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N°468 - Dossier "As-tu fait tes devoirs ?"

Se former à l’accompagnement ?

Par Catherine Aurand

À travers l’exemple d’un dispositif d’accompagnement scolaire, réalisé depuis cinq ans par des étudiants PE1 en IUFM, volontaires et bénévoles, en lien avec leur formation professionnelle de professeurs des écoles, une interrogation sur le rôle que peuvent jouer les institutions chargées de former les enseignants, que ce soit les IUFM ou demain les universités dans le cadre d’un Master

Sous l’impulsion du Maire adjoint chargé de la Prévention, la ville de Saint-Germain-en-Laye a initié en 2003 un dispositif d’accompagnement scolaire en partenariat avec l’IUFM du site de Saint-Germain-en-Laye (78) et l’Inspection de l’Education Nationale. Le dispositif s’adresse à des élèves de l’école élémentaire qui s’investissent peu dans le scolaire, sans être pourtant en grande difficulté, afin de les réconcilier avec le sens des apprentissages.
Dans cette perspective, l’accompagnement ne peut être une « aide aux devoirs » classique. Les étudiants conçoivent et mettent en œuvre des projets [1] dans ce sens.
La spécificité de cette action tient au statut des accompagnateurs -des PE1 en préparation de concours- pour qui l’objectif de professionnalisation est clairement visé. Cet objectif est annoncé aux étudiants dès la rentrée ; les compétences professionnelles sont explicitées et reprises à chaque réunion de bilan par une analyse des pratiques.

Objectifs et cadre

Chaque partenaire a un objectif spécifique. Pour la Ville, il faut prévenir très tôt le décrochage, en favorisant notamment les liens entre les familles et l’école. Pour l’Inspection de circonscription, il s’agit d’apporter une aide à un certain type d’élèves. Et pour l’IUFM, cette action doit permettre aux étudiants de mieux connaître l’école dans toutes ses dimensions, d’acquérir des compétences professionnelles dans le cadre des concours qui sont préparés.
Dans le cadre d’une convention signée entre la Ville et l’Inspection de circonscription, quatre écoles élémentaires ont été retenues dans le projet.
L’accompagnement se déroule après la classe, une heure par semaine, pendant une vingtaine de semaines (du mois d’octobre à la mi-mars). Les étudiants interviennent en binôme, pour assurer un encadrement sécurisé des enfants (deux enfants par étudiant) et favoriser le travail en équipe.
La Ville souscrit une assurance pour cette action extrascolaire. Elle fournit la logistique nécessaire à la réalisation du projet (photocopies, matériel pédagogique pour la réalisation des projets).
Elle propose par ailleurs aux étudiants des activités gratuites sportives ou culturelles.
Le dispositif grandit d’année en année : une quarantaine d’étudiants se sont déclarés bénévoles en 2007 (pour quatorze bénévoles en 2003). Cela a permis l’accompagnement d’environ 80 élèves du CP au CM2.
En général, les étudiants réalisent un de leurs stages dans l’école, afin de favoriser leur intégration dans l’école et de créer du lien entre l’accompagnement scolaire et les apprentissages abordés en classe.

Le dispositif, son intérêt

Les étudiants bénévoles sont invités à construire un projet en lien avec le projet de classe, les centres d’intérêts des élèves et leurs difficultés repérées [2] par leur maître.
Le dispositif commence par une rencontre, dans l’école, organisée par le directeur de l’école, entre les étudiants, les enseignants, les parents et les élèves concernés. L’année se termine par une présentation aux parents et aux maîtres, par les élèves et les étudiants, des projets finalisés Cette rencontre, qui se veut conviviale, vise à favoriser le lien avec les familles, et valoriser le travail réalisé par les enfants.
Un suivi régulier (quatre à cinq réunions par an) réunit sous le pilotage de l’IUFM les étudiants et les différents partenaires, pour orienter les étudiants dans leurs projets, encourager leur lien avec les parents et les maîtres, et les recentrer sur les objectifs de formation.
Si on fait un bilan d’étape, on peut dire que, d’après les étudiants, la majorité des élèves ont progressé dans leurs capacités et dans leurs attitudes. Les progrès en classe sont d’autant plus visibles que l’étudiant est régulièrement en rapport avec le maître. La rencontre de fin d’année montre des élèves motivés. Une suite est souvent demandée par les maîtres mais aussi par les parents.
Certains parents sont très reconnaissants de l’action menée et soulignent les effets positifs sur leur enfant : confiance en soi, valorisation de l’enfant, spontanéité, imagination... Certains ont vu leur rapport à l’école transformé.
De même, la majorité des étudiants confirment que leur formation [3] professionnelle et au concours est améliorée par leur investissement dans ce dispositif.
Les maîtres qui ont eu un contact régulier avec les étudiants sont très positifs également.
Mais, le choix d’un dispositif d’accompagnement scolaire qui n’est pas une aide aux devoirs ne s’est pas imposé facilement : il a fallu convaincre les parents, voire les maîtres. La présentation du dispositif par le directeur en fin d’année, puis lors d’une rencontre de rentrée entre étudiants et parents n’a pas suffi. La mise en place d’un cahier de liaison a cherché à travailler le lien avec les parents et les enseignants, et un porte-folio est fourni par la Ville dès la rentrée, à chaque enfant.

Ses limites

Cependant, cette action n’a atteint son but que partiellement. Elle a pu améliorer la relation avec une majorité de parents ainsi que l’exprime une mère : « Quand mon enfant rentre de l’école, il parle de rien, mais après l’accompagnement scolaire, il montre ses documents et même fait des recherches sur les pays par exemple, et moi aussi j’apprends des choses ». De même un lien est réalisé avec certains maîtres qui ont pu valoriser le travail de l’élève en le lui faisant présenter en classe. Mais le maître ne pense pas toujours à demander son cahier de liaison à l’élève.
Les relations des étudiants avec le maître sont encore souvent difficiles à concrétiser en cours d’année. Les maîtres regrettent parfois de ne pas savoir ce que font les étudiants, et certains étudiants déplorent aussi, de ne pas savoir sur quoi travaille le maître ni quelle est l’évolution des élèves en cours d’année. Ainsi chacun semble conscient de l’utilité de réaliser un tel lien pour que cette action ait des retombées sur les apprentissages des élèves, mais chacun laisse à l’autre la responsabilité de faire ce lien.
Pour investir davantage dans cette action d’une part les étudiants et d’autre part, les maîtres, comme « maître référent qui fait du lien sur les apprentissages » [4], plusieurs initiatives ont été prises. L’IEN a accordé d’organiser une rencontre sur le temps scolaire en fin d’année pour réaliser un bilan avec les maîtres, et établir des perspectives d’amélioration. Et les étudiants ont été encouragés à trouver un moyen de contacter régulièrement les maîtres de façon informelle et non « chronophage » pour faire le lien sur les apprentissages visés en classe. Certains ont réussi à s’organiser en venant plus tôt à l’école ; d’autres ont échangé par mail ou par téléphone ou bien interrogent « entre deux portes », avec un échange ciblé et préparé.

Vers une plus grande professionnalité

Les « choses » commencent à bouger, mais ce n’est pas encore acquis. En cette fin d’année, à l’initiative des maîtres, il est question, de construire une fiche de renseignements à l’adresse des étudiants et aussi des maîtres pour leur permettre de trouver un moyen de rencontres informelles, et de commencer à préparer leur première rencontre avec les étudiants.
Cela montre toute l’importance de l’acquisition, difficile, de la compétence professionnelle : « travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires de l’école ».
Ainsi, cette compétence professionnelle est en cours d’acquisition, pour les étudiants, mais aussi pour certains maîtres, de façon détournée.
À nous de chercher à améliorer notre mise en œuvre pour en accélérer le processus. Mais le bilan est globalement positif pour chaque partie. La qualité des présentations par les élèves des projets réalisés et les échanges avec les parents, enfants, maîtres, directeurs, aussi étudiants [5] en témoignent.

Quel avenir ?

Bilan de l’impact de la participation à l’accompagnement scolaire encadré par l’IUFM
88% des admissibles ayant participé à ce dispositif ont été admis, contre 50% des autres admissibles sur le site de St-Germain-en-Laye. Ceci confirme les résultats de l’année précédente et donc le côté hautement formateur de ce dispositif pour la professionnalité de ces futurs enseignants.
La formation spécifique à l’accompagnement scolaire, dans le cadre d’un master professionnel, encadrée par l’IUFM, devrait être un incontournable, en complémentarité de l’implication dans des stages école habituels.
Cette action, en fin de compte, pose des questions sur l’accompagnement éducatif. Son efficacité semble liée à l’implication des acteurs et à leur formation. L’INRP, lors du lancement de la Charte du XXIème siècle, avait lancé un cri d’alarme au sujet de l’effet illusoire ou « effet fun », de tout travail en partenariat interne ou externe à l’école, quand le maître ne se rend pas responsable du lien à réaliser avec les élèves en difficulté sur les apprentissage visés. Le BO de préparation de la rentrée 2001 avait soutenu cet appel. Qui s’en souvient ? Il y est pourtant question du « rôle du maître référent [...] qui articule les divers enseignements et fait saisir les liens et le sens aux élèves » dans le paragraphe intitulé « Organiser des partenariats et veiller à leur qualité ».
L’accompagnement scolaire peut participer à la formation professionnelle à « l’accompagnement éducatif », mais aussi participer à la formation au travail conjoint, quel qu’il soit, c’est à dire à tout « accompagnement » des élèves dès lors qu’il n’est pas réalisé par leur enseignant référent, afin qu’il y ait des retombées sur les apprentissages des élèves au lieu de creuser les écarts.
Plus de 70 000 étudiants/stagiaires PE et PLC ou PLP pourraient en bénéficier et en faire bénéficier autant d’enseignants référents et plus de 140 000 élèves.
Dans la mesure où les nouveaux programmes de l’école primaire mais aussi du collège et du lycée généralisent et impliquent les enseignants dans l’accompagnement, bien que concernés, ceux-ci sauront-ils faire ce lien ? Une formation s’impose.
C’est pourquoi l’« accompagnement » a toute sa légitimité dans des Unités d’Enseignement en IUFM ou dans un futur Master, et également en formation continue.

Catherine Aurand, Professeur de Mathématiques - Coordonnatrice de la formation PE1 - Université de Cergy-Pontoise, IUFM de Versaillesn Site de Saint-Germain-en-Laye.


[1Exemples de projets, réalisés, présentés, lus, récités, ou joués par les élèves lors de la rencontre avec les parents, sur des thèmes choisis avec l’aide des étudiants après quelques séances de découverte et de recherche :
- conception, rédaction, illustration et mise en scène d’une pièce de théâtre, apprise et jouée
- histoire, bande dessinée, journal, inventés et écrits, illustrés et lus à plusieurs voix
- construction d’un jeu de l’oie avec recherche des questions et réponses de calcul mental ou culturelles en lien avec le projet de classe
- animation musicale (CDRom) ou vidéo...

[2Exemples de difficultés repérées par les maîtres et transmises aux étudiants lors de leur première rencontre :
- capacités : graphisme, écriture ; passage à l’écrit, expression orale ou écrite ; lecture orale, expressive, compréhension, ...
- attitudes : motivation, confiance en soi, timidité, prendre la parole, attention et concentration, mémorisation, organisation du travail, rigueur et soin, imagination à développer, apprendre à faire des recherches, ...

[3Exemples d’intérêts de formation d’après les étudiants : expérience avec des élèves, approcher leurs difficultés et chercher des solutions, travail différencié, concevoir un projet et le mener jusqu’à son terme et en un temps imparti, « visualiser l’organisation nécessaire à la préparation d’une séance », meilleure connaissance du système éducatif, « voir en classe les difficultés évoquées en cours », préparation au concours, écrit et oral, intérêt de travailler en équipe...

[4BO préparation de la rentrée 2001 n°13 du 29 mars 2001.

[5Voir article dans « Le journal de Saint-Germain » n°518 du 23 novembre 2007.


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