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Blocus de lycées - Vidéo choquante - craintes et réactions

Revue de presse du vendredi 7 décembre 2018

La vidéo qui met le feu aux poudres

L’actualité éducative du jour est fortement marquée par :
Ces images d’arrestations de jeunes à Mantes-la-Jolie (qui) scandalisent
« Près de 150 personnes ont été arrêtées pour "participation à un attroupement armé" après des heurts et dégradations, selon le commissaire de la ville » a réagit le HuffingtonPost.

On y voit des lycéens alignés contre un mur, les mains sur la tête, filmés par un policier avec une joie mauvaise dans les commentaires. C’est humiliant et choquant. Rappels d’autres époques, d’autres lieux.


La vidéo de l’interpellation collective de dizaines de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque de vives réactions

“La vidéo, qui montre des rangées d’élèves à genoux, mains sur la tête, sous la surveillance de policiers casqués, armés de matraques et de boucliers, « est forcément choquante », a reconnu le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer.”

A son tour, Libération propose “ plusieurs vidéos de la mise en scène accablante.”
A Mantes-la-Jolie, des dizaines de jeunes agenouillés mains sur la tête
Une situation confirmée par le ministère de l’Intérieur via un communiqué jeudi soir. « A 12h20, 122 [individus] étaient interpellés et placés en garde à vue pour participation à un groupement en vue de la préparation à des violences volontaires ou des destructions ou dégradations, a fait savoir Beauvau. 37, la plupart encagoulés, étaient trouvés porteurs de bâtons, battes de base-ball et conteneurs de gaz lacrymogène. […] L’interpellation d’un nombre aussi important d’individus a nécessité de prendre des mesures de sécurité complémentaires. »
Plusieurs lycéens ont été blessés ces derniers jours par la police, et notamment par des tirs de lanceurs de balles de défense.

« Les violences aux abords des lycées « redoublent » » renchérit Marie-Christine Corbier dans Les Echos.
“Selon le ministère de l’Intérieur, 280 établissements scolaires ont été perturbés ce jeudi, dont 45 étaient bloqués, et 700 lycéens ont été interpellés.”


Réactions

Les réactions indignées ont fleuri sur les réseaux sociaux. Et Médiapart partage l’inquiétude de ceux qui ont vécu d’autres mouvements lycéens.

Lycéens d’avant, nous n’avons jamais connu la répression actuelle
“Plus de 130 ex-lycéens engagés dans les “mouv” en 1968, 1977, 1986, 1990, 1994, 2000, 2005 ou 2013 (des comités d’action lycéens à la mobilisation en défense de Leonarda, en passant par les lois Saunier-Seïté ou Devaquet, ou encore le CPE) se disent « inquiets » face à « l’étape franchie » aujourd’hui en matière de répression et de liberté de manifester des lycéens actuellement mobilisés.”

Les parents s’inquiètent également.

« S’il y a un mort, je ne veux pas que ce soit mon fils »
« Face aux affrontements lors de manifestations aux abords des lycées, les associations de parents d’élèves croulent sous les appels de pères et de mères inquiets pour leur enfant. »

Invité sur France Inter,
Jean-Michel Blanquer (reconnaît) : Il y a eu des images choquantes car on est dans un climat de violence exceptionnelle"
Discours mesuré qui rétablit quelques vérités comme l’appel à davantage de fermeté lancé voilà quelques semaines avec le #PasdeVagues et le contexte de ces interpellations.

Choqués par les interpellations, des lycéens toujours mobilisés

« Défilés, blocages et occupations se poursuivent en soutien aux jeunes interpellés la veille et pour réclamer la démission de Macron, dans le sillage des « gilets jaunes ».
Après le ministre de l’éducation, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a défendu à son tour l’acte de ces policiers, confrontés selon lui à de « véritables violences urbaines ». Barres de fer, bombes lacrymogènes, battes de base-ball… Certains jeunes se sont rendus vers ce lycée avec la « ferme intention d’en découdre avec les forces de l’ordre », a-t-il déclaré, évoquant « des bouteilles de gaz jetées sur des barricades en flammes ». Trente et un élèves ont été blessés sur l’ensemble du territoire, a-t-il déploré.
Mais ces images de Mantes-la-Jolie ne font « que créer plus de colère », affirme la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL)
Comme ailleurs en France, des lycéens de Montreuil, de Paris ou encore de Dijon ont affiché leur soutien aux élèves interpellés
 »
en prenant la même position que celle imposée hier aux lycéens de Mantes-La-Jolie. Mais, laissons faire la justice. Comme le dit mieux que moi une amie, “les actes commis ne sont ni contestables, ni excusables. Reste d’ailleurs à en établir les responsables. Pays de droit. Mais...des mineurs face au mur.”

Interpellations à Mantes-la-Jolie : le Défenseur des droits ouvre une enquête
Le Défenseur des droits a annoncé vendredi 7 décembre ouvrir une enquête au lendemain de l’interpellation controversée de 151 jeunes près d’un lycée de Mantes-la-Jolie (Yvelines).
Cette enquête portera « sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées des interpellations de lycéens à Mantes-la-Jolie », a précisé l’autorité indépendante, qui rappelle être chargée de « veiller au respect de la déontologie » des forces de l’ordre et de défendre « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Parmi les médias qui dénoncent des violences venant de lycéens, dont les premières victimes sont souvent les personnels de direction, La Voix du Nord raconte une agression dont ses journalistes ont eux-mêmes été victimes.

Wingles Après l’agression à l’acide d’une de nos journalistes par des lycéens
« C’était à Wingles ce vendredi matin. Alors qu’elles allaient à la rencontre de lycéens qui manifestaient, dont certains porteurs de tee-shirts blancs en signe de… pacifisme, une de nos journalistes et une de nos consœurs ont été prises à partie par un groupe d’individus qui ont commencé par leur jeter des œufs.
Alors que notre journaliste leur demandait de faire preuve d’un peu de respect en s’éloignant prudemment, un des agitateurs a lancé dans leur direction une bouteille contenant notamment de l’acide, qu’elles ont heureusement réussi à éviter avant qu’elle n’explose à quelques centimètres d’elles.
 »

On peut, comme ces journalistes, s’interroger sur les motivations des lycéens qui expriment très peu de revendications concernant la réforme du lycée ou ParcoursSup.

«  Les journalistes régionaux et les correspondants vont chaque jour au contact de la population. Cette proximité nous permet d’aller au plus près de la réalité. Nous n’avons pas attendu les récents événements pour dénoncer l’abandon de certains territoires, la fracture sociale et numérique dont sont victimes des populations qui se sentent déclassées. »

A Lyon, la révolte des lycéens touche davantage les établissements périphériques
Inégalités, sentiment d’abandon, volonté d’exprimer un ras-le-bol, les élèves rejoignent le mouvement des « gilets jaunes ».
« La géographie des révoltes est marquée : la périphérie lyonnaise. Les incidents éclatent à Rillieux-la-Pape, Vaulx-en-Velin, Décines, Villeurbanne, Bron, Saint-Priest, Vénissieux… Ceux du centre-ville sont beaucoup moins agités. Un phénomène bien différent des précédents mouvements lycéens de l’agglomération lyonnaise, inversé même. »

Je terminerai par le communiqué de presse du CRAP-Cahiers pédagogiques, intitulé sobrement Non à la violence, oui au dialogue
« La grande majorité des enseignants sait bien qu’il est important de « calmer le jeu » et de contribuer à l’apaisement afin que des revendications puissent s’exprimer dans un cadre démocratique, par exemple lors d’assemblées générales tenues dans le lycée. Ils le font, avec les personnels de direction, souvent avec courage et intelligence. Ils n’ont pas besoin d’un discours injonctif ministériel peu approprié.
Les demandes des lycéens montrent leur angoisse devant l’avenir, mais révèlent aussi une absence de dialogue véritable, alors même qu’on nous affirme en haut lieu que « la concertation a eu lieu », ce qui est bien loin de la réalité. Dans ce domaine comme dans d’autres, le passage en force rapide et la faible prise en compte de ce qu’expriment les organisations syndicales ou lycéennes, ont des conséquences graves
 »

Et, en tant que mère et enseignante dans une cité scolaire, je ne peux qu’approuver. Au lycée de ma fille, à la place du blocus, réclamé par certains lycéens (et déclaré dans les règles à la préfecture), ce vendredi a été l’occasion de débats dans la cours pour les volontaires. Rien de violent. Rien sur la rue. Négocié avec les représentants des élèves. Constructif et rassurant pour les parents. Enfin, jusqu’à lundi.
Catherine Rossignol


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Hors-série numérique n° 50 - Le bac, hier et aujourd’hui

septembre 2018
Dans le contexte de la réforme du baccalauréat et de la mise en place des nouvelles procédures d’accès aux études supérieures, ce hors-série revient sur de nombreuses tentatives de réformes plus ou moins fructueuses. Bac + 3, bac - 3, orientation, bac pro… quels leviers pour offrir une école plus démocratique ?

N° 532 - Justice et injustices à l’école
Dossier coordonné par Marie-Christine Chycki et Émilie Pradel
novembre 2016
L’école est traversée par tous les débats qui agitent la société. La question de la justice y est particulièrement vive et le sentiment d’injustice très prégnant chez tous les acteurs aux prises avec l’institution. Entre la subjectivité du sentiment et les conditions objectives des injustices vécues à l’école, quelles réponses pouvons-nous apporter ?

N° 539 - Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée
Dossier coordonné par Michèle Amiel et Gwenaël Le Guével
septembre 2017
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels ?

N° 530 - Former les futurs citoyens
Dossier coordonné par Laurent Fillion et Pascal Thomas
juin 2016
Mise en place du nouveau socle commun, de l’enseignement moral et civique : l’éducation à la citoyenneté, thème souvent abordé par les Cahiers pédagogiques, revient au cœur des préoccupations. De quelle éducation à la citoyenneté parle-t-on ? Comment ne plus la confondre avec une éducation au civisme et à la civilité ?

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