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Revue de presse du vendredi 4 avril

Charte des programmes - Palmarès des lycées


Deux points chauds de l’actualité éducative ce vendredi. Les suites de la remise de la Charte des programmes et la publication par le presse du "palmarès" des lycées. Comment faire dire tout et n’importe quoi à des statistiques. Mais aussi, comment tirer d’un marronnier de printemps quelques enseignements pour faire progresser le système.

La charte des programmes

A l’Education le ministre change, la refonte des programmes continue titrait hier Le Nouvel Observateur. En complément d’un article paru le matin même et qui interrogeait le devenir des grandes réformes engagées par Vincent Peillon, à présent remplacé, l’hebdomadaire s’attarde sur la principale nouvelle éducative du jour, la remise hier de la "Charte des Programmes" (voir la revue de presse d’Ostiane Mathon en date du 3 avril). "Au lendemain de l’arrivée d’un nouveau ministre à l’Education, le Conseil supérieur des programmes, chargé d’élaborer les nouveaux contenus pour 2015 et 2016, a rendu sa Charte des programmes "comme prévu" jeudi, a-t-on appris auprès du ministère. "Le travail sur les programmes ne dépend pas d’un ministre ou d’une majorité (...) Clairement, nous plaidons comme la loi le suggère pour que le travail sur les programmes scolaires se fasse dans la durée", a expliqué le président du Conseil supérieur des programmes (CSP), Alain Boissinot."

Dans Le Monde, Mattea Battaglia poursuit aujourd’hui son analyse entreprise à propos de la rédaction de cette charte. Les enseignants devront s’impliquer davantage dans la conception et la mise en œuvre des programmes, précise aujourd’hui le quotidien. "La charte se garde des formulations polémiques. La notion de « curriculum », éprouvée dans les pays anglo-saxons notamment, ne figure que dans le préambule. Cette approche, qui suscite des réticences en France, met l’accent sur ce qu’on attend d’un enseignement, sans entrer dans le détail des compétences, des étapes. Aux enseignants de s’en saisir pour impulser un rythme, des contenus, de la chair…
Entre les lignes de la charte, une logique nouvelle transparaît [...] : les programmes se déclineront « 
à un niveau donné en fonction des cycles d’enseignement  », avec «  si nécessaire  » des indications complémentaires par année. Ils laisseront une vraie marge de manœuvre aux enseignants, qui se voient reconnaître «  des espaces d’initiative et de responsabilité (…) pour leur permettre d’apprécier comment atteindre les objectifs du programme dans chaque situation  » et qui devront être «  pleinement associés  » aux procédures d’élaboration.".


Palmarès des lycées : un marronnier indigeste

La publication, à 10h00 précise, par tout ce que la presse française compte de quotidiens et d’hebdomadaires "de référence" a de quoi agacer quelque peu. Vous retrouverez, selon votre sensibilité, ce classement, issu des données publiées par le ministère, aussi bien dans Le Figaro, que dans l’Express, Libération, Le Monde, Le Parisien, Les Echos, et même le Café pédagogique ! On ne reviendra pas ici sur le côté irritant de ces classements qui - quoi qu’on s’en défende - contribuent à accroître la pression mise sur l’institution et à accélérer localement la mise en concurrence d’établissements qui n’ont souvent rien à voir les uns avec les autres.

Néanmoins, je ne saurai trop vous conseiller, par curiosité mi-amusée mi-agacée, de parcourir l’ensemble de ces classements. Car au-delà de leur généralisation, il faut tout de même retenir une information essentielle. Consciencieusement, et afin de ne pas passer à côté d’une des deux grandes informations "éducation" de la journée, j’ai regardé tous ces palmarès. Or pas un seul ne donne le même résultat. Quelquefois même, on ne trouve aucun lycée en commun dans les "TOP 20" respectifs. Edifiant. Et il y a plus problématique encore : choisissez donc un lycée au hasard (le vôtre par exemple) et recherchez-le dans l’ensemble des classements. Vous verrez qu’il s’y promène allègrement, franchissant sans coup-férir 500 à 600 places, sans que pour autant, bien entendu, ses résultats n’aient bougé d’un pouce. Quelle crédibilité, du coup, donner à ces classements ? Une simple recension des résultats et des indicateurs, comme l’a fait Le Monde eut été largement suffisante !

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Le dessin de Fabien Crégut

Palmarès des lycées : place à la réflexion

Dans cette bouillie journalistique de "l’instant" qui surfe allègrement sur la vague de la pression et des angoisses scolaires, il faut tout de même retenir quelques articles qui donnent des informations constructives et qui permettent de réfléchir au fond de la question. Dans Le Monde, avec un article intitulé Ces lycées champions de la réussite scolaire, Maryline Baumard relativise les classements, mais également les raisons qui poussent tel ou tel lycée à réussir (quel que soit le critère de "réussite" que l’on retient, d’ailleurs). Elle évoque ici, notamment, ces lycées peu ou pas connus, qui obtiennent des résultats remarquables là où on ne l’attendrait pas. "Les proviseurs de ces établissements ne s’attendent souvent pas à de tels résultats. « Au début, j’étais étonné », reconnaît Alain Godon, proviseur du lycée Jean-Moulin de Roubaix. « On n’a pas de dispositifs miracles, on ne fait pas autrement qu’ailleurs. Il y a des enseignants fatigués, qui en ont marre des incivilités ; il y a des sanctions, comme ailleurs. » Sa « valeur ajoutée » qui frôle les 10 points, M. Godon l’explique surtout par la « qualité du travail ». « Nos équipes parviennent à faire ce que d’autres n’arrivent pas à réaliser. » Il décrit ses enseignants comme d’« excellents pédagogues », « disponibles », « bienveillants » auprès d’élèves qu’ils comprennent, puisque beaucoup sont issus des mêmes quartiers défavorisés." L’article est plein de témoignages de ce genre, très revigorants. Preuve s’il en était besoin que les vrais indicateurs de performance des lycées sont impalpables : le degré d’acceptation des transformations, la capacité à accompagner les élèves plutôt qu’à leur mettre une inutile et nuisible pression, l’ambiance qui prévaut dans un établissement, le plaisir qu’ont les élèves à s’y rendre le matin, etc.
C’est également ce qu’évoque Véronique Soulé, dans Le Nouvel Observateur. Lycées : ce que disent les palmarès ou pas. Evoquant ces classements, elle précise : "beaucoup de choses, essentielles, n’y figurent pas. A commencer par le nombre de mentions au bac ou encore le taux d’admissions en filières sélectives, notamment en classes préparatoires pour juger du "niveau" de l’établissement. Ou encore l’ambiance du lycée, la qualité du chef d’établissement et sa capacité à faire travailler les enseignants en équipe. Des données pourtant plus que primordiales, qu’on peut souvent obtenir en prenant directement contact avec les fédérations de parents d’élèves des établissements visés."
Interrogation du même ordre dans l’Express. Palmarès des lycées : "outil anxiogène" ou "saine évaluation" ?. Après avoir déploré le caractère anxiogène des classements, essentiellement pour les parents de futurs lycéens, l’hebdomadaire en relativise toutefois la portée (sans oublier tout de même de publier le sien !). Au travers de l’histoire de la famille Garcia, à Achères (Yvelines), on découvre les arcanes des réflexions familiales qui président au choix d’un lycée. Et là aussi, la sêcheresse des statistiques du ministère est bien éloignée de la réalité tangible des établissements. "Ironie de l’histoire, l’actuel lycée de Violette est moins bien classé dans les palmarès que celui auquel elle était rattachée par la carte scolaire. "Peut-être, tranche sa mère, mais elle y a appris à travailler en toute autonomie et surtout, elle s’y plait". Le critère le plus important pour la mère comme pour la fille."

Pour une mise en perspective d’un autre ordre, on lira avec intérêt (et si on est abonné) l’entretien accordé par Eric Charbonnier à Libération : Palmarès des lycées : un outil mal exploité. Extrait "il faudrait essayer de voir ce qui fonctionne ou pas dans les lycées. Et se demander ce que l’on va faire dans ceux qui sont mal évalués. Va-t-on repérer les pratiques pédagogiques qui marchent ? Un tel palmarès est important pour le lycée lui-même. Mais si l’on n’utilise pas ces résultats pour améliorer le système, voire pour réformer, l’intérêt s’arrête là."

Un sujet qui interroge finalement "le coeur du réacteur" de l’institution scolaire, et sur lequel Philippe Watrelot reviendra sans nul doute dans son bloc-notes du weekend.

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Ce qui fait changer un établissement
Revue n°509 - decembre 2013

Le ministre réforme, les enseignants travaillent. Entre les deux, que se passe-t-il à l’échelle d’un établissement ? Quelle organisation, quelle répartition des rôles, quels leviers pour répondre aux prescriptions institutionnelles, pour favoriser les apprentissages des élèves, dans toutes leurs dimensions ?

Questions aux programmes
Revue n°507 - septembre 2013

Qui donc fait les programmes scolaires, qui devrait les faire, selon quels critères ? Les programmes pour quoi faire dans le quotidien des classes ? Il y a ce qu’on choisit de ne pas faire, ou bien de faire en plus, sans parler de ce que l’on arrive pas à faire. Et voilà maintenant le socle commun au programme des enseignants...