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Revue de presse du vendredi 7 février 2014

Discriminations - Education prioritaire - Statuts - Salaires - André Ouzoulias -


A noter en préambule, Le Monde termine aujourd’hui sa série d’articles dédiés au "Pisa choc", en proposant une synthèse de l’ensemble de son enquête : Le Monde bouscule l’école en 6 questions. D’où il ressort pèle-mêle que les enfants pauvres ne sont pas condamnés à illettrisme, qu’on ne peut pas enseigner les mathématiques à tous les enfants (j’en vois que cette information vient de rassurer !), que l’on peut fort bien apprendre sans être malheureux à l’école (il faut une enquête pour s’en rendre compte !), que la droite est favorable à la fin du collège unique, que nous n’avons pas les enseignants qu’il nous faut et qu’enfin, il faut arrêter de croire que notre éducation est nationale.

Précisément, sur ce dernier point, la presse se fait aujourd’hui l’écho des quelques éléments qui ont permis à la sociologue Agnès Van Zanten de démontrer que notre institution n’a de "nationale" que le nom.


Discriminations et éducation prioritaire : l’heure est à l’inquiétude

Réforme des ZEP : l’inquiétude est désormais prioritaire. Sous ce titre, Libération fait le point sur le mouvement de contestation qui touche désormais, principalement, deux départements franciliens. "Grèves, happenings, délégations au rectorat, manifestations devant le ministère… Le 16 janvier, la réforme de l’éducation prioritaire annoncée par Vincent Peillon avait suscité de nombreux espoirs. Trois semaines plus tard, les inquiétudes se multiplient. Alors que le ministre avait promis des moyens supplémentaires, des collèges de ZEP ont appris entre-temps qu’ils allaient perdre des postes à la rentrée 2014. Et beaucoup se demandent si cette réforme ne serait pas une affaire de dupes." Réponse pour les seuls abonnés ou en version papier.

L’inquiétude qui gagne les enseignants de ZEP, déçus par une préparation de rentrée qui ne reconnaît pas les spécificités de leurs écoles et établissements, est d’une certain façon partagée par les lycéens. La région Ile-de-France leur a donné la parole. 20 Minutes se fait l’écho d’une consultation qui dévoile les inquiétudes des lycéens franciliens. Cette consultation nous apprend que les discriminations sont le premier sujet d’inquiétude chez les lycéens, qui s’inquiètent aussi des inégalités sociales. Pour Laura Yacoub, élève en première à Montreuil, « Beaucoup de lycéens homosexuels n’osent pas en parler par peur du rejet. Et subissent donc un mal-être qui va se répercuter sur les notes. Je suis homosexuelle et je suis en contact avec des personnes qui se le cachent ou qui le cachent. Les mentalités ne changent pas avec des affiches. » Et Nassim Ammar, élève de première à Mantes-la-Jolie : « Ce qui nous inquiète, c’est l’inégalité entre les lycées parisiens et les nôtres. On a tendance à favoriser les lycées de Paris ou Versailles et mettre au deuxième rang ceux des quartiers. Je parle des locaux, des subventions, du poids politique. »

De cette inquiétude des lycéens face aux discriminations, il ressort que la position de l’enseignement catholique angevin et des militants de la "Manif pour tous" pose question. A Angers, des collèges catholiques privent leurs élèves de « Tomboy » nous apprend Rue89. Initialement programmée dans le cadre de l’opération "collégien au cinéma", le visionnage de Tomboy par 120 élèves du collège Saint-Martin a été annulée in extremis sous la pression "d’une poignée de militants de la Manif pour tous, qui ont pris pour nouveau cheval de bataille la prétendue « théorie du genre »." Un film qui fait polémique depuis sa sortie dans les milieux réactionnaires. Face à la vindicte de cette poignée de parents, la direction de l’établissement a fini par annuler la sortie. Il ne sera pas utile de reprendre ici les élucubrations plus ou moins fantaisistes retenues par les parents pour censurer cette sortie scolaire, mais l’article nous invite tout de même à réfléchir un peu à un aspect de cette censure que nous n’avons pas toujours mesurée : "Il y aurait de quoi rire [...] si les conséquences d’une telle prose – la censure de programmes scolaires imposée par une poignée de militants exaltés et homophobes – n’étaient pas aussi graves."

Mais précisément, face aux discriminations en tous genres, notre "ABCD de l’égalité" ferait pâle figure si on le comparait à ce que pratiquent certains de nos amis européens, nettement plus avancés dans le domaine des mœurs et de l’ouverture aux autres. Ainsi la Suède. Sous le titre Dans cette école suédoise, ni "fille" ni "garçon". Que du "neutre", Le Nouvel Observateur analyse un documentaire d’Arte, "La pédagogie Neutre selon la Suède". "Chantal Simon et Philippe Lagnier font un récit subtil d’une expérience extrême menée à Nicoaligarden et Egalia, deux maternelles de Stockholm où les enseignants ont carrément supprimé l’usage des pronoms personnels "il" et "elle". "Nous ne voulons pas intervenir sur la biologie", explique la directrice Lotta Rajalin qui accueille, en short, les nouveaux parents pour la réunion de rentrée. "Nous voulons enlever la ligne de séparation entre les filles et les garçons pour que les deux puissent investir tout l’espace".

Autre forme d’inquiétude, toujours dans Le Nouvel Observateur : "La télé-réalité fait chuter les notes des ados". Il s’agit là des conclusions d’une grande enquête menée par le sociologue Alain Lieury, dont il avait rendu compte dans notre revue, manifestement pas si discrète que ça ("L’impact des loisirs des adolescents sur les performances scolaires"). "Un échantillon de 27.000 collégiens de classe de troisième ont été invités à répondre sur leurs loisirs favoris et soumis en parallèle à des tests à base de QCM. Il s’agissait d’évaluer leurs performances en maths, lecture compréhension et mémoire de connaissances.
Principale conclusion de cette énorme enquête : être scotché aux émissions de télé réalité ou aux séries sentimentales, comme aujourd’hui 42% des ados, provoque une baisse notable des performances scolaires. A savoir, -11 points pour les résultats en maths, et -16 % pour l’acquisition des connaissances
".


Statut, salaires : questions sur la situation des personnels

Les Echos reviennent aujourd’hui sur Les décrets de 1950, maintes fois attaqués, jamais abrogés. Il y est fait un historique, assez complet mais rapide, des différentes tentatives qui ont été conduites, sans succès, pour moderniser l’archaïque statut des enseignants du second degré. Un autre article, toujours dans Les Echos, va toutefois plus loin que ce simple rappel des faits. Accord en vue sur le statut des enseignants. En réalité, ce n’est pas le statut de 1950 qui sera attaqué, en tout cas pas en son cœur. "Que va changer le futur texte ? Pas question de toucher aux fameuses 18 heures ou 15 heures de cours devant les élèves. Trop explosif. Le texte redéfinit le métier des enseignants en prenant en compte tout ce qu’ils font en dehors de leurs heures de cours - travail en équipe, conseil de classe, accompagnement des élèves, échanges avec les parents... Autant de tâches sur lesquelles les textes de 1950 étaient muets."

Mais sitôt un incendie éteint qu’un autre se déclenche, comme le rappelait Geraldine Duboz dans la revue d’hier. Fonctionnaires : pourquoi Peillon est au coeur de la polémique se demande l’Express. Marie-Caroline Missir pose même la question sous un autre jour : "Qui a intérêt à fragiliser le ministre de l’Education nationale, le seul à disposer d’une forme de blanc-seing budgétaire ? C’est précisément le problème. Cette fuite intervient au moment des arbitrages budgétaires, et alors que le ministère de l’Education est entré en discussion avec les organisations syndicales dans le cadre du "chantier métier". A la clé : un budget de 100 millions d’euros pour financer différentes mesures catégorielles ou primes aux enseignants. Avec cette fuite, Bercy fait ainsi pression sur le ministre pour qu’il limite ses velléités de dépenses. Mais il sera difficile de faire porter le chapeau des économies budgétaires au seul Vincent Peillon."

Enfin, dernier élément des questions catégorielles à faire l’actualité aujourd’hui, les EVS, auxquels s’intéresse l’Humanité : Les EVS en lutte contre la précarité. Le quotidien communiste s’intéresse à la question de la Haute-Vienne, mais le problème concerne en réalité l’immense majorité des départements. "Depuis deux ans et demi, dix-huit éducateurs de vie scolaire (EVS) de la Haute-Vienne se battent pour la reconnaissance de leurs droits. Ils avaient intenté une action aux prud’hommes en novembre 2011 pour défaut de formation prévue dans leurs contrats. Le jugement rendu le 22 décembre 2012 avait reconnu le manquement de l’employeur à son obligation de formation dans le cadre des contrats aidés et accordé les indemnités correspondantes aux requérants. Mais l’État a fait appel." Une décision de justice particulièrement attendue, donc.


André Ouzoulias est mort

Infatigable militant de la cause de la formation "intelligente" des enseignants, André Ouzoulias nous a quittés comme le titre sobrement le Café pédagogique. Je laisse le soin à Philippe Watrelot, demain, de nous parler plus avant de cet homme dont il a partagé les combats et bien souvent les idées. Contentons-nous ici de lui rendre un modeste hommage en rappelant la série de récents entretiens qu’il avait accordés à Luc Cédelle dans Le Monde (Formation des enseignants : éspé, espoirs et désespoirs … Entretien avec André Ouzoulias (texte intégral)) et dans le Café (André Ouzoulias : Démocratiser l’enseignement de la lecture-écriture). Une vision fine, que je ne partageais pas toujours, mais qui avait le mérite d’alimenter intelligemment le débat, et qui au fond permettra un jour, sans doute, de trouver un consensus sur l’aspect le plus important de la refondation de notre école.


Divers

Deux petits articles que je livre à votre réflexion, sans cohérence particulière avec ce qui précède.

Expolangues : comment apprendre une langue étrangère ?. A l’occasion de la tenue du salon Expolangues, l’’Express pose LA question qui dérange en matière d’enseignement des langues dans notre pays, et tente d’y apporter quelques éléments de réponse.

A signaler enfin, le nouveau billet de blog de l’historien Claude Lelièvre, Non à un Munich éducatif !. Je ne peux m’empêcher de vous citer des extraits des dispositions réglementaires prises en 1914 pour protéger l’école publique. Savoureux Claude Lelièvre, comme toujours ! "quiconque, exerçant sur les parents une pression matérielle ou morale, les aura déterminé à retirer leur enfant de l’école ou à empêcher celui-ci de participer aux exercices réglementaires de l’école, sera puni d’un emprisonnement de six jours à un mois et une amende de seize francs à deux cents francs (ou de l’une de ces peines seulement). Enfin quiconque aura entravé ou tenté d’entraver le fonctionnement régulier d’une école primaire publique, notamment en organisant la désertion de cette école, sera frappé des mêmes peines ( lesquelles seront sensiblement aggravées, s’il y a eu violence, injures ou menaces)."
A dédier à Farida Belghoul et autres tenants de "boycotts" plus ou moins légaux sur fond de contestation de la réforme des rythmes scolaires.

Lionel Jeanjeau

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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

A propos des ZEP

Un peu d’histoire et quelques perspectives, des questions sur les fameux « moyens » et leur utilisation, des témoignages de pratiques culturelles (sciences, arts..) conçues autrement que comme des « cerises sur le gâteau », des pistes pour la formation des enseignants : l’éducation prioritaire, toujours vivante !


Portfolio

  • Le dessin de Fabien Crégut