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Revue de presse du vendredi 27 juin

Le ras-le-bol des profs... et des autres - l’évaluation - l’esthétique des salles de classe


Une revue de presse sans doute un peu polémique ce soir, autour de la perception que les personnels de l’éducation nationale ont de leur métier, de la façon dont la presse relaie ces perceptions, des enjeux de l’évaluation et de l’univers concret des salles de classe.

Le baromètre UNSA des métiers de l’éducation est paru

Pour la seconde année consécutive, l’UNSA fait paraître un "baromètre des métiers de l’éducation", destiné à faire le point sur la perception des métiers et de leurs contraintes par les principaux protagonistes. Cette enquête, qui ne se limite pas aux enseignants, fait la Une ce matin du Café pédagogique. Au travers d’un article (Les personnels d’éducation en quête de reconnaissance selon une enquête Unsa ) et surtout de son édito du jour, intitulé les enseignants sont-ils entrés en résistance ?, le Café prend une position, discutable, sur la condition enseignante.
Il me semble essentiel ici d’apporter un certain nombre de précisions au traitement pour le moins partial de cette actualité par le Café. Exit en effet, dans cette analyse, toute autre profession que celle de l’enseignement. Exit aussi toute volonté de mettre en évidence un certain nombre de points communs entre les différentes professions. Ici, le journaliste ne voit que clivage, césures, défiance et rejet de l’autre. Les enseignants entreraient en résistance, rien moins. Contre qui ? Contre quoi ? "Toutes ces enquêtes montrent que le fossé se creuse entre les enseignants et les cadres. Rappelons ce que disait l’enquête du Se Unsa : trois enseignants sur quatre (73%) pensent que leur hiérarchie ne comprend pas leurs contraintes professionnelles et 56% qu’elle ne les écoute pas. Ces taux s’aggravent encore dans le premier degré : 83% des enseignants y ont peur des inspections (54% dans le second degré) et 79% se sentent incompris par leur hiérarchie (58% dans le second degré). L’enquête Talis montre que les enseignants français contestent la justesse et l’utilité de leur évaluation. Si on regarde de plus près le baromètre Unsa, on constate une nette opposition entre les cadres et les enseignants. Quand seulement 18% des enseignants du second degré sont en accord avec la politique menée et 13% dans le premier degré, ce sont 72% des IPR qui manifestent leur accord, 51% des IEN (inspecteurs du primaire) et 45% des personnels de direction". Le cadre, voilà l’ennemi, voilà celui par qui la commande institutionnelle, rejetée par les enseignants, pèse sur eux. Clivage : les cadres qui obéissent aveuglément et s’en satisfont, les enseignants, sur le terrain, qui subissent et refusent. Cette vision manichéenne du monde de l’éducation est parfois, localement, vraie. Mais dans l’ensemble, quelle conception datée ! Pour l’opinion publique, il y a gros à parier qu’inspecteurs et personnels de direction sont des enseignants, sans autre forme de distinction. Chacun, sur le terrain, sait bien que la fracture qui traverse le monde éducatif tient aux conceptions que nous nous faisons de nos métiers, en aucune façon au poste que nous occupons. Il est évidemment plus facile de mettre en oeuvre des réformes auxquelles nous croyons. Y-a-t-il besoin de noircir tant de papier pour en arriver à une telle évidence ? De ce point de vue, par ailleurs, les enseignants sont bien plus divisés entre eux qu’ils ne le sont avec leur hiérarchie intermédiaire. Et les cadres, eux aussi, sont bien plus divisés entre eux qu’ils ne le sont avec les enseignants. Et nous nous permettrons donc de renvoyer le Café pédagogique à cette autre enquête, elle aussi produite par un syndicat de l’Unsa, qui montre par exemple que les personnels de direction aussi, à l’instar des enseignants, souffrent souvent des injonctions contradictoires de leur propre hiérarchie et de leurs conditions de travail. Les réformes ne pèsent pas sur les conditions de travail des seuls enseignants, mais de tous les acteurs du système. "Les enseignants, ceux qui préparent à l’avenir, semblent ne plus avoir foi dans l’avenir de l’Ecole. Ils engrangent du ressentiment. Un vent mauvais souffle dans les écoles" écrit François Jarraud. Réflexion pertinente, à condition d’avoir les bons outils d’analyse pour comprendre d’où souffle ce vent, et ne pas se tromper de cible.

Un autre motif de réflexion à ce sujet nous est fourni par l’article de ToutEduc : Les personnels ne sont pas d’accord avec les choix politiques faits dans l’Education nationale (enquête UNSA) ""Le milieu n’est pas homogène", certains trouvent que les réformes ne vont pas assez loin, d’autres trop loin, mais il n’est pas par principe hostile au changement, quand on lui montre qu’il répond à la demande sociale et qu’il représente un mieux pour eux-mêmes. C’est ainsi que le nombre des classes sans notes devrait être multiplié par deux l’an prochain. La souffrance professionnelle n’en est pas moins une réalité. Laurent Escure ne pense pas qu’elle se traduise par "une explosion" de la présence structurée du FN dans l’éducation, mais bien plutôt par une forte abstention aux prochaines élections professionnelles, abstention déjà forte en 2011 et que le vote électronique ne suffit pas à expliquer, tandis que "FO pourrait capter une partie de cette radicalité dans le repli sur soi"."

Reste la question essentielle, sous-tendue par le titre de ToutEduc : Quelle limite donner au droit des fonctionnaires de refuser des réformes décidées par des politiques élus ? Quelle conception du service public derrière ces refus lorsqu’ils se traduisent dans les faits ? Dès lors que la représentation nationale estime travailler au bien commun, quelle philosophie légitimerait le pouvoir de blocage des décisions par des fonctionnaires responsables ? Questions ouvertes, qu’il ne sera évidemment pas possible de refermer dans le cadre d’une revue de presse.


Refonte de l’évaluation : suite

Un article très fouillé de Maryline Baumard dans Le Monde à propos des risques pris par Benoit Hamon dans ce dossier, qui aura occupé la presse toute cette semaine. Evaluation : Benoît Hamon a-t-il bien évalué… les risques ? se demande le quotidien. "Avec l’ouverture de ce dossier, M. Hamon serait-il dans le sillage de ses premières décisions et continuerait-il les erreurs ? «  Du cafouillage sur la pré-rentrée repoussée à son décret sur l’aménagement des rythmes scolaires qui casse l’esprit de la réforme, il est tombé dans tous les pièges. Avec les notes, on peut considérer que ça continue  », insiste un observateur. [...] Benoit Hamon a en effet ouvert ce dossier de l’évaluation contre l’avis de la direction générale de l’enseignement scolaire, contre celui de l’inspection générale et sans le Conseil national d’évaluation du système éducatif (Cnesco)".

Sur le même sujet, un sondage Ifop fait beaucoup parler de lui ce vendredi. En substance, il montrerait un attachement massif des français à l’actuel système de notation des élèves.

Éducation. Les parents contre la suppression des notes titre Ouest-France. "Faut-il supprimer les notes à l’école ? Non, répondent très majoritairement les Français, selon un sondage Ifop paru dans l’édition du soir : 74 % y sont défavorables. Certes, les lignes bougent un peu : à la même question, en août 2012, 80 % se disaient très attachés aux notes. Et parmi ceux qui sont favorables à la suppression des notes, c’est du bout des lèvres : 6 % seulement disent l’être « tout à fait », les autres ne soutiennent que mollement cette idée. Autant dire que Benoît Hamon, le ministre de l’Éducation nationale, va avoir fort à faire pour faire accepter la réforme du système de notation, qu’il envisage pour l’an prochain, et sur laquelle il vient d’engager les consultations."

ToutEduc reprend également cette information : Les trois quarts des Français sont contre la suppression des notes à l’école (Sondage IFOP)

Il faudra sans doute rappeler à l’Ifop que la question n’est pas tellement de savoir si les français sont pour ou contre la suppression des notes, puisque ce n’est pas ce que préconise le ministre.

Enfin, pour aller plus loin sur la question, et bien cerner une des raisons inconscientes de l’attachement des français aux notes, on se réfèrera utilement à la mise en perspective historique que propose Slate.fr : A quand remontent les notes à l’école ?. Réponse très complexe, et impossible à synthétiser, à laquelle tente de s’attaquer Louise Tourret, avec l’aide éclairée et toujours précieuse de l’historien Claude Lelièvre.


L’univers incomparable des salles de classe est-il menacé ?

Une bien triste nouvelle dans le Huffington Post pour ceux qui aiment l’ambiance sans pareil d’une salle de classe d’école élémentaire. Apprentissage chez l’enfant : les salles de classe trop décorées seraient source de distraction. "Oubliez les gigantesques planisphères, les peintures, les dessins, les sculptures de pâte à modeler suspendues au plafond. Selon Anna V. Fisher, Karrie E. Godwin et Howard Seltman, professeurs en psychologie à l’Université de Carnegie-Mellon de Pittsburgh, toutes ces décorations ne sont bonnes qu’à distraire les jeunes élèves." L’enquête sur laquelle se fonde le journal pour titrer ainsi est toutefois sujette à caution, et il semblerait que ce soit d’avantage l’excès de décoration qui nuise, que les décorations elles-mêmes (dont la vertu pédagogique devrait d’ailleurs conduire à rejeter ce vocable de "décoration"). "Néanmoins, si l’équipe relativise les résultats obtenus, elle pointe tout de même du doigt un point essentiel qui pourrait bien aider à solutionner en partie ce problème d’apprentissage. Selon les chercheurs, il est important que les enseignants optimisent au maximum le design de leur classe afin de trouver un juste milieu entre le trop-plein et l’absence de décorations dans les salles de classe dans le but de conserver l’attention des plus jeunes".

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

L’évaluation, plus juste et plus efficace : comment faire ?
Ouvrage - juin 2014
Florence Castincaud et Jean-Michel Zakhartchouk - Collection Repères pour agir, Canopé CRDP d’Amiens - CRAP-Cahiers pédagogiques, juin 2014. Un ouvrage pour faire évoluer les pratiques en terme d’évaluation des élèves. Entre retours d’expériences et analyse profonde du sujet, une lecture stimulante et salutaire pour aborder cette question d’actualité difficile.