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Revue de presse du vendredi 22 novembre

rythmes - malaise - programmes - Education prioritaire - Supposons que nous disions ...


Apaisement sur le front des rythm .... ah non !

Selon L’Express, Vincent Peillon avait trouvé une solution pour sortir de la crise des rythmes scolaires : "Quand Vincent Peillon rêvait d’un "Grenelle" ". "Le ministre de l’Education nationale a envisagé de réunir syndicats d’enseignants, fédérations de parents et collectivités au ministère pour chercher une sortie de crise". Après avoir été "testée à Matignon et à l’Elysée", l’idée n’a finalement pas été retenue. L’article ne nous dit malheureusement pas pourquoi, car vu de l’extérieur, l’idée avait tout pour séduire, convaincre et avancer.

Néanmoins, la sortie de crise pourra peut-être passer quand même par une recherche de consensus. "Peillon remercie les maires pour leur engagement "au delà des étiquettes"" nous apprend ainsi Le Nouvel Observateur. Incontestablement, à l’occasion du congrès des maires de France, le ministre de l’Education nationale a marqué des points, et réussi à convaincre un auditoire qui ne lui était a priori pas acquis. On se souvient de sa cinglante remarque sur la priorité des maires, qui désormais serait l’enfant et non plus le rond-point. Point d’attaque de ce type hier, mais un discours à la pédagogie claire, manifestement convaincant. Sans doute l’annonce de la mise à disposition des maires de 300 agents destinés à les aider dans la mise en oeuvre a-t-elle aidé à l’apaisement des esprits.

Mais pour d’autres, l’apaisement ... c’est pas maintenant. Les élus sont satisfaits ? Les fédérations de parents également ? pas certains enseignants ! Résultat, toujours selon Le Nouvel Obs : "plusieurs syndicats dont le 1er du primaire appellent à la grève le 5 décembre". Faisant suite au changement de stratégie du Snuipp, c’est en effet un nouveau front du refus qui se fait jour. L’objectif est simple : ajourner la généralisation de la réforme des rythmes scolaires prévue à la rentrée 2014. Quand on sait ce que veut dire "ajourner" dans notre belle institution, on comprend tout l’enjeu de cette journée de mobilisation du 5 décembre. D’ailleurs, "Dans la soirée, FO, CGT et Sud, ont aussi appelé à la grève le 5 décembre, non seulement les instituteurs mais aussi "les personnels des collectivités territoriales, animateurs, éducateurs territoriaux, enseignants artistiques territoriaux et ATSEM, adjoints techniques", pour "la suspension immédiate" de la réforme et "l’abrogation du décret sur les rythmes"". La revendication sur l’abrogation du décret au lieu de son aménagement a au moins le mérite de la clarté.


Derrière les rythmes scolaires, d’autres dossiers se profilent

Et si, malgré tout, le vrai problème était ailleurs ? C’est l’hypothèse retenue, entre autres, par Emmanuel Davidenkoff dans L’Express : "Derrière l’arbre des rythmes scolaires, les défis de l’école primaire" titre l’hebdomadaire. Emmanuel Davidenkoff y poursuit son travail de "défense et illustration de la cause enseignante", chose qu’il fait d’ailleurs plutôt bien. Pour lui, aucune réforme ne sera possible tant que les enseignants auront le sentiment qu’ils ont à y perdre sur le plan des conditions de travail. Il va même plus loin, estimant que sous couvert de bons sentiments et de bonne volonté, la communication du ministère est maladroite. "Enfin, prétendre que l’école primaire est la principale responsable de l’impuissance du système éducatif à compenser les inégalités de naissance comme le sous-entend, évidemment sans le dire explicitement, la "priorité au primaire", permet d’exonérer à bon compte le collège et le lycée de leurs responsabilités." On sait que la priorité au primaire est de fait le credo principal de Vincent Peillon, d’ailleurs rappelé hier devant l’assemblée des maires de France. Une chronique, une nouvelle fois d’une grande finesse, au service d’un discours généreux, mais qui risque à terme d’introduire dans l’esprit des gens l’idée que les enseignants et le ministre ne sont pas au service de la même cause.

Parmi les autres chantiers, souvent évoqués comme prioritaires par les enseignants du premier degré, il y a celui des programmes. Sur le blog de Maryline Baumard, hébergé par Le Monde, un billet intitulé "Le rapport qui accuse", il est question de la concertation menée auprès des enseignants du primaire à propos des programmes de 2008. L’enquête est mise en parallèle avec un rapport de l’inspection générale, qui conclut que la dénonciation et la réécriture des programmes ne seront peut-être pas tout à fait suffisants pour améliorer la situation de notre école. Le tout aboutit à dix points de vigilance, et à une question : "Former les maîtres ou réformer les programmes ?". Question à laquelle il est vraiment très tentant de répondre "les deux mon capitaine". Non seulement parce que la réponse est facile, mais aussi sans doute parce que c’est la bonne.

L’Humanité, pour sa part, parodie un titre de film pour parler d’un autre sujet potentiellement conflictuel : "Peur sur l’éducation prioritaire". "Lancé depuis fin septembre, ce chantier [de l’éducation prioritaire] en est toujours à sa phase de concertation. Des assises académiques se déroulent durant ce mois de novembre. Et le ministre de l’Éducation doit présenter, en janvier, ses conclusions, pour une mise en œuvre à la rentrée 2014.
Mais, déjà, de grosses inquiétudes se font jour. Hier, une intersyndicale (Snes-FSU, SUD et CGT) de l’académie de Créteil [...] a organisé un rassemblement devant les locaux de la faculté de droit. Le but : alerter sur le risque de voir l’éducation prioritaire réduite à peau de chagrin.
". Pourvu qu’aucun justicier n’ait l’idée, tel Belmondo dans Peur sur la Ville, de se faire larguer sur le ministère en hélicoptère afin de passer à tabac un ministre décidément bien terrorisant aux yeux de certains enseignants.

Car il y a une autre solution : celle d’assumer le fait que la réforme parfaite n’existe pas et n’existera jamais. Celle d’assumer le fait de porter une refondation certes imparfaite et frustrante, mais néanmoins cruciale. Celle d’assumer de se faire insulter par les bien-pensants surtout soucieux que rien ne change. C’est la supposition que fait Jean-Michel Zakhartchouk dans son billet de blog d’aujourd’hui, "supposons que je dise ...". Une réponse indirecte et peut-être involontaire à Emmanuel Davidenkoff : oui, le ministère et les enseignants sont au service de la même cause. C’est certes la première fois depuis des années, mais c’est une réalité. La complexité des relations vient sans doute de la très grande diversité d’approche d’un "corps enseignant" sans doute beaucoup plus mythologique que le chroniqueur de France Info ne veut bien le dire.

En espérant vous avoir fourni matière à réflexion (c’est aussi notre but), je vous souhaite une bonne lecture et vous confie demain aux bons soins de l’ami Philippe Watrelot.

Lionel Jeanjeau

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