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Recension parue dans le N° 440 de février 2006

Sanctionner sans punir, dire les règles pour vivre ensemble

Élisabeth Maheu, Chronique Sociale, 2005

4 février 2006

Élisabeth Maheu est formatrice à l’IUFM de Rouen sur les questions de prévention de violence et de régulation des conflits. Elle participe aux travaux de l’institut de recherche et de formation du Mouvement pour une alternative non-violente.
Ce livre décrit la problématique de la sanction du point de vue de la relation maître/élève. L’auteur développe de façon convaincante un principe fondamental : sanctionner l’acte et non pas la personne, en lui opposant un acte qui permette la réparation du dommage commis, la déculpabilisation de l’auteur et sa réinsertion dans le groupe. La sanction sera alors « éducative », permettant de restaurer la relation entre auteur et victime, auteur et groupe, et également la confiance en soi de l’auteur. S’efforçant de transmettre le sens des lois et des règles, l’éducateur parviendra ainsi à mieux les faire intégrer à l’enfant.
L’auteur aborde avec finesse les thèmes du rapport à la loi, de la responsabilité, de l’exclusion, de la réparation, pose les questions de l’exemplarité ou de la médiation. On relèvera en particulier des mises au point remarquables sur la distinction entre punition et sanction (chapitre 6), ou encore sur le permis à points (chapitre 13).
Montrant toute la complexité de l’acte de la sanction, fidèle à des positions éthiques fortes, Élisabeth Maheu donne bien des repères pour se sortir par le haut des situations conflictuelles avec des jeunes.
Faute de dimensions historique et sociologique, le propos pourra toutefois être jugé parfois un peu désincarné voire moralisateur : peut-on simplement brandir « l’interdit majeur de la violence, loi constitutive de la construction de notre humanité » devant des jeunes grandissant dans une société où la violence s’étale sur les écrans, paraît légitimée par les comportements agonistiques de compétition ou de concurrence, et les sanctionner de façon « éducative » lorsqu’ils se comportent comme les adultes ? Les limites que l’on veut fixer à un adolescent désobéissant ou rebelle sont certes nécessaires à son éducation, mais n’oublions pas que ce sont aussi celles que la société et l’institution scolaire choisissent de fixer en fonction de leurs propres objectifs, par rapport à ce qu’elles sont prêtes à accepter de la jeunesse.
Différents encadrés rythment la lecture : des récits de situation, empruntés au primaire ou au collège (leur conclusion systématiquement heureuse risque toutefois de paraître suspecte aux plus sceptiques...) ; des exercices de réflexion ; des mises au point. Mention spéciale pour les dessins d’Étienne Lécroart, drôles et incisifs.

Patrice Bride