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Une revue où l’on parlera toilettes et sécurité, bourse et mérite, prise de poste et salaire, experts mondiaux et pédagogues, université et sélection...

Revue de presse du vendredi 17 octobre 2014

Nuit d’enfer au collège - La bourse au mérite - En attente de salaire - Wise, suite et analyse - Pour ou contre une université sélective ?


Une nuit au collège

Ce pourrait être la suite du film, Une nuit au musée, sauf qu’il ne s’agit pas d’une fiction mais de l’incroyable et bien réelle mésaventure de cette jeune collégienne, prise au piège dans les toilettes de son propre établissement la nuit de jeudi à vendredi, à Comines, dans le nord de la France. La voix du Nord nous relate l’inédite affaire. « Tout a commencé jeudi après-midi. Ce jour-là, les élèves du collège participaient au cross de l’établissement scolaire. Vers 16 h 30, à l’issue des courses, une élève de sixième, âgée de 11 ans, a souhaité se changer et est passée aux toilettes. Problème : impossible ensuite de rouvrir la porte pour ressortir. La porte des toilettes avait en fait été refermée à clé par la personne chargée de femer l’établissement scolaire. » Sans téléphone portable, la jeune fille n’était pas en mesure de joindre l’extérieur. Il a fallu aux policiers, prévenus par la famille plusieurs heures de recherche avant de la retrouver vers une heure du matin, choquée, mais saine et sauve. « Pour Jean-Paul Guidecoq, principal du collège Philippe-de-Commynes, l’incident de cette nuit n’aurait jamais dû avoir lieu. « Nous sommes très mal à l’aise par rapport à ce qui s’est produit. Heureusement, l’élève se porte bien et c’est le plus important. Toutefois, il y a eu une faute professionnelle. C’est une évidence, quand on ferme une porte, on s’assure qu’il n’y a personne à l’intérieur. La personne qui a commis cette faute sera sanctionnée. » »


La bourse au mérite réaffirmée

Alors qu’en septembre dernier, la ministre de l’Education nationale défendait la suppression de la bourse au mérite, au motif selon elle que le dispositif était « moins efficace » pour « la réussite du plus grand nombre » qu’une augmentation du nombre de boursiers. » on apprend aujourd’hui que le Conseil d’Etat vient de s’opposer à cette mesure gouvernementale. Plusieurs journaux relaient l’information. Sylvain Mouillard, journaliste pour Libération titre ainsi son sujet « L’institution avait été saisie par une association, qui contestait la décision du gouvernement de supprimer ces aides réservées aux bacheliers mention très bien. » Dans l’Express Education, on explique le choix de la décision. « Le juge des référés a estimé qu’il y avait un doute sérieux sur la légalité de cette partie de la circulaire attaquée et que son exécution, privant des étudiants d’une part substantielle de leur ressources, créait une situation d’urgence", explique le Conseil d’Etat dans un communiqué. » Sur le site VousNousIls, on revient sur la polémique : « La sup­pres­sion de cette aide au mérite, des­ti­née aux meilleurs bache­liers et étudiants en licence béné­fi­ciaires d’une bourse sur cri­tères sociaux, avait en effet sus­cité une véri­table polé­mique. Une péti­tion lan­cée par l’association "Touche pas à ma bourse je la mérite" a récolté à ce jour plus de 11 400 signatures. »


Toujours pas payés

Nous voilà déjà aux congés de Toussaint et certains jeunes enseignants, nouvellement nommés en Seine-Saint-Denis, n’ont toujours pas reçu leurs premiers salaires. C’est ce qu’on apprend en lisant cet article de VousNousIls : « L’administration se dit débor­dée par l’afflux de nou­veaux ensei­gnants dans ce dépar­te­ment où seule­ment 5 per­sonnes gèrent 1500 dos­siers. » Un peu plus loin, un enseignant témoigne. « Je suis papa et je viens d’emménager, j’ai des frais impor­tants. J’ai dû deman­der un emprunt auprès de ma famille" raconte Romain, un ensei­gnant de 38 ans. "Même ceux qui ont fait leur dos­sier dans les temps n’ont pas été payés", indique Arnaud Montfort, de SUD Education. Le pro­blème vien­drait du rec­to­rat : "il n’y a pas assez de per­son­nel admi­nis­tra­tif pour faire face à l’augmentation du nombre d’enseignants. » Face à l’urgence de la situation, et en attendant que le service comptable du rectorat soit en mesure de payer, une solution est avancée, (tenez-vous bien) la distribution de bons alimentaires. Sans commentaire...


Wise, suite et analyse

A souligner dans l’actualité du jour, cette vive tribune de Philippe Meirieu pour le Café pédagogique où le chercheur en sciences de l’éducation exprime fort et sans détour vis-à-vis du WISE (forum mondial de l’innovation en éducation) tout à la fois son étonnement, sa surprise, son inquiétude et ses préoccupations : « Étonnement, d’abord, de voir des « experts en éducation » découvrir et présenter comme des affirmations révolutionnaires des lieux communs qui traînent dans la vulgate pédagogique depuis plus d’un siècle » Surprise aussi car comme le souligne l’auteur dans la foulée « justement, on a progressé depuis le Congrès de Calais ! Et, chez les chercheurs en éducation, on évite désormais, autant que possible, ces oppositions caricaturales. La transmission et l’accompagnement ne sont pas antinomiques, bien au contraire » Inquiétude réaffirmée du spécialiste en pédagogie face au risque d’une individualisation forcenée de l’enseignement. « Si c’est ainsi qu’on prétend mobiliser sur les savoirs les élèves décrochés, on fait fausse route : ce dont ces derniers ont besoin, c’est d’une rencontre exigeante avec des savoirs incarnés dans une démarche de projet… pas d’être réduits à des consommateurs astreints à l’absorption régulière de produits scolaires sur mesure ! » Enfin, et non des moindres, préoccupations au pluriel exprimées par un homme qui depuis toujours défend une certaine vision de l’éducation, centrée sur une transmission culturelle, incarnée, humaniste et émancipatrice de l’homme et de la société : « Le WISE, sous couvert d’expertise scientifique, développe, en réalité un vrai projet éducatif qui ne dit pas son nom : un projet où « l’innovation » est totémisée sans être interrogée sur les finalités qu’elle sert… un projet où, sous prétexte de développer les « compétences personnelles », on risque d’écarter de toute culture ceux qui auraient besoin de s’en nourrir pour se développer… un projet où l’individualisation prend le pas sur le collectif et où les « contenus sur mesure » prennent la place d’une possible « culture commune »… un projet qui se veut résolument « moderne » puisqu’il prétend identifier les « pratiques efficaces », mais sans jamais se demander précisément à quoi… un projet qui passe par pertes et profits la question centrale de toute pédagogie, l’articulation de la transmission et de l’émancipation. Bref, un projet qui renonce au caractère « instituant » de l’École pour l’enrôler dans une logique de service qui n’aura bientôt plus de « public » que le nom. » Et bien voilà qui est dit, un lecteur averti dans l’assemblée pour se risquer au débat ?


Pour ou contre une université sélective ?

C’est la question posée par l’article de Camille Stromboni dans le magazine en ligne EducPros « Faut-il une dose de sélection à l’entrée de l’université ? Les présidents de fac ont de nouveau mis un coup de boutoir pour défendre cette proposition début octobre 2014. À l’inverse, les deux universitaires à la tête de la StraNES (Stratégie nationale de l’enseignement supérieur) plaident pour le maintien de l’ouverture totale de l’université, à condition que les autres filières publiques prennent leurs responsabilités. » On trouvera soulevées, dans cet Interview croisée de Bertrand Monthubert et Sophie Béjean, un grand nombre de problématiques comme celle de l’orientation, du droit d’accès du futur bachelier à l’enseignement supérieur, des passerelles à imaginer pour permettre au bacheliers professionnels de réintégrer des études académiques classiques, de la nécessité d’assouplir la rigidité linéaire du système français. Des questions nombreuses et sans réponses magiques, c’est ainsi que termine l’article. « C’est pourquoi c’est un chantier qui doit être ouvert, la réponse ne peut être simpliste.  » De son côté, Martin Andler, mathématicien, professeur à l’université Versailles-Saint-Quentin (UVSQ), et membre de Terra Nova Think Tank, une université plus sélective pourrait aider tous les étudiants à mieux réussir. C’est ce qu’il confie au Nouvel Observateur : « Une sélection progressiste n’élimine pas les candidats, mais elle laisse aux universités une importante liberté : celle de les retenir ou non, selon des critères qui leur sont propres. Chaque fac a besoin de tels ou tels profils, correspondant à ses formations, sa pédagogie, ses débouchés. Chaque étudiant a ses aspirations : il faut les laisser se choisir mutuellement. Aux bons bacheliers scientifiques, une fac pourrait, par exemple, proposer des bilicences sciences-philo ou sciences-chinois et un contact plus précoce avec la recherche. Parallèlement, elle proposerait quelque chose de plus professionnalisant, plus proche du terrain aux bacheliers pro qui le souhaitent. »


A lire aussi

Un article du Monde, par Mattea Battaglia «  Je n’ai pas attendu le socle commun pour apprendre à mes élèves le respect  »
Un sujet sur Europe1 « Vallaud-Belkacem veut modifier les aides aux écoles »


Et pour ce qui nous concerne, c’est ainsi que s’achève cette revue du vendredi, en vous souhaitant une bonne lecture et un excellent week-end !

Ostiane Mathon