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Revue de presse du vendredi 6 décembre

Fin de récré pour la contestation - Pisa et ses prolongements - refonte des programmes - Madiba


Rythmes scolaires : Fin de récré pour la contestation

La journée d’hier était marquée par une grève des enseignants du premier degré contre la réforme des rythmes scolaires (tout court ou "sous cette forme" selon les syndicats). La presse de ce matin revient sur cette journée d’action, caractérisée par un net reflux de la mobilisation.

"Rythmes scolaires : la mobilisation des enseignants s’essoufle", pour Le Nouvel Observateur, cependant que Le Figaro observe une "Mobilisation en baisse contre les rythmes scolaires". Dans l’article du Figaro, est évoquée une enquête Harris Interactive réalisée à la demande du Snuipp. Les résultats de cette enquête sont consultables sur le site du Snuipp. Il me semble intéressant d’en retenir cette phrase, que reprend également Le Figaro : "On remarque cependant que les enseignants en élémentaire, ceux ayant le plus d’ancienneté, les directeurs et surtout ceux dont l’école a déjà mis en place cette réforme en 2013 lui sont un peu plus favorables que la moyenne".
La conclusion de la journée est donnée par Libération : "Rythmes : un petit répit pour Peillon". "Les instituteurs étaient moins nombreux hier à faire la grève que lors de la journée du 14 novembre. Après la fronde des maires finalement avortée, c’est la mobilisation dans le primaire qui s’essouffle".

Il semble donc bien que la contestation change de nature, et qu’elle s’affaiblisse parce que la réforme entre peu à peu dans les habitudes d’un corps enseignant las des changements perpétuels et des remises en causes de réformes à peine achevées.
Il est donc fort heureux, de notre point de vue, que le gouvernement enregistre une autre "petite victoire" sur le front des rythmes scolaires. La proposition de loi de Xavier Bertrand visant à donner les pleins pouvoirs aux maires en matière d’organisation du temps scolaire a en effet été rejetée hier par l’Assemblée nationale, comme nous l’apprend le Nouvel Observateur. Le débat a toutefois été houleux, et a généré un clivage droite/gauche des plus classiques. "En la défendant, les élus UMP, soutenus par l’UDI, ont livré un réquisitoire contre une réforme des rythmes scolaires "impopulaire", inapplicable", "tournant au fiasco" ou contre un ministre de l’Education "isolé dans ses certitudes".
Le ministre de l’Education et la gauche ont fait bloc contre la proposition de loi, critiquant une volonté de "municipaliser l’Education nationale" mais aussi un texte au service "d’intérêts préélectoraux" et mettant "de l’huile sur le feu".
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De quoi Pisa est-il le nom ?

La presse cesse aujourd’hui d’exploiter les résultats directs de l’enquête Pisa. Elle s’y intéresse toujours, mais sous la forme de sondages destinés à faire le point sur ce que la population pense réellement de son école. On ne pourra évidemment pas s’empêcher de penser que la sur-représentation de Pisa dans les médias ces derniers jours peut avoir quelque peu influencé le résultats des enquêtes. Mais c’est la loi du genre.

"Pour un français sur deux, l’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social" nous apprennent les Echos. Si cette enquête révèle des clivages classiques (les sympathisants de gauche considérant plus qu’à droite que l’école est inégalitaire), elle révèle aussi quelques surprises. "Le sondage montre [...] que les cadres sont bien plus sévères que les ouvriers sur l’état de l’école. Les premiers sont ainsi 57 % à considérer que l’école n’assure pas l’égalité des chances, contre 44 % parmi les seconds. Un paradoxe, alors même que les études internationales et nationales montrent que l’école est bien plus inégalitaire pour les enfants d’ouvriers que ceux des cadres". Le paradoxe ne me semble qu’apparent. Il serait en effet intéressant d’en savoir plus sur ces cadres, et notamment sur leur propre origine sociale. Ceux qui sont d’origine modeste ont sans doute perçu qu’entre l’époque où ils allaient à l’école et aujourd’hui quelque chose s’est cassé, que l’ascenseur social dont ils ont bénéficié ne fonctionne plus aujourd’hui. Peut-être ont-ils même inconsciemment la peur que, pour leurs propres enfants, il ne reparte dans l’autre sens ?

De son côté, L’institut Opinion Way, repris par l’Express, déclare que "40% des Français veulent des profs mieux formés". Ce qui, si on n’y prend garde, a de quoi nous laisser perplexes ! On se demande en effet ce qui peut bien motiver les 60% restants. Estiment-ils que les enseignants sont assez bien formés ? En réalité, le sondage, quoique l’article ne permette pas de le confirmer, semble avoir été réalisé sous forme de questionnaire à choix unique. La question, manifestement, portait sur LA mesure prioritaire pour améliorer notre école. Et c’est la formation des enseignants qui arrive en tête, avec 40% des réponses. Une large partie de la population est donc de cet avis. Les autres mesures habituellement avancées, "augmenter le nombre de professeurs (28%), réformer les rythmes scolaires (20%) ou augmenter les moyens accordés aux zones d’éducation prioritaires (11%)" arrivent donc loin derrière. En réalité, le questionnaire eut sans doute été mieux inspiré de permettre un choix multiple, cela aurait sans doute donné une vision plus juste de ce qu’attendent réellement les Français de l’école de demain.

Enfin, terminons sur la question de Pisa en laissant la parole à Marie Duru-Bellat, qui signe dans le Huffington Post un article intitulé : "Pisa : nous et les autres". Elle y relativise la nécessité d’articuler nos réformes de structure aux seuls résultats d’une enquête, aussi précise soit-elle, et estime que c’est d’avantage le choc provoqué dans l’opinion, et le consensus qui est à même de s’en dégager, qui pourront aiguillonner notre système scolaire et le rendre plus efficace. Ainsi en a-t-il été, en tout cas, de l’Allemagne : "Si l’Allemagne voit ses performances s’améliorer, c’est peut-être plus par l’aiguillon qu’a constitué dans ce pays le "choc PISA" diffus des dernières années (la révélation de résultats médiocres et inégalitaires) que par les réformes précises qui ont été lancées [...] pour y réagir. Mais le seul fait que les enquêtes aient été prises très au sérieux et qu’un consensus national ait émergé pour faire front [est] déjà sans doute très important, car c’est peu dire que chez nous on accueille avec un certain fatalisme et le taux élevé d’élèves faibles et les inégalités sociales". Casser ce fatalisme est donc l’enjeu. "Fatiguer le doute", encore et toujours.


Une refonte des programmes attendue par les enseignants

Le Monde donne le "Top départ pour le refonte des programmes scolaires". "Une troisième réforme en dix ans et, pourtant, sur le sujet, un consensus semble s’être dégagé : trop lourds, trop techniques, les programmes doivent évoluer, et vite. Le calendrier, fixé rue de Grenelle, prévoit de les renouveler en maternelle dès la rentrée 2014, puis entre 2015 et 2017 à l’école élémentaire et au collège, de manière « échelonnée »." Déjà, des inquiétudes se font sentir ... au collège, où les tenants de l’excellence et de l’élitisme croient déjà déceler dans la future mise en place des enseignements complémentaires un risque contre les filières de sélection qui - quoi qu’on en pense - continuent à exister dans nos collèges. "Il est question, dans les dernières lignes de [la] lettre de cadrage, de l’instauration des « enseignements complémentaires » en 5e, 4e et 3e – prévus à l’article 51 de la loi d’orientation promulguée en juillet –, en complément du « tronc commun » de formation. Le ministre souhaite qu’ils aient un « caractère interdisciplinaire » et qu’ils contribuent « à l’acquisition du socle commun » (ce « bagage » censé armé chaque élève à 16 ans, en fin de scolarité obligatoire) par des « approches pédagogiques diversifiées », en évitant « l’écueil de la constitution de filières sélectives ».
Une formulation un peu floue qui laisse croire à certains syndicalistes que des dispositifs, qui permettent aujourd’hui une différenciation des parcours au collège – classes bilangues, options européennes, etc. –, pourraient être remis en cause
".
Ce chantier sera-t-il de nature à réconcilier les enseignants avec un gouvernement de gauche dont ils semblent aujourd’hui se désolidariser ? Cette thèse du "désamour" entre les enseignants et la gauche est à lire dans un autre article du Monde : "Les enseignants et la gauche : le désamour ?".

Lionel Jeanjeau


"Une étoile pour Madiba" (Monique Royer)

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Les mots croisés de Fabien Crégut

Comment ne pas évoquer dans cette revue de presse la disparition de Nelson Mandela ? Inutile de faire long, ce n’est pas l’objet de cette chronique. Néanmoins, nous rappellerons, à l’image de pratiquement toute la presse, que Nelson Mandela avait une très haute opinion de l’Education, "l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde". En juin dernier, lorsque les première inquiétudes s’étaient manifestées sur son état de santé, Monique Royer avait signé un très beau texte, qui est aujourd’hui l’hommage des Cahiers Pédagogiques à Nelson Mandela. "Une étoile pour Madiba"