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Revue de presse du vendredi 16 mai

Pédagogie - Boomerang - Susceptibilité mal placée - Bac (et oui, déjà !)


Dans la revue de presse de ce vendredi, il y a de la pédagogie. Un peu, quand même. Et puis il y a tout le reste, tout ce qui agace quand on aurait envie de se consacrer à nos élèves et à leur réussite : les polémiques sur la rentrée des classes ou sur la susceptibilité des enseignants, ou le Bac qui nous livre ses premiers marrons.


Pédagogie

Aujourd’hui s’ouvre à Bordeaux le 7e forum des enseignants innovants, sous l’égide du Café pédagogique qui développe fort logiquement cette information.
Une centaine d’enseignants réunis au 7ème Forum des enseignants innovants. "Qu’est ce que l’innovation pédagogique ? Comment transmettre l’esprit d’innovation dans le système éducatif ? Comment former les enseignants à l’innovation ? Le 7ème Forum des enseignants innovants réunit les 16 et 17 mai à Bordeaux une centaine de professeurs pour aborder ces questions. Pendant deux journées les enseignants invités étudieront les projets de leurs collègues et travailleront en groupe sur des sujets innovants". Une édition 2014 placée sur le signe de l’éducation à l’innovation, et qui devrait voir se déployer des projets autour de l’apprentissage de l’utilisation des réseaux sociaux, des QR codes, et plus généralement des outils contemporains de la communication, au service de la pédagogie.

Parallèlement, on trouve encore un écho, ce matin dans La Croix, de l’annonce de la modification du Socle Commun (voir pour l’essentiel la revue de mercredi). Que doivent apprendre les élèves, le débat relancé. " « Les professeurs des écoles se considèrent comme des généralistes, tandis que ceux du secondaire se voient comme des spécialistes, souvent devenus enseignants par amour de leur discipline plutôt que par goût de l’enseignement  », analyse François Dubet. « S’ils se placent dans une logique de socle, les professeurs de collège n’ont plus de motif pour refuser la bivalence, le fait d’enseigner deux matières différentes  », note le sociologue. En la matière, le projet du Conseil supérieur des programmes, qui devrait être finalisé le 22 mai, n’est pas près de changer la donne, puisqu’il réintroduit la notion de disciplines. «  On se dirige vers un simple socle de culture commune, sans véritable engagement de la Nation à garantir à tous des acquis  », déplore Claire Krepper, secrétaire nationale du syndicat SE-UNSA.
Reste à savoir quelle sera la position de Benoît Hamon à l’issue de la consultation qu’il mènera à l’automne auprès de ses partenaires. L’intéressé laisse entendre qu’il ne se contentera pas d’« entériner » les préconisations du CSP
".

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Le dessin de Fabien Crégut

Boomerang et billard

Benoit Hamon (ou l’un de ses conseillers, sans doute) a-t-il cru faire plaisir aux enseignants avec un "cadeau bonus" en pleine journée de grève (au demeurant assez peu suivie) ? Si tel est le cas, c’est un boomerang qu’il s’est offert à lui-même. En cédant aux syndicats sur une revendication très discutée à la base, il prend en effet le risque, très préjudiciable, d’abîmer son image à peine arrivé. C’est L’Express qui a ouvert "le feu" ce matin avec l’article très dur de Marie-Caroline Missir intitulé Polémique sur la pré-rentrée : Benoît Hamon, "ministre des syndicats". "Comment expliquer cette décision ministerielle sur une revendication ignorée par une partie des personnels ? Et qui se souvenait que le Snalc avait lancé un préavis de grève pour la pré-rentrée ? Le ministère de l’Education nationale, contacté par L’Express, n’était pas joignable en fin d’après-midi.
Philippe Tournier
[Secrétaire général du SNPDEN-UNSA, premier syndicat des personnels de direction. NDRL] avance une explication : "On veut faire plaisir à bon compte, en faisant son annonce devant un CSE ravi ! Cela donne une image d’amateurisme total, et montre surtout que l’éducation n’est plus une priorité. Hamon est là pour acheter la paix sociale, tout le monde le sait : c’est d’abord le ministre des syndicats enseignants."
"Benoît Hamon est dépassé par les rythmes, puis le socle, puis la jupe", juge un haut fonctionnaire. "Il ne connait pas le milieu et son cabinet est inconsistant." Et de soupirer : "L’astuce politique ne suffit pas" ".
Et l’hebdomadaire d’en remettre une couche avec l’interview d’un instituteur bloggeur très remonté contre cette décision : La pré-rentrée des professeurs, "ce n’est pas une journée de travail fictive". Lucien Marboeuf a par ailleurs développé son raisonnement dans un billet de blog intitulé l’annonce gadget de Benoit Hamon. Extrait : "On a un peu l’impression qu’ on cherche à acheter la paix. Le ministre pense faire un beau cadeau mais personne ne veut de ça. Il y a un côté insultant et méprisant. L’écrasante majorité des instits n’en a rien à faire de cette journée. De toute façon, nous serons à l’école ce jour-là.
Cela donne l’impression que le ministre ne connaît pas le métier
."

Outre le boomerang, le ministère maîtrise manifestement aussi l’art (volontaire ?) du billard. En effet, et de façon finalement fort logique, le report de la pré-rentrée des enseignants (puisque c’est bien de report qu’il s’agit et non d’annulation) nécessite celui de la rentrée des élèves. La rentrée scolaire des élèves est décalée au 2 septembre titre Le Monde. Le ministère a pris cette décision "pour que la rentrée soit organisée dans les meilleures conditions pour les professeurs et les élèves". Autre aspect avancé par cet article : ce serait la technique qui n’aurait pas permis aux recteurs d’être prêts pour la fin août. La technique ... Autrefois, devant une adversité qui nous dépassait, c’est le destin que l’on accusait. Les temps changent, quand même un peu.


La polémique du jour

L’article consacré par Louise Tourret mardi dernier au salaire et à l’image des enseignants a fait des vagues. Beaucoup de vagues. Comme il fallait s’y attendre, les réactions ont été plutôt négatives, voire franchement hostiles, tant sur les réseaux sociaux que sur des forums ou dans les commentaires mêmes de l’article. Du coup, la journaliste a dû se justifier, et a publié hier un second article pour faire le point : Rien à faire, les profs sont à cran. On lira avec intérêt ses justifications, sans doute. Mais nous faisons aussi, à la revue de presse, le choix de lire ces justifications avec une certaine inquiétude. Louise Tourret n’a après tout fait que son travail de journaliste. Il ne s’agit pas ici de défendre le contenu de son article, dont chacun de nos lecteurs restera seul juge. Il s’agit avant tout de défendre le droit fondamental à la liberté d’expression et d’opinion. Oui l’image des enseignants et leur niveau de rémunération, parce que ce sont des fonctionnaires, est un sujet de discussions et de débat. Non, il n’est pas normal de voir une telle rancœur se déchaîner contre une journaliste au prétexte qu’elle écrit des choses qui ne nous conviennent pas. Et oui, nous trouvons que certains enseignants ont un peu trop vite tendance à dresser leur "ras le bol" comme un rempart à toute tentative de discuter de sujets sur lesquels ils voudront pourtant bien autoriser les gens à ne pas être d’accord avec eux. L’article de Louise Tourret était argumenté. On pouvait le critiquer de façon également argumentée. Mais se parer ainsi de la figure de la vertu outragée ne peut que tuer le débat et ce n’est évidemment pas une issue acceptable.


Coucou, voilà le Bac !

Ils sont souvent bien plus stressés que leurs lycéens, prêts à tous les sacrifices pour que leur enfant décroche le "précieux" sésame -si possible avec mention. Conseils aux parents pour bien vivre ces dernières semaines avant le bac. Le premier de ces conseils prodigués par L’Express compose le titre de cet article : "Bac J-30 : "Parents, c’est trop tard pour mettre la pression !". Une batterie de conseils (aux parents essentiellement) qui sembleront parfois des évidences, qu’il n’est pas toujours inutile, hélas, de rappeler.

Mais dès ce matin, c’est Le Monde qui ouvrait la saison des marrons ... euh, non, pardon, du Bac. En commençant par le commencement, c’est à dire les conseils aux candidats. Bac 2014 : dix conseils scientifiques pour bien réviser. Un article un peu déconcertant, fort utile pour ceux qui ignoraient que la réussite n’est pas dans le travail, mais dans le fait de réviser en changeant de lit, en mangeant du soja plutôt que du poisson, en traillant en pédalant (?) ou encore en machouillant du chewing-Gum. Gageons que ce dernier conseil sera accueilli en salle des professeurs avec un certain amusement.

Bonne lecture, et au plaisir de lire ce week-end le bloc note de la semaine de Philippe Watrelot.

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Réussir l’école du socle - En faisant dialoguer et coopérer les disciplines
Ouvrage - 2013
Francis Blanquart, Céline Walkowiak - ESF, 2013
Organisé de manière très concrète autour des pratiques scolaires de classe au collège et en 2de de lycée, cet ouvrage s’attache à tous les aspects de la pédagogie ouverte et innovante nécessaire à la réussite de « l’école du socle commun ».

Quelle éducation laïque à la morale ?
Revue n°513 - mai 2014
Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.