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Revue de presse du vendredi 15 mai 2015

Réforme, un combat politique - Réforme, décodage et désintox - Divers


La réforme fait couler de plus en plus d’encre, d’autant qu’elle devient l’enjeu d’un combat politique. Certains médias en profitent pour décoder cette réforme. L’actualité éducative concerne, heureusement d’autres sujets.


Réforme, un combat politique

"Parce que l’éducation a été centrale dans la construction de la République, parce que chacun – ayant été élève – se sent compétent sur la question, parce que demain se construit aujourd’hui sur ses bancs, l’école sera toujours un sujet de débat passionnel. Avec, à chaque réforme, un mélange d’oppositions argumentées et de raccourcis tactiques, de craintes sincères et de réflexes politiciens, corporatistes". Cet extrait de l’article de Denis Peiron pour La Croix résume bien les raisons qui ont transformé un sujet habituellement réservé à des professionnels des questions éducatives en débat politique. Ainsi, "contre le nouveau collège, attendu en 2016, l’opposition est à l’offensive, façon rouleau compresseur. Candidat potentiel à la primaire UMP pour la présidentielle, le député de l’Eure Bruno Lemaire a lancé une pétition, signée par environ 250 parlementaires. Et il ne se passe pas un jour sans son lot de petites phrases prédisant un inéluctable « nivellement par le bas »". Denis Peiron précise aussi que "les attaques prennent un tour personnel : « Dans le combat effréné pour la médiocrité, Christiane Taubira est en passe d’être dépassée par Najat Vallaud-Belkacem », lance Nicolas Sarkozy. Des propos teintés de « machisme » et de « racisme », dénoncent les partisans de la ministre, qui s’était déjà vu reprocher par d’autres sa binationalité franco-marocaine".

Dans sa chronique "le fait du jour" pour Les Echos, Cécile Cornudet explique "comment la réforme du collège, présentée en mars dans l’indifférence, est (...) devenue un archétype des débats à la française ? C’est-à-dire passionnel". Elle revient notamment sur la chronologie des faits qui a transformé le débat autour d’une réforme, "d’abord vue comme une mosaïque de petites mesures qui ne changent pas la donne,"en affrontement politique et médiatique. Cécile Cornudet raille gentiment le SNES au passage : "le Snes n’est pas très heureux, mais l’est-il jamais ?"

Nathalie Mauret et Pascal Jalabert pour le Dauphiné défendent l’idée selon laquelle "la bataille du collège [serait] aussi l’affrontement de deux visions de l’école". Selon les auteurs, la "réforme a clairement ressoudé le clan de la gauche. Les chefs de file des députés socialistes, écologistes et radicaux ont dénoncé ensemble hier « la campagne de désinformation et d’hystérisation » de la droite. François Hollande lui-même a appelé les ministres à soutenir la réforme. Mais elle a aussi créé du lien à droite : « Il n’y a pas de voix discordantes. Nous ne baissons pas la pression », assure Annie Genevard, députée UMP du Doubs, membre du conseil supérieur des programmes".

Nelly Cloarec pour Ouest France nous livre les arguments du SNES. Il aurait été intéressant d’interroger des syndicats plutôt favorables à la réforme comme le SGEN ou l’UNSA. Mais passons ... Les arguments sont connus et ont été démontés depuis.

Sur son blog sur l’Opinion.fr, Béatrice Houchard nous apprend que "Marine Le Pen s’apprête à adresser électroniquement « à l’ensemble des collèges de France, à destination des proviseurs, professeurs et personnels d’éducation », soit environ 7100 établissements une longue lettre de 7200 signes". Selon elle, "il s’agit d’une lettre très habile, car très travaillée (avec le Collectif Racine)". C’est presque aussi drôle que le hashtag raté #NSDIRECT. Vous pouvez en économiser la lecture sans problème.

La mobilisation pour la grève du 19 mai (contre la réforme, faut-il le préciser ?) devient du coup un réel enjeu politique. La proportion de manifestants et de grévistes pourra t-elle infléchir la position du gouvernement ? Marie-Christine Corbier des Echos rappelle "qu’une intersyndicale composée du SNES-FSU, du SNEP-FSU, du Snalc, de FO, de SUD et de la CGT a appelé à la grève. Parmi ces syndicats – qui représentent 80 % des enseignants du second degré –, certains réclament le retrait pur et simple de la réforme, d’autres, comme le SNES, la reprise des discussions. L’UNI, organisation classée à droite, a appelé à rejoindre les manifestations de mardi". Cette grève génère un vrai casse-tête pour certains établissements parce que la période est consacrée aux épreuves communes, aux évaluations d’histoire des arts, aux entretiens d’orientation... Les jours fériés diminuent les possibilités de report des opérations prévues parfois de longue date. Fort heureusement, dans la plupart des situations, c’est l’intérêt des élèves qui est privilégié.

Pour finir et pour se faire une idée politique, on pourra lire le point de vue de Michèle Cotta, invitée du Point, qui, au passage fait référence à Claude Lelièvre, gardien attentif de l’histoire de l’éducation, mais aussi aux "très sérieux Cahiers pédagogiques". C’est pas moi qui l’ai dit ! Elle considère que les ministres de l’éducation nationale défendent, les uns après les autres, "leur" réforme de l’école. "À y regarder de près, toutes se soldent par la diminution des heures de travail des professeurs et des élèves. Ce qui, évidemment, crée ou accroît les inégalités sociales : les enfants de famille aisées voyagent, apprennent l’anglais en Angleterre pendant des séjours d’été. Les enfants de familles plus modestes se retrouvent seuls et dans la rue. Les premiers ont des ordinateurs, les autres partagent le leur. Fracture sociale et fracture informatique se recoupent. Personne ne profitera d’un affaiblissement de l’école publique. À l’exception des établissement privés".

Ou alors, on pourra lire la tribune du taulier des Cahiers sur Alterecoplus. Philippe Watrelot remet un certain nombre de pendules à l’heure. On en pense ce qu’on veut, je partage totalement sa conclusion (mais pas que) : "On le sait et les enquêtes internationales tout comme les études des sociologues ne font que nous le confirmer depuis de nombreuses années : notre système éducatif est profondément inégalitaire. Il détient le triste record du pays où le poids de l’origine sociale joue le plus dans la réussite scolaire. Un enfant d’ouvrier a en France sept fois moins de chances d’obtenir le bac qu’un enfant de cadre (ou d’enseignant). Comment dans ces conditions tenir la promesse républicaine fondée sur la méritocratie ?
La réforme du collège et des programmes vient déjà bien tard. Après, 2016, vient 2017 et une échéance électorale majeure. Le système éducatif français est-il réformable ? Peut-on construire une École plus juste et efficace. C’est maintenant ou... jamais
".


Réforme, décodage et désintox

Devant tant de violence dans le débat sur la réforme du collège et les nouveaux programmes, plusieurs journaux cherchent à expliquer voire, décoder et dénoncer les idées fausses.
C’est le cas notamment de OuestFrance qui en expose les objectifs ainsi que les points qui sont sujets à polémique.

Certains médias vont plus loin. L’Obs prend trois intox pour les décoder. Par exemple, il se penche sur la polémique de l’enseignement de l’Islam qui deviendrait obligatoire au détriment du christianisme : "Pourquoi c’est faux : en cinquième, l’étude du chapitre "Islam : débuts, expansions, sociétés et cultures" est bel et bien obligatoire alors que l’enseignement consacré à la "société rurale encadrée par l’Eglise" devient facultatif : il sera abordé - ou non - selon la volonté des professeurs.
En revanche, les détracteurs du nouveau programme oublient de rappeler que "les débuts du judaïsme" et "les débuts du christianisme" seront obligatoirement enseignés dès la sixième, comme c’est le cas actuellement. L’histoire de l’islam ne remplace donc nullement celle du christianisme.
"
Les Décodeurs du Monde vont encore plus loin dans leur analyse en distinguant bien la réforme et les nouveaux programmes. Il s’occupe ainsi de l’affirmation de la suppression de l’allemand. "L’allemand ne sera pas supprimé. La réforme va, en réalité, mettre fin aux classes bilangues, qui permettent aujourd’hui à 16 % des élèves de 6e et de 5e d’apprendre deux langues vivantes, dès le début du collège. A la rentrée 2016, tous les élèves apprendront une 2e langue à partir de la 5e, au lieu de la 4e aujourd’hui"

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Enigma, photomontage de Geneviève Brassaud

Face à la polémique croissante que soulèvent les nouveaux programmes d’histoire, ainsi qu’aux annonces d’une réécriture alors même que les enseignants sont consultés, une tribune rédigée par des universitaires historiens et signée aussi par de nombreux professeurs de collège a été publiée. Cette tribune/pétition sera envoyée au ministère. La conclusion :"Contre les mensonges et les fantasmes qui dévoient comme souvent le débat sur l’école et ses évolutions, nous entendons rappeler que l’histoire n’est pas le véhicule d’une propagande inculquée, mais une discipline critique permettant de questionner le passé et d’agir librement au présent, en toute conscience. Dans ce sens nous appelons les responsables politiques à ne pas céder aux instrumentalisations médiatiques alimentant la culture de la peur, de la haine et du repli sur soi qui gangrènent actuellement la société française.
Même s’ils ne sont pas parfaits, ces projets de programmes, issus du travail collectif présenté par le Conseil supérieur des programmes, nous semblent suffisamment équilibrés et ouverts, dans le choix des thèmes comme dans la liberté laissée aux professeurs de les traiter.
"

Notons aussi l’interview de la ministre de l’éducation dans le magazine GQ, reprise par le JDD, où selon Najat Vallaud-Belkacem : "Avec les réseaux sociaux, on atteint des sommets." "elle évoque la "tweetisation du débat public" : "Chaque propos est désormais résumé, tronqué, caricaturé de sorte que la critique est facile." Et de continuer : "Chaque mot que l’on prononce peut se retrouver quelques secondes plus tard sur Twitter ou sur un bandeau de chaîne d’info (...) Au moment même où on prononce une phrase, on se demande ce qu’elle donnera une fois dénaturée."


Divers

Pour répondre à la consultation sur les nouveaux programmes n’oubliez pas d’allez consulter les analyses des Cahiers Pédagogiques.
Suite à l’annonce d’attouchements sexuels commis par des élèves de 6e du collège Montaigne, le magazine MadmoiZelle analyse de manière très intéressante la volonté de François Bayrou d’interdire les smartphones au collège. On y dénonce surtout la "culture du viol" et le sexisme de la société française que l’école seule ne peut résoudre. "Le respect, ça s’apprend. Le consentement, ça s’apprend. Remettre en cause les messages dont on est martelés en permanence, ça nécessite aussi un apprentissage, on ne sera pas de trop pour le délivrer.
Alors au lieu d’accuser « le porno », ou – plus ridicule et plus à côté de la plaque encore – les smartphones, on ferait mieux d’interroger notre responsabilité, et notre laxisme dans la déconstruction des mythes sexistes toxiques.
"

Dans le CaféPédagogique, Philippe Meirieu revient sur le tabou de l’ennui à l’école.
Dans LePoint, c’est un autre "tabou" qui est évoqué, celui de ces profs qui démissionnent.
Dans AcadieNouvelle, une analyse des succès de la Finlande en matière d’éducation.
"La nomination d’un secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et la recherche "est imminent", a déclaré mercredi Najat Vallaud-Belkacem sur France Culture, deux mois après la démission de Geneviève Fioraso pour raisons de santé. " Sur BFM.

Deux articles importants du Monde sur l’orientation post-bac : « Bien hiérarchiser ses vœux d’orientation postbac est primordial » et "Les trois quarts des étudiants n’ont commencé à réfléchir à leur orientation qu’une fois au lycée

Géraldine Duboz
Pascal Thomas.


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 521 - Croiser des disciplines, partager des savoirs

Les pratiques communes, croisées, mises en synergie et en résonance, aident-elles les élèves à entrer dans la complexité des savoirs scolaires et dans les différentes cultures à construire à l’école ? Ce dossier montre à travers différentes pratiques de dispositifs comment entrer dans l’interdisciplinarité sans sacrifier aucunement les disciplines.

Apprendre à apprendre
Jean-Michel Zakhartchouk
9 avril 2015

Apprendre à apprendre, tout un programme ! Donner aux élèves les outils et les méthodes pour construire leurs connaissances et compétences, c’est une des clés de la réussite scolaire. Les enseignants en sont conscients, qui, à 83 %, ont plébiscité l’ajout des outils et méthodes pour apprendre au nouveau socle commun. Mais l’enjeu va plus loin que cela. Parce qu’apprendre, ça ne s’arrête pas aux portes de l’école, du collège ou du lycée. Pour former des individus émancipés, capables de penser et de vivre au sein de la société, il faut apprendre aux enfants à apprendre par eux-mêmes, tout au long de la journée et tout au long de la vie. Voici un ouvrage qui, suivant le titre de la nouvelle collection de Canopé, éclaire la question en proposant à la fois des expériences de terrain et les apports de la recherche.