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Revue de presse du vendredi 18 avril

Laïcité à Marseille - Rythmes scolaires et intox - lycée autogéré - Erasmus - Grandes écoles


Laïcité : focus sur l’académie d’Aix-Marseille

Nous évoquions ici même, vendredi dernier, une note des services de renseignement utilisée par Le Figaro pour faire un inventaire des atteintes à la laïcité que subissent nos établissements scolaires. Cette semaine, Le Monde va beaucoup plus loin, et propose deux articles importants sur la façon dont l’académie d’Aix-Marseille, et notamment ses lycées, gère la question. En premier lieu, nous est présentée La réponse laïque de lycées marseillais face à l’essor des « tenues islamiques ». L’idée centrale est qu’il faut chercher à maintenir les valeurs de laïcité de l’institution, sans tomber dans les pièges de la provocation ou de l’outrance. "« Ça a sonné. Dépêchez-vous.  » Les surveillants, Loubna et Alain, battent le rappel devant le lycée La Calade. Il est 14 heures, jeudi 10 avril, dans le 15e arrondissement de Marseille. [...] Loubna et Alain contrôlent le « check-point » entre le monde des cités et celui de l’école. Deux conditions pour passer : carnet de correspondance et chevelure libre. [...] A l’entrée de La Calade, le déshabillage est quotidien. «  Parmi nos 500 élèves, une dizaine arrive en tenue intégrale  », recompte mentalement la proviseure Marie-Pierre Van Huffel qui reconnaît l’augmentation du phénomène.Les longues jupes noires ou foncées, les sarouels passent l’entrée. S’agit-il de signes religieux ? «  Quand ces tenues sont apparues il y a deux ans, le recteur d’alors a posé cette règle simple que les vêtements achetés par des circuits islamiques étaient des signes religieux  », rappelle la proviseure. Depuis, les jeunes filles concernées plaident, même si personne ne s’y trompe, que leur jupe provient de la grande distribution …
Dans cette académie, le Rectorat s’est penché sur la question depuis longtemps. Il a aujourd’hui à sa tête un fin connaisseur de ces problématiques. D’où le second article du quotidien du soir : La mixité, fil conducteur de la politique du recteur d’Aix-Marseille. "Le recteur Ali Saïb n’a pas besoin de fiches de police pour savoir ce qui se passe dans les quartiers nord de Marseille. Ses bureaux ont beau être situés à Aix-en-Provence, il n’a jamais rompu avec la cité où il a grandi. Pas étonnant que le sujet de la mixité soit un des fils conducteurs de sa politique. « L’école ne peut pas tout, et n’est pas responsable de tout. Mais lutter contre la ghettoïsation des établissements est la manière la plus radicale de se battre contre l’installation des signes religieux.  ».

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Le dessin de Fabien Crégut

En marge de ce sujet sur la laïcité, je mentionne ce billet de blog hébergé par Le Nouvel Observateur. "Théorie du genre" à l’école : à les écouter, on est proche de l’épreuve de sodomie au bac. Toutefois, conformément à ma pratique constante, je ne commente pas cet article, qui concerne pour une part une commune sur laquelle je travaille. Le billet est de toute façon suffisamment évocateur pour se passer de commentaire.


Divers

Jean-François Copé dit-il vrai sur les rythmes scolaires ? France Info revient aujourd’hui sur cette question dans sa chronique de décryptage "le vrai du faux". La conclusion est sans appel pour le secrétaire général de l’UMP et maire de Meaux, qui dénonce le fait que les communes vont porter seules le poids de la réforme des rythmes scolaires : "Faux. Le milliard d’euros avancé par Jean-François Copé est en fait une estimation du coût total de la réforme des rythmes scolaire. Estimation réalisée l’an dernier par l’Association des maires de France. Mais cette somme ne prend par en compte les aides accordées aux collectivités pour la mise en place de la réforme. "

De son côté, L’Express se penche sur l’histoire du lycée autogéré de Paris. Un lycée sans proviseur, ni surveillants, qui a fait l’objet de l’émission "Rue des Ecoles" de ce mercredi sur France culture. " Un lycée autogéré est un lycée vraiment pas comme les autres. C’est d’abord un lieu de liberté, avec une pédagogie différente, permettant aux élèves de construire leur identité grâce à l’apprentissage de l’autonomie. C’est un lycée sans proviseur ni surveillants, autogéré par les professeurs et les élèves, où professeurs et élèves se tutoient, et où les décisions se prennent en "commissions", par vote à main levée. C’est aussi un lycée sans notes, ni obligation d’aller en cours. Cette semaine Rue des écoles s’intéresse au LAP, le lycée autogéré de Paris."

Erasmus plébiscité par les jeunes français nous apprend Intelligo. "Un récent sondage réalisé par TNS Sofres pour L’Agence Europe – Education - Formation France s’interroge sur la notoriété d’Erasmus en France. Résultats : le succès est total auprès des 100 % de personnes interrogées désormais séduites par la possibilité d’acquérir une expérience professionnelle à l’étranger."

Si de (relativement) bonnes nouvelles se profilent du côté de la construction européenne, le ciel s’assombrit en revanche (relativement) pour l’avenir de nos élites. Salaires : les élèves des grandes écoles font profil bas titre Le Nouvel observateur dans un article consacré aux rémunérations et aux modes de recrutement des élèves sortant des grandes écoles. "un sondage, rendu public mercredi 16 avril par l’Observatoire des grandes écoles, révèle que les futures élites semblent revoir leurs ambitions professionnelles à la baisse.
Ainsi, deux tiers des 1.300 élèves interrogés dans treize grandes écoles par le cabinet de ressources humaines Gallileo, affirment qu’ils n’hésiteraient pas à rogner sur leur salaire d’embauche s’ils rencontraient "
plus de difficultés que prévu à trouver rapidement un premier emploi".
En revanche, l’"intérêt de l’emploi" choisi prime toujours pour une large majorité d’entre eux. Au point que si les candidats dénichaient un poste qui leur fait battre le cœur, ils se disent prêts à 66% à accepter un contrat à durée déterminée plutôt qu’un CDI,
"même sans garantie de CDI par la suite".


Une conclusion en patates

Le dernier mot reviendra au dessinateur du Monde Martin Vidberg, qui illustre à sa façon Les 2 premières semaines de Benoît Hamon à l’Education. A savourer sans modération en cette période de vacances.

Lionel Jeanjeau

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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Enseigner : un métier sous contrôle ?
Ouvrage - fevrier 2014
Olivier Maulini, Monica Gather Thurler. ESF 2014

Le contrôle du travail des enseignants est, dans nos sociétés, éminemment problématique : les intéressés craignent d’être contrôlés, les contribuables ne comprendraient point qu’ils ne le soient pas ; les premiers pensent que leur métier n’est guère compatible avec un système de surveillance technocratique, les seconds expliquent que l’importance de la tâche qui est confiée aux enseignants impose une évaluation rigoureuse à laquelle, d’ailleurs, nul métier n’échappe aujourd’hui.
Et que disent les chercheurs qui travaillent sur cette question ? Que le moins que l’on puisse faire, c’est de poser la question. Qu’il faut regarder de près ce que "contrôler" veut dire et comment cela se passe ailleurs dans le monde. Qu’il est normal de suspecter le contrôle, important de se demander comment l’on pourrait s’en passer, mais nécessaire de ne pas se payer d’illusions. Et qu’il faut s’interroger pour savoir quelle forme de "contrôle" peut contribuer au développement des compétences professionnelles des personnes comme au meilleur fonctionnement de l’institution scolaire.
C’est ainsi que le présent ouvrage s’attaque, sans tabou, à une question clé. Ecrit par des chercheurs de différents pays, il brosse un tableau très complet des pratiques et s’interroge sur les moyens de mettre en place une meilleure régulation de nos écoles pour une meilleure réussite de nos élèves. Même si les choses ne sont pas simples et si les solutions, là comme ailleurs, ne préexistent pas aux problèmes....
Avec une grande clarté et un propos incisif, ce livre ouvre et fait avancer un nécessaire débat. Son apport est décisif.
Philippe Meirieu