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Recension parue dans le N° 418 d’octobre 2003

Scènes de la vie charançonne

Corinne Bouchard, Paris, Calmann-Lévy, 2003.

5 octobre 2003


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Le pamphlet antipédagogiste est devenu un genre à la mode. Des ouvrages très courts, au ton libre, volontiers ironique et familier (« L’humour est la dernière ressource du désespoir », dit l’auteur), parfois violent et diffamatoire, qui semblent prévenir, par leur caractère assumé de défouloir, les critiques qu’on peut leur faire quant aux contre-vérités qu’ils colportent et à la pauvreté de leur documentation. Corinne Bouchard s’était plutôt illustrée dans un autre genre, celui de la narration désabusée du quotidien d’un prof ordinaire, très en vogue lui aussi, si l’on en juge par le succès rencontré ces temps-ci par le livre - certainement sincère, mais léger - de Mara Goyet, Collèges de France [1]. Dix ans après La vie des charançons est assez monotone, Corinne Bouchard réussit, avec Scènes de la vie charançonne, à associer les deux styles avec un certain bonheur.
Tout y est : pour le côté « tranche de vie », Corinne Bouchard, professeur de lettres, trouve le ton juste pour raconter avec humour le cours qui échoue dans une classe de lycée technologique. Pour le côté antipédago, l’ouvrage multiplie, aussi bien qu’une grande part de la littérature apparentée, les approximations et les impasses intellectuelles, en limitant par exemple sa connaissance de la pédagogie (dont elle fait explicitement la cible de son pamphlet) à la lecture de l’École ou la guerre civile, de Philippe Meirieu. On n’y trouvera bien évidemment pas la moindre proposition constructive, si ce n’est une invocation de la bonne vieille « École de la République, du temps où elle se souciait d’instruire et non d’endoctriner ».
Tous ces petits livres naissent d’un désarroi bien compréhensible devant les problèmes de l’école. Convaincus sans doute que l’obtention de l’agrégation a mis fin à leur obligation de réfléchir sur eux-mêmes, leurs auteurs semblent se retrouver autour de l’idée, fortement affirmée par Corinne Bouchard, que l’institution et les enseignants ne sauraient se remettre en question face à la crise. L’écho impressionnant qu’ils reçoivent (celui-ci a droit, malgré son évidente médiocrité, à une page élogieuse du Nouvel Observateur) ne peut évidemment nourrir l’optimisme de ceux qui veulent encore travailler pour réussir la démocratisation de l’école.

Suzanne Bauer


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[1Paris, Fayard, 2003.