des possibilités de mobilisation.

Certains, se réclamant de la réussite de tous, du collège unique et de valeurs de gauche, s’opposent à l’idée de socle, synonyme de savoirs au rabais ou supercherie masquant les vrais problèmes. Que leur répondez-vous ?
Le « socle commun », c’est un viatique, c’est-à-dire, au sens du latin viaticum, ces « provisions pour le voyage » dans lesquelles tout jeune doit pouvoir puiser pour sa vie future, qu’elle passe par une insertion professionnelle ou par une poursuite d’études. Certains voient dans un « commun à tous » un abaissement généralisé, voire même une sorte de Smic culturel. Pour beaucoup de nantis, l’idée que l’on puisse donner à tous déclenche une peur irrépressible que cela ne leur enlève quelque chose. L’égoïsme des possédants est sans doute le point commun entre les bourgeoisies d’argent et les bourgeoisies de savoir, mais est-ce bien là des valeurs de gauche ? Je suis en revanche plus étonné que des forces syndicales puissent voir dans le Smic le symbole du misérabilisme ! Le Smic est un acquis syndical et nous savons ce qu’il en a coûté, hier pour l’obtenir et aujourd’hui pour le conserver.
Je ne nie pas que des risques d’un nivellement par le bas puissent exister en ces temps de grand élagage social. Qui a lu le contenu du socle aura sans doute repéré des faiblesses ou des incohérences, mais, honnêtement, peut-on parler d’exigences au rabais ?
Quant à l’opposition entre savoirs et compétences, j’aurais envie de dire « halte au feu » ! Car dans cette guerre supposée, il n’y a pas d’ennemis ! Les uns et les autres se nourrissent et se confortent mutuellement : les compétences parce que, sans s’y réduire, elles ont besoin des savoirs, et les savoirs parce qu’en s’associant pour contribuer à l’acquisition des compétences plus transversales, ils se ménagent la voie de l’interdisciplinarité, cette association qui les fait progresser, et qui, en leur donnant sens, peut aussi aider les élèves à mieux entrer dans leur apprentissage.

Qu’attendez-vous du ministère et de la hiérarchie intermédiaire ?
On pourrait d’abord attendre du ministère que, tout simplement, il mette la loi en œuvre et avec méthode ! Cela veut dire deux choses : décréter là où c’est nécessaire, et c’est par exemple le cas lorsqu’il faut ajuster les programmes dans la logique du socle, mais aussi se soucier d’une application effective, c’est-à-dire guider, conseiller, soutenir les collègues sur le terrain.

Que faut-il revendiquer pour une mise en œuvre réelle et progressiste du socle ?
Il nous faut des programmes redéfinis dans la logique du socle, précisant les savoirs à transmettre mais aussi la façon dont chacun d’eux contribue à l’acquisition des compétences du socle. Il nous faut une méthode et des outils pour évaluer à chaque niveau d’enseignement le niveau de maîtrise du socle par nos élèves, et nous aider à cerner leurs difficultés et à y remédier. Il nous faut de la formation pour nous aider à appréhender professionnellement ces nouveautés, notamment la logique portée par une approche par compétences, nous aider à y faire face et à la maîtriser. Il nous faut du temps pour réfléchir, nous concerter et bâtir en équipe des approches cohérentes, voir et impliquer les parents. Il nous faut des moyens pour être plus disponibles avec tous nos élèves et pouvoir mettre en œuvre dans le temps scolaire l’aide et les activités individualisées dont ils ont besoin.

Quel rôle respectif peuvent jouer les syndicats et les mouvements pédagogiques comme le CRAP ?
Il y a évidemment un rôle tout à fait complémentaire. D’abord dans le débat d’idées qu’il faut absolument continuer à mener à tous les niveaux, et où les mouvements pédagogiques peuvent amener beaucoup. Ensuite dans le travail de pression auprès du ministère et, plus généralement, des autorités publiques, à la fois pour obtenir des mises en œuvre intelligentes mais aussi pour combattre les incohérences.

On voit bien les raisons d’être pessimistes. Y en a-t-il de ne pas l’être ?
Nous disposons d’un gros atout : l’opinion publique peut nous comprendre et nous soutenir car ce n’est pas simplement d’un problème de profs dont nous parlons mais d’un problème qui concerne toute la société.

Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA.