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Revue de presse du vendredi 14 mars

Laïcité - Terrorisme intellectuel - Pollution et activité physique à l’école

Entre un "report" de spectacle aux allures d’annulation, la publication de courriers internes de l’enseignement catholique concernant la théorie du genre et les conséquences de la pollution atmosphérique sur les activités scolaires, l’air de ce vendredi est décidément bien irrespirable. Heureusement que l’anniversaire de la loi de 2004 sur les signes religieux nous donne l’occasion de prendre un peu de hauteur intellectuelle, avec l’amorce d’un débat comme on les aime, c’est à dire insoluble.

Laïcité

Demain, la loi de 2004 sur l’interdiction du port des signes religieux à l’école aura 10 ans. L’occasion de tenter de dresser un bilan de ses effets, et de revenir sur les conditions dans lesquelles elle a été promulguée.

Jean Baubérot, ancien titulaire de la chaire "Histoire et sociologie de la laïcité" à l’EPHE, revient sur cette loi à l’occasion d’un billet de blog : "« La loi du 15 mars 2004 n’a-t-elle pas pacifié la vie scolaire française ? » Telle est, avec quelques variantes, la question lancinante que nombre de journalistes me posent depuis le début de la semaine. Non seulement la réponse à une telle question est différente selon que l’on examine la face émergée et la face immergée de l’iceberg (pour parler de façon métaphorique de la réalité sociale), mais il est nécessaire de déconstruire une telle question, biaisée par de pseudo évidences implicites"

Le même Jean Baubérot est interviewé aujourd’hui par 20 Minutes, dans un papier intitulé La loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école n’a pas réglé tous les problèmes. En vertu du principe selon lequel "l’habit ne fait pas le moine", le sociologue estime qu’il était inutile et contreproductif de se braquer sur des vêtements, alors que c’est dans les attitudes que réside l’essentiel des dangers qui pèsent sur la laïcité. Un peu comme si on avait cru pouvoir peser sur les mentalités en imposant des restrictions vestimentaires. La suite de cette revue de presse nous montrera qu’effectivement, la liberté dans l’école est sans doute d’abord menacée par des questions de mentalités et de comportements.
Avis contraire, dans La Croix, pour qui Dix ans après la loi, le débat sur le voile à l’école s’est apaisé : "Aujourd’hui, malgré quelques contestations résiduelles, la question du voile à l’école est largement résolue. Mais l’affirmation identitaire des jeunes musulmans demeure ici ou là." Position que partage, à peu près, Philippe Tournier, du SNPDEN (Syndicat National des Personnels de Direction de l’Education Nationale, affilié à l’UNSA), dans le même article.

Paradoxalement, entre la position de Jean Baubérot et celle de La Croix, le quotidien catholique de référence choisit d’illustrer son propos par un reportage en Allemagne... qui apporte de l’eau au moulin du sociologue ! En Allemagne, le voile à l’école "n’a quasiment jamais posé problème".


Terrorisme intellectuel

A présent que le temps médiatique semble avoir éloigné (temporairement sans doute) les polémiques de grande ampleur, le travail de sape des milieux obscurantistes se poursuit. Nous sommes tous témoins, autour de nous, qui d’un collège qui doit annuler une représentation théâtrale, qui d’une école privée qui doit, sous pression des parents, annuler une sortie au cinéma pour aller voir Tomboy. Aujourd’hui, c’est l’Express qui se fait l’écho de telles pratiques. Un spectacle pour des élèves annulé à cause des polémiques sur la "théorie du genre", nous apprend l’hebdomadaire. En cause, une pièce de théâtre, "Oh Boy !", pourtant récompensée en 2010 par le Molière du "Spectacle du jeune public". Il ne s’agit pas d’une annulation prise sous la pression d’un quelconque groupe extrémiste, mais d’une décision prise par la Direction académique du Val-de-Marne, qui la justifie "par crainte d’une éventuelle grogne des parents d’élèves" et parle de report plus que d’annulation. Un avis que ne partage pas le metteur en scène. "Il explique que le théâtre a officiellement annulé les représentations à cause de "conditions de sécurité contre les incendies insuffisantes [...] les trois représentations sur le temps scolaire prévues sont "remplacées par une représentation tout public le vendredi 2 mai en soirée" et au beau milieu d’un long week-end. "Les enfants pour qui la pièce est prévue vont avoir du mal à venir" conclut le metteur-en-scène, qui n’hésite pas quant à lui à parler "d’annulation". Quoi qu’il en soit, on notera que la décision montre la tension qui existe autour de ces sujets, et que l’opération de terrorisme intellectuel à laquelle se livrent certains mouvements extrémistes porte ses fruits.

Dans le même temps, Matteo Battaglia, sur son blog du Monde.fr titre : Enseignement du "genre" : malaise au sein des écoles catholiques. "Trois documents que Le Monde s’est procurés, signés de hauts cadres de l’enseignement catholique – les directeurs diocésains de Laval, Saint-Etienne et Avignon – rappellent que l’inquiétude existe dans ces écoles associées au service public de l’éducation mais qui sont aussi sous la cotutelle des évêques. [...] Les missives ont beau n’émaner que de trois directeurs diocésains sur 85, elles ont semé « un certain malaise sur le terrain », reconnaît Bruno Lamour, secrétaire général de la FEP-CFDT, majoritaire parmi les 140 000 professeurs du privé."

Libération traite également la question, en se référant à l’un des courriers mentionnés par son confrère, celui de Saint-Etienne. Le ton de l’article (Genre : l’école catho sort du bois) est nettement plus tranché : "Le courrier que Libération s’est procuré - quatre pages denses au style alambiqué - met les pieds dans le plat. Il montre qu’au-delà des vœux pieux de son secrétaire général, l’enseignement catholique sous contrat - largement financé par l’Etat qui paie les salaires des profs - ne vit pas dans les cieux, à l’écart des polémiques, et qu’il connaît lui aussi des crispations. Il rappelle aussi une vérité simple : l’école privée suit d’abord les préceptes de l’Eglise. Et pour celle-ci, de par sa nature, un homme est un homme, une femme est une femme, et tout le reste n’est que déviation par rapport à cette donnée de base. « Nous ne sommes pas libres déjà d’exister, de respirer et d’avoir à nous nourrir, souligne François-Xavier Clément, a fortiori nous ne sommes pas libres d’être un garçon ou une fille : cela s’impose à nous. »"


La pollution, ennemie de l’EPS

Une trentaine de départements français sont aujourd’hui en état d’alerte à la pollution par les particules. Cette alerte a conduit les préfets à émettre des recommandations relayées par les Dasen, mais très inégalement appliquées d’une école à l’autre, d’un établissement à l’autre.

Le Monde précise que l’Education nationale réagit à l’alerte aux particules. L’article reprend les recommandations édictées par les préfets, en centrant essentiellement son propos sur les activités sportives, qui sont déconseillées en extérieur.

Le Figaro reprend également l’information. Pollution : les écoles aussi sont concernées. Après avoir lui aussi rappelé les préconisations édictées, le quotidien s’attarde sur le caractère aléatoire de leur application. "Sur le terrain, force est de constater que les recommandations ont très variablement fait leur chemin jusqu’à la base. Si à l’école Passy-Chernoviz, dans le XVIe arrondissement parisien, le cross prévu de longue date le 13 mars a été annulé, d’autres établissements n’ont pas modifié leur emploi du temps… « Comme tous les mercredis, mon fils a fait le 14 mars ses deux heures de sport, en extérieur car il fait beau », témoigne une mère du XIe arrondissement parisien. « Nous n’avons reçu aucune consigne particulière », affirme un professeur d’EPS en collège, à Nanterre."

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Faire vivre une morale laïque
Hors-série n°30 - avril 2013
Une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école , en contribution à la réflexion en cours sur une « morale laïque ».

Développer des compétences en EPS
Hors-série n°26 - novembre 2012

Comment, dans le cadre des programmes d’EPS, faire de l’approche par compétences une démarche au service des apprentissages, de la différenciation, de l’individualisation, de l’évaluation formative ?