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Revue de presse du vendredi 18 octobre

Solidarités lycéennes - A chacun ses solutions

A l’heure où l’on apprend le retour précipité du ministre de l’intérieur en métropole dans le cadre de "l’affaire Léonarda", la tension ne retombe pas dans les lycées parisiens, toujours mobilisés pour certains d’entre eux. La presse du jour est aussi celle des solutions, réalistes ou farfelues, rétrogrades ou novatrices, pour aider l’Ecole à mieux se porter.

Solidarités lycéennes

L’affaire Léonarda occupe la presse du jour avec à peu près les mêmes thématiques qu’hier. Je vous renvoie donc pour l’essentiel à la chronique de Bernard Desclaux. Ce vendredi sera toutefois, notamment à Paris, une seconde journée de mobilisation lycéenne. "Expulsions d’élèves : plusieurs milliers de manifestants défilent", titre Le Nouvel Observateur. Manifestations lycéennes : faudra-t-il un mot des parents ?", se demande un peu malicieusement Maryline Baumard, du Monde. Un article qui permet, par un système de liens et de rappels, de se référer à tout l’historique de cet embryon de mouvement lycéen et à des analyses un peu plus poussées sur le sens qu’il convient de lui donner à quelques heures des vacances de Toussaint. En tout état de cause, le ministre ne peut actuellement rien faire d’autre que demander aux lycéens, sur Europe 1, de "retourner en cours".

Pour Mara Goyet, professeur de collège et blogueuse hébergée par Le Monde, "l’expulsion est la négation même de l’éducation". Dans un billet de blog plaisant, la chroniqueuse, volontiers polémique, rappelle que les manifestations de lycéens font partie d’un folklore un peu initiatique, et que les blocages de lycées sont une pratique peu sympathique. Elle précise néanmoins que le mouvement d’aujourd’hui est d’un autre ordre, qu’il ne doit pas être pris à la légère et que là, décidément, on n’est pas dans l’action rituelle et immature. Une réflexion que ne partage pas - mais alors pas du tout - Katia Blas, ancienne proviseure, qui dans un cinglant article du Huffington Post, s’en prend à ce mouvement lycéen indistinctement des autres, estimant qu’il est surtout "une occasion rêvée pour avancer les vacances", et qu’il est sans doute manipulé par "des professeurs professant davantage la contestation que leur propre discipline". Un témoignage qui n’est pas neutre en la matière, et qui raisonne étrangement quand on connait la carrière de ce chef d’établissement. Sans prendre parti, je pense qu’il serait souhaitable que la presse sache exactement à qui elle confie ses témoignages sur des sujets aussi médiatiquement sensibles, et qu’elle en informe clairement ses lecteurs. A ce titre, le témoignage de Mara Goyet a l’avantage, tout en rappelant certaines vérités, de faire objectivement la part des choses.


A chacun sa solution

Pour rapprocher l’école de l’entreprise, et "réfléchir à l’articulation entre le système éducatif et les besoins du monde économique", 20minutes nous apprend que "Ayrault et Peillon lancent le conseil national éducation économie". Les solutions proposées, à défaut d’être réalistes ou populaires, ont au moins l’avantage de la simplicité : meilleure connaissance du monde économique dans le cadre scolaire, et modernisation des formations liées aux secteurs d’avenir. Consensuel sur le principe, reste à voir comment le monde éducatif accueillera les propositions concrètes de ce Conseil.

Il n’y a pas que le gouvernement qui a des idées pour améliorer l’Ecole. Les étudiants aussi. Sur le forum de Libération "à bas la crise", Véronique Soulé nous présente "ZupdeCo, l’association qui dit zut à l’échec scolaire". Forte d’un millier d’étudiants bénévoles, cette association met en relation, sous forme de tutorat, des étudiants et des élèves de collège, pour le plus grand bénéfice de ces derniers. Une action citoyenne et solidaire, qui montre que décidément non, il n’y a pas lieu de désespérer de notre jeunesse.

"Education, et si on appliquait le modèle allemand en payant mieux les profs ?", se demande Louise Tourret dans un article de Slate.fr. La chroniqueuse de France culture rappelle que les enseignants allemands, en début de carrière, touchent environ le double de leurs homologues français. Loin de céder aux sirènes du "modèle allemand", Louise Tourret rappelle fort à propos qu’il n’y a pas de magie, et que rien n’est gratuit. "si les profs sont mieux payés, l’école coûte globalement moins cher en Allemagne. Les frais de fonctionnement y sont moindres, puisque jusqu’au milieu de secondaire, il n’y a pas d’école l’après-midi [...] L’école allemande ne ressemble pas à notre institution. La vie scolaire occupe une place plus modeste dans la vie des jeunes Allemands, notamment parce que la prise en charge des enfants par la collectivité est, à tous les âges, moins globale : par exemple il n’y a pas d’infirmerie dans les collèges et les lycées. Très peu ou pas de surveillants aussi. Pas de gardien qui reste à la porte de l’établissement pour surveiller les entrées et les sorties, pas ou peu de cantines. Inimaginable en France". A quoi il faut ajouter le statut des enseignants (tous bivalents en Allemagne) ou le fait que la formation est essentiellement pratique et très peu disciplinaire. En d’autres termes, les allemands payent leurs enseignants avec de l’argent que les français dépensent dans les structures. A méditer.

Enfin, c’est une pièce de théâtre (d’ombres) que nous propose l’Humanité, qui joue "Racine ou la tragédie du Front national", pièce et trois actes, non dénuée d’une certaine lucidité. Si l’article rappelle que les enseignants, naguère stigmatisés par le parti d’extrême droite (acte I), lui apportent leur suffrage quatre fois moins que l’ensemble de la population, il rappelle également que l’offensive de séduction de Marine Le Pen, soufflée par de bien piètres acteurs issus de la mouvance chevènementiste (acte II. Rappelons en effet que Paul-Marie Couteaux, conseiller de Marine Le Pen, fut Directeur des Personnels Enseignants sous le ministère Chevènement) est cohérente, dans une période de "recul de la syndicalisation et du vote à gauche des enseignants". Bref, la passionaria de l’extrême droite fait le pari d’une certaine convergence des conservatismes avec les professeurs les plus en pointe dans la déploration d’un passé révolu et mythifié (acte III). Pas sûr que cette manœuvre plaise dans les salles des professeurs, et gageons alors que l’acte IV ne sera rien d’autre qu’une reprise du premier, jetant définitivement aux orties les solutions passéistes du mouvement frontiste.

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Le dessin de Fabien Crégut

C’est vendredi, ce sont les vacances. Je vous souhaite donc de bonnes vacances, et je vous confie, pour demain, aux analyses très éclairées de Philippe Watrelot.

Lionel Jeanjeau