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Revue de presse du vendredi 14 février

Rythmes scolaires - Tous à poil - ZEP - Conservatisme ? - Convergence des mécontents - IUT - Saint-Valentin

En ce jour de Saint Valentin, tout, dans la presse, ne devrait être qu’amour, bons sentiments et élans de générosité. Mais la réalité, à l’école, est toujours un peu plus complexe ...

Le Snuipp n’a toujours pas trouvé son rythme

Le Monde titre sur les sempiternels Rythmes scolaires : la cacophonie perdure. A l’origine de cet article, la publication de deux rapports aux conclusions totalement contradictoires : celui du comité de suivi de la réforme des rythmes scolaires, et celui du Snuipp-FSU.
Or ces deux rapports, sur tous les points, disent à peu près l’exact inverse l’un de l’autre. "Alors que la rectrice de Lyon assure que, « dans les communes qui ont engagé la réforme à la rentrée, les différents acteurs expriment le plus souvent leur satisfaction et un large accord sur l’intérêt de la réforme », le syndicat d’enseignants relève que 75 % des personnels sondés ont vu leurs conditions de travail se dégrader. « Les organisations du temps scolaire se sont mises en place dans un climat souvent constructif », peut-on lire sous la plume de Mme Moulin Civil, quand le SNUipp-FSU affirme que moins de la moitié des conseils d’école ont été écoutés « à l’arrivée » - même s’ils étaient 72 % à l’être « au départ »." Il convient de signaler, sur ce sujet, les conditions dans lesquelles a été réalisé le "contre-rapport" du Snuipp. Ce dernier préconise de maintenir la semaine de 4,5 jours mais de "réécrire le décret". Une revendication en tout point conforme aux préconisations de la chronobiologiste Claire Lecomte, qui fait depuis des mois la tournée de sections départementales de ce syndicat. Pour arriver à ce résultat, la méthode employée a été celle du sondage "volontaire" : il suffisait d’aller se connecter sur le site du syndicat et de remplir l’enquête. Or l’enquête (ici) n’est accessible qu’aux adhérents du Snuipp. On imagine donc que de façon légitime, ce sont d’abord les mécontents qui se sont précipités. Travers que nous avions déjà dénoncé il y a quelques mois dans un sondage "ouvert" organisé sur le site Internet du Monde, qui avait bien entendu produit les mêmes résultats.


Le ministère envoie discrètement les élèves se rhabiller

C’est Europe 1 qui a levé le lièvre ce matin : "Tous à poil " : les listes de livres jeunesse ne sont plus des "activités pédagogiques" sur le site des ABCD de l’égalité. La journée a été marquée, notamment sur les réseaux sociaux, par la dénonciation de ce qu’il faut bien considérer comme une reculade du ministère face aux pressions soulevées par la polémique de Jean-François Copé. Que ce soit dans Actualitté ou dans l’Express le constat est le même : le ministère a reculé. "On a voulu clarifier les statuts et bien montrer qu’il y avait deux niveaux de ressources", explique le cabinet de Vincent Peillon au Lab. Le ministère espère mettre un terme à une polémique qui l’embarrasse sur un livre pourtant anodin et montrer qu’il n’a jamais "recommandé" l’ouvrage aux enseignants."


Jour de (saine) colère dans les ZEP franciliennes

Education : manifestation à Paris pour des moyens à la rentrée. 20 minutes aborde sous ce titre la manifestation qui a rassemblé hier les enseignants des ZEP (notamment) de Seine-Saint-Denis et des Hauts de Seine dans les rues de Paris. "Plus de mille professeurs, lycéens et quelques parents des Hauts-de-Seine et de Seine-Saint-Denis, selon les organisateurs, 650 selon la police, ont manifesté jeudi à Paris pour protester contre une baisse de moyens à la rentrée, notamment en ZEP.
Les manifestant ont défilé de la place Saint-Michel jusqu’au ministère de l’Education nationale à l’appel de syndicats Snes-FSU, FO, CGT et Sud des académies de la région parisienne.
" A noter aussi cette information : la "typologie" des établissements grévistes évolue : si le 93 reste mobilisé pour la défense de ses ZEP, le 92, lui, glisse plutôt vers la défense des dotations horaires dans les établissements plus favorisés, cependant que la tension semble retomber dans les ZEP de ce département qui, rappelons le, verra parallèlement le plus de créations de postes dans l’enseignement privé à la rentrée.

La grogne gagne les collèges classés en Zone d’éducation prioritaire, nous rappelle pour sa part Le Figaro. le sujet abordé ici au travers d’un reportage de BFMTV sur la manifestation parisienne d’hier.

L’Humanité aborde également cette question, et fait en titre un constat sec, mais imparable : ZEP, la colère monte d’un cran. "La mise en place de cette réforme des ZEP suscite beaucoup de craintes. La carte des 100 premiers établissements qui deviendront REP+ (réseau bénéficiant du plus de moyens) dès la rentrée 2014 a été dévoilée ces derniers jours, sans la moindre concertation. «  Ce n’est qu’une préfiguration  », tente de rassurer le ministère. Mais d’ores et déjà, beaucoup d’enseignants et d’élus s’inquiètent du manque de moyens d’une réforme financée par une simple «  redistribution  » au sein du budget de l’éducation nationale. Mardi, les élus socialistes de Seine-Saint-Denis, dont le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, et le patron des députés PS, Bruno Le Roux, ont interpellé Vincent Peillon, lui demandant des «  clarifications  »."


Le credo conservateur, non merci, mais que faire à la place ?

Sous le titre Transmission des savoirs : l’école au pied du mur, Les Echos livrent quelques extraits du récent ouvrage de Marcel Gauchet (entre autres auteurs) Transmettre, apprendre. Trois extraits d’un ouvrage qui reconnait que les méthodes traditionnelles d’apprentissage ne sont plus adaptées, mais qu’il n’est pas certain pour autant que les "nouvelles pédagogies" soient plus efficaces. On aurait aimé en savoir plus sur ce que préconisent les philosophes auteurs de cet essai. Malheureusement, l’article des Echos se borne à nous livrer trois extraits du livre, qui n’apporte pas grand chose à la compréhension de sa problématique.

En attendant, l’offensive conservatrice sur l’école se poursuit. Et l’analyse qui en est faite également. Après le billet de blog de Claude Lelièvre, recensé hier dans la revue de presse de Bernard Desclaux, c’est au tour d’Arnaud Gonzague, dans Le Nouvel Observateur, d’analyser les ressorts de la position de l’UMP sur l’école. "Naturellement, avec son "recentrage sur les fondamentaux", la droite caresse dans le sens du poil quelques parents effrayés par la (chimérique) "perte des repères" à l’école, mais aussi quelques grands-parents, dont on connaît le discours : "De mon temps, à l’école, on n’apprenait qu’à lire et à écrire, on ne perdait pas de temps avec des sornettes !"" A lire dans l’article "Lire, écrire, compter", une vision de droite pour l’école ?

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Vincent Peillon à la croisée de toutes les contestations

Dans l’Express, Sandrine Chesnel réussit l’exploit de relater la visite de Vincent Peillon dans le Vaucluse, ce jeudi, en abordant tout à la fois le beau et prometteur programme du ministre (un collège difficile, un lycée tourné vers les langues de la Méditerranée, un Espé), et la contestation multiforme à laquelle il a dû faire face toute la journée. "Dès l’arrivée au collège Anselme-Mathieu d’Avignon, un double comité d’accueil attend le ministre. Une poignée de professeurs en grève d’un côté du trottoir, des manifestants de la Manif pour tous et des mamans voilées de l’autre, accueillent Vincent Peillon aux cris de "Peillon démission !", "Peillon-Hollande, on n’en veut pas !"." Plus qu’aux étudiants mécontents d’un métier qu’ils n’exercent pas encore, plus qu’aux enseignants mécontents d’une réforme qui n’est pas encore appliquée, c’est aux réactionnaires "anti genre" que le ministre a choisi de répondre. "Sur ce sujet, les rumeurs ont atteint un niveau délirant, commente le ministre. Pour lutter contre ce genre de polémique mensongère, il n’y a qu’une solution : expliquer ce que nous faisons vraiment en classe, expliquer et encore expliquer - et redire que, non, l’éducation nationale n’enseigne pas la théorie du genre à l’école. Certains pensent que les professeurs n’ont pas à transmettre de valeurs - si, c’est leur travail de transmettre les valeurs de la République".
Étrange mélange des genres en réalité, auquel fait immanquablement penser cette phrase de Clémenceau : "Ne craignez pas de vous faire des ennemis. Si vous n’en n’avez pas, c’est que vous n’avez rien fait".


L’optimisme pour le mot de la fin, quand même

Ce n’est pas sans un certain plaisir un peu chauvin que je reviens, pour terminer, sur un article paru mercredi, dont Bernard Desclaux m’a signalé l’existence. Sur son blog, hébergé par Le Monde, Olivier Rollot aborde la question des quotas de bacheliers technologiques désormais imposés dans le recrutement des IUT, et se fait le défenseur de cette voie d’orientation. Et de prendre l’exemple de Cergy, ville chère à mon coeur, pour un article qui terminera donc en beauté cette revue de presse de Saint Valentin, que l’on aurait un moment pu croire un peu défaitiste. Les bacs technos ont toute leur place en IUT : Comment l’université Cergy-Pontoise les fait réussir.

Retrouvez dès demain le bloc note de la semaine de Philippe Watrelot

Lionel Jeanjeau