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Savoir de quoi on parle

A propos de l’opuscule Les savoirs fondamentaux au service de l’avenir scientifique et technique : comment les réenseigner, publié par la Fondation pour l’innovation politique

17 janvier 2005

La Fondation pour l’innovation politique vient de publier ce qu’elle considère comme une nouvelle pièce au débat sur l’école avec cet opuscule Les savoirs fondamentaux au service de l’avenir scientifique et technique : comment les réenseigner [1]. On l’ouvre avec curiosité d’autant qu’il est signé de grands noms des mathématiques, dont Alain Connes par exemple. On aurait dû être alerté par le « re » du titre et par la minceur de la brochure(une quinzaine de pages si on enlève les annexes), mais bon, on attend une analyse sérieuse, étayée, à la hauteur de la rigueur dont font preuve ces éminentes personnalités dans leur domaine de compétence. On tombe de haut. On retrouve là les pires poncifs des anti-pédagogues, reposant sur des « on dit » (« on nous a cité », « nous nous faisons l’écho de nombreux témoignages »). Les auteurs portent des jugements définitifs notamment sur l’enseignement du français tout en avouant « n’avoir aucune compétence dans ce domaine ». Il est vrai que leurs références sont des sources bien connues de...désinformation, à savoir Marc Le Bris, Rachel Boutonnet, etc. La mise face à face en annexes de pages de manuels années 50 (les bons) et années 2000 (les mauvais) est dérisoire et ne prouve absolument rien malgré les assertions de M.Le Bris, promu spécialiste suprême de la lecture (tant pis si de nombreux chercheurs disent le contraire !)

A aucun moment n’est citée la moindre recherche, on ne trouvera aucune donnée quantitative, mais seulement des affirmations dignes de monsieur Prudhomme (il faut une dictée par jour, la grammaire s’apprend sous forme de règles, les classes ne peuvent fonctionner s’il y a trop d’hétérogénéité, il faut insister sur le respect des règles élémentaires de la logique en mathématiques -on ne nous dit pas en quoi aujourd’hui ce n’est pas le cas). Bref, on est consterné par l’extrême pauvreté d’un tel document et on est un peu surpris qu’il soit publié par une institution aussi prestigieuse. D’ailleurs, page 4, les auteurs avaient affirmé « n’avoir pas les moyens de procéder à une analyse globale et systématique du système éducatif français » et reconnaissaient que leur étude reposait sur des entretiens divers (les « enquêtes que chacun peut mener pour son compte » ). Comment des scientifiques aussi remarquables peuvent-ils prétendre proposer du coup un texte aussi creux , salué pourtant par quelques « républicains » notoires qui dénoncent le black out de la presse sur ce fascicule qui « ose dire la vérité » ? Faut-il pleurer, faut-il en rire ?...

Jean-Michel Zakhartchouk


[1Les cahiers du débat, http://www.fondapol.org