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Revue de presse du vendredi 23 mai

Evaluation - Socle - Collège - Perceptions de la presse : alors, ce changement, c’est pour maintenant ou pas ?


Sentiment de déjà vu, sans doute, à la lecture de la revue de presse d’aujourd’hui. Non seulement parce que la plupart des sujets abordés dans la presse de ce jour l’ont déjà été dans la semaine, mais aussi parce que si la revue est placée sous le signe du changement. Elle aborde également ce qui ne change pas, et notamment notre propension collective à sans cesse reposer les mêmes questions, quelles que soient les réponses qu’elles ont pu trouver par le passé. Ainsi en va-t-il du Socle commun, de la notation, ou de la réforme du collège.

Changer l’évaluation

Déjà évoquée dans la revue de presse d’hier, la transformation de l’évaluation, abordée dans le circulaire de rentrée, est davantage présente aujourd’hui dans la presse.

École, le gouvernement ouvre le chantier de la notation titre par exemple La Croix. Un article qui, à l’image des décisions prises, est en demi-teinte dans son analyse : "Ceux qui pensent que l’avènement d’une école enfin « bienveillante » passe par une suppression pure et simple des notes, au moins jusqu’à la fin du primaire, seront nécessairement déçus. La démarche engagée par le ministère se veut pragmatique.
Il s’agit de convaincre plutôt que d’imposer de nouvelles méthodes à des enseignants soucieux de leur liberté pédagogique et confrontés aux souhaits de parents souvent attachés à la notation « classique ».
"

Le SNPDEN, premier syndicat des personnels de direction, est beaucoup plus direct. "Les notes sont un outil de pouvoir des enseignants sur les élèves" estime ainsi Philippe Tournier, son secrétaire général, interviewé par VousNousIls en marge d’un colloque organisé la semaine dernière à Besançon sur le thème "évaluation et démocratie". "cela fait plus de trente ans que l’on essaie de sup­pri­mer ce sys­tème tout en y reve­nant, inexo­ra­ble­ment. [...]. Il y a un vrai double dis­cours : le minis­tère nous dit qu’il faut chan­ger l’évaluation des élèves tout en maintenant le statu quo. On vante les méthodes alternatives de notation mais on fait le contraire, c’est de l’hypocrisie. Changer l’évaluation des élèves en France c’est changer les examens type baccalauréat et brevet". Changer les examens ? Nous sommes évidemment nombreux à considérer que c’est la logique même. Nous sommes sans doute nombreux également à penser que nous ne sommes pas à la veille, hélas, de voir arriver à l’Elysée un président qui osera prendre le risque politique de soutenir son ministre sur un dossier aussi sensible.

Touteduc évoque ce matin un aspect plus large de la question, en un article qui clôt assez remarquablement cette semaine fortement marquée par le retour du Socle commun dans l’actualité éducative. Socle commun : la proposition du CSP devrait être connue le 9 juin. "La proposition du Conseil supérieur des programmes pour le socle commun devrait être connue le 9 juin, après une ultime réunion en plénière le 5 juin, selon les informations recueillies par ToutEduc. Le texte sera ensuite mis en discussion dans les établissements ; les personnels, mais aussi les autres membres de la communauté éducative pourront faire leurs remarques et c’est au vu de l’ensemble que le ministre arrêtera sa décision. Dans un second temps seront définis des programmes d’enseignement qui devraient être moins prescriptifs que les programmes actuels, de façon à laisser aux enseignants des marges de manœuvre." Selon Touteduc, les réactions syndicales seraient plutôt favorables (à l’exception du Se-Unsa, plus critique). Sauf en ce qui concerne... l’évaluation, avec laquelle le Snes et le Snalc se disent en opposition (spécialement le fait de prendre en compte dans l’évaluation les compétences acquises en dehors de la classe, ce qui ne semble pourtant pas à l’ordre du jour).


Changer le collège

Jugé trop sclérosant, trop fermé, trop élitiste dans ses attentes, le collège est dans la ligne de mire de la FCPE. Souvent accusée d’un double discours entre une direction très "réformiste" et des fédérations d’établissement beaucoup plus conservatrices, la première fédération de parents d’élèves a révélé aujourd’hui les résultats d’une enquête menée auprès d’une cinquantaine de ses conseils locaux. Il en ressort un florilège de propositions qui reprennent pour une très large part les positions qui sont également celles des syndicats enseignants réformistes et des associations partenaires de l’école. Pour Paul Raoult, président de la FCPE, la conclusion est sans appel : "Tout doit être repensé". "En fait, la rupture entre le primaire et le secondaire est bien trop forte. Il faut donc tout d’abord renforcer le lien entre l’école primaire et le collège. Celui-ci doit être une prolongation de l’école. On pourrait par exemple réunir sous une même ombrelle un collège et les quatre ou cinq écoles alentour. Un seul conseil d’administration gérerait l’ensemble et l’inspecteur de l’Education nationale deviendrait l’animateur d’un véritable projet pédagogique pour cette structure. Cela permettrait de créer une véritable continuité entre l’école et le collège. Dans cet esprit, il faudrait aussi diminuer le nombre de profs en sixième. En passant plus de temps avec leurs élèves, les enseignants identifieraient davantage leurs besoins. Au-delà de cela, il est temps de rénover totalement la pédagogie. Travailler en petits groupes, aider les enfants à apprendre à apprendre, les rendre plus autonomes... tout doit être repensé".

Un exemple de cette "refondation" que la première fédération de parents appelle de ses vœux : les devoirs à la maison. Réforme du collège : la FCPE ne veut plus de devoirs à la maison titre 20 Minutes. Un article en réalité beaucoup plus large, qui reprend l’essentiel des propositions de la FCPE, autour d’une idée simple : il faut encore et toujours travailler au rapprochement de l’école et du collège.

La réforme du collège passera-t-elle par celle des internats ? Rien n’est moins sûr, même si l’internat d’excellence de Cachan va fermer, comme le précise aujourd’hui Le Figaro. Mais en la matière, une hirondelle ne fait pas le printemps. "La fermeture d’un des 45 établissements de ce dispositif mis en place sous Nicolas Sarkozy préfigure-t-il son démantèlement ? Rien n’est moins sûr : 6000 nouvelles places ont été créées au budget 2014". Le Figaro prend un peu le reste de la presse à contre-pied avec cette information. Depuis mardi et la parution d’un article dans Le Monde, ont sait en effet ce qu’il en est de l’avenir de cet internat (L’internat d’excellence de Cachan, symbole de la "discrimination positive à la française", va fermer). Mais jusqu’à présent, la presse avait plutôt tendance à considérer que cette fermeture préfigurait le déploiement de la politique annoncée par Vincent Peillon l’année dernière (transition des internats d’excellence vers les internats de réussite éducative). Il est donc urgent d’attendre le contenu des différentes circulaires académiques en la matière pour y voir plus clair.


Changer le lycée

Si la réforme du collège risque de ne pas passer par celle des Internats, en revanche la réforme du lycée, elle, passera par celle du prix et du contenu de l’assiette des lycéens. Lycées : Deux départements franciliens testeront la tarification unique avec quotient familial à la rentrée. "A partir de septembre 2014, cette nouvelle tarification doit permettre à 95% des familles des demi-pensionnaires de Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise de voir l’addition baisser…". Une expérience déjà tentée dans certains départements, et que le conseil régional d’Île-de-France entend coupler avec une autre réforme très importante : celle du développement des achats en circuit court pour alimenter les restaurants scolaires de ses lycées. On aimerait que l’Etat mette autant d’audace à réformer la pédagogie que la région en met à réformer les habitudes commerciales et tarifaires de l’administration !


Et puis, il y a ce qui ne changera jamais

Nous passerons plus rapidement sur ces questions un rien agaçantes, de celles qui nous montrent qu’en bien des domaines, le changement, ce n’est pas pour maintenant. Chacun pourra puiser à la source en fonction des thèmes qui lui sont chers.
Rythmes scolaires : l’association des maires de France met la pression sur le gouvernement nous explique Le Figaro, toujours prompt à relayer les doléances de ce lobby proche de la droite parlementaire. "L’association des maires de France demande un assouplissement du calendrier. Elle veut également connaître le montant du fonds promis en 2015-2016 par Benoît Hamon. Celui-ci leur a promis une réponse sous dix jours."

Rentrée 2014 : il n’y a pas eu de bug selon les informaticiens. C’est le scoop du jour, révélé par France Inter. Accuser l’informatique dès qu’on est en difficulté sur un sujet sensible, c’est un réflexe qui ne change pas. Mais là, il faut avouer que le ministre a fait assez fort. Il est en effet assez rare d’avoir de tels témoignages issus directement de la "boite noire" de la maison mère !

La nomination d’un ministre "apaisant" après le passage d’un ministre réformateur est également un grand classique. C’est une thèse que reprend aujourd’hui Maryline Baumard dans Le Monde. La circulaire de rentrée confirme la prudence de Hamon. "Quel ministre de l’éducation sera Benoît Hamon ? S’il est trop tôt pour le dire – cela ne fait guère que sept semaines que l’ancien ministre délégué à l’économie sociale et solidaire s’est installé Rue de Grenelle –, sa première circulaire de rentrée, publiée jeudi 22 mai, ne fait pas de vague." Et le journal de lister, un peu perfidement quand même, la liste des sujets chauds que la circulaire de rentrée prend bien soin d’éviter d’aborder.

Dernier élément qui ne changera jamais : notre propension à créer de nouveaux enseignements sans jamais se demander ce qu’ils devraient remplacer. Alors on empile. Dernier né de cette manie, le code. Faut-il enseigner le code informatique à l’école ? se demande donc Le Monde.
Une remarque toutefois sur cette question : de mes (très) anciennes notions d’informatique me revient une règle, en matière d’empilement : les données sont (étaient ?) stockées selon le principe LIFO (Last In, First Out). Autrement dit : les dernières données stockées sur une pile sont les premières qu’il faut en retirer. Si l’on applique ce principe à notre éducation (ce qui se produit de toute façon avec toutes les nouveautés jugées plus ou moins fantaisistes par certains enseignants), gageons que le code ne fera pas de vieux os dans nos programmes scolaires, si tant est qu’il y rentre un jour.

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Le dessin de Fabien Crégut

Ne pas perdre, malgré tout, le sens de l’humour et de la dérision

« Apprendre en s’amusant » ne serait pas amusant pour 80% des enfants interrogés. Il est vrai que si on se met à poser aux enfants, premiers concernés, la question du plaisir d’apprendre, nous ne sommes pas sortis d’affaire ! Et pas qu’à l’école "Selon Gordon Stason, les parents qui achètent ces jeux pour leurs enfants n’ont «  vraiment pas de cœur  » et « seront tenus pour responsables de cet échec  ». En effet, selon lui, les jeux éducatifs ont été conçus pour rassurer des parents qui ont baissé les bras devant leur mission d’éducation. Les éditeurs de jeux pensent actuellement à porter plainte contre leurs clients les plus fidèles pour les avoir guidés dans la mauvaise direction pendant des décennies.". Vu sous cet angle, le Snes a sans doute raison de refuser que le Socle commun prenne en compte les compétences acquises en dehors de l’école !

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Réussir l’école du socle - En faisant dialoguer et coopérer les disciplines
Ouvrage - 2013
Francis Blanquart, Céline Walkowiak - ESF, 2013
Organisé de manière très concrète autour des pratiques scolaires de classe au collège et en 2de de lycée, cet ouvrage s’attache à tous les aspects de la pédagogie ouverte et innovante nécessaire à la réussite de « l’école du socle commun ».