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Revue de presse du vendredi 10 janvier

Formation des enseignants - Classes sans notes - Admission post-bac - ordre moral


Formation des enseignants

Un entretien de Luc Cédelle, sur son blog, avec André Ouzoulias à propos de la création des Espés. "Formation des enseignants : Espés, espoirs et désespoirs".
En substance (et sous réserve de lire la suite dans les prochains billets de blog de Luc), une analyse très critique. Mais un entretien en plusieurs épisodes. Aujourd’hui, vous aurez l’historique de la formation. Pour connaitre les arguments d’André Ouzoulias à l’encontre des Espés, et éventuellement pouvoir y répondre, il faudra donc attendre la suite. Un art consommé du teasing, sur un sujet qui est bien, à tout prendre, le plus important en matière de refondation de l’école !

Si important d’ailleurs que la FSU, nous apprend le Café pédagogique, vient de lancer un "observatoire pour peser sur leur mise en place". "Il faut donner du temps à la concertation". Pressée dans un premier temps de porter le changement, la FSU semble aujourd’hui vouloir ralentir le rythme des réformes dans la formation des enseignants également. C’est le sens de la création le 9 janvier d’un "Observatoire de la formation des enseignants", qui double le Comité de suivi ministériel des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), ces structures qui remplacent les IUFM."
La FSU aurait donc été initialement pressée de porter le changement en matière de formation et statut des enseignants ? Chacun pourra se faire sa propre opinion sur cette observation pour le moins inhabituelle.


Classes sans notes

Un bilan des classes sans notes dans l’académie de Poitiers, en Une du Café pédagogique de ce matin : "Classes sans note. Un bilan mitigé"
Cette enquête est passionnante dans ce qu’elle fait ressortir sur la perception que les enseignants interrogés ont des finalités de leur métier. En effet, "74% pensent qu’en termes de comportements cette nouvelle modalité d’évaluation a eu des effets positifs : les élèves se montrent plus calmes, moins angoissés, font preuve de plus de civisme et ont une meilleure estime d’eux mêmes. D’ailleurs 66% pensent que cette nouvelle modalité d’évaluation a entraîné des effets en termes de développement de l’estime que les élèves ont d’eux-mêmes". Des élèves plus calmes, moins angoissés, plus civiques et qui ont une meilleure estime d’eux-mêmes. Positif, donc. Et bien non ! car "en termes d’apprentissage, 57% pensent que les effets sont négligeables". Loin de moi l’idée de nier le fait qu’un établissement scolaire soit d’abord un lieu d’apprentissage. Mais on voit ici que l’idée, inconsciente, existe manifestement toujours selon laquelle la scolarité ne saurait être séparée d’une certaine forme de souffrance. Car des apprentissages équivalents dans un meilleur climat et un meilleur respect des individus que sont les élèves, je prend pour ma part le parti d’appeler cela une réussite ! D’autant qu’une autre question au moins aussi cruciale ne semble pas abordée, celle des effets des classes sans notes en terme d’orientation. Pour ceux (sans doute nombreux) que la question intéresse, précisons que le Café avait fait sa propre analyse au mois d’octobre 2011. Un document qu’on relit aujourd’hui avec intérêt car au delà des questions précédemment soulevées, il ouvre des pistes de réflexion très intéressantes sur les raisons de continuer à souhaiter un développement des classes sans notes.

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Le dessin de Fabien Crégut

Admissions Post-Bac : la mécanique de l’orientation

Pour Le Monde, l’année 2014 sera celle d’une "amélioration du portail Admission post-bac" Aujourd’hui et demain, sous la grande halle de la Villette, à Paris, se tien le "salon APB". Mais pour l’essentiel des lycéens et enseignants de lycée, APB, c’est d’abord une plate-forme technique d’inscription dans l’enseignement supérieur. Destinée à l’origine, il y a cinq ans, à rendre l’orientation plus juste, le système est aujourd’hui à bout de souffle, notamment du fait de sa grande complexité de gestion. L’application APB (Admission Post-Bac), nous confirme donc 20 minutes, sera cette année "rénovée". C’est du moins ainsi que la ministre de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, a présenté les choses lors du salon APB. "Le portail, lancé il y a cinq ans, « a mis fin au scandale des files d’attente » pour s’inscrire dans l’enseignement supérieur, mais il « ne doit plus être un casse-tête pour les élèves et une angoisse pour les parents », selon le ministère".

L’idée qu’APB puisse améliorer l’orientation autrement que par la technique demeure toutefois fortement sujette à caution. Ainsi, le Café pédagogique va au delà des déclarations de principe de Mme Fioraso et s’interroge ouvertement : "Le Salon APB pour lutter contre une orientation marquée socialement ?". L’article déplace le débat vers une des mesures phares de cette rentrée : la mise en place de quotas de bacheliers technologiques et professionnels dans les IUT et les STS. Mesure qui, si elle est effectivement pragmatique au regard de la réalité, "oriente les jeunes des milieux populaires vers des filières courtes, réservant les filières longues aux enfants des "bonnes familles". Un débat qui n’est donc pas clos, et qui montre que si l’amélioration d’APB est réelle sur le plan technique, elle reste de faible portée, pour le moins, concernant le développement d’une orientation post-bac réellement juste.

Le lecteur intéressé pourra largement compléter son information en se référant à la "boîte à outils" que propose l’Express, en liaison avec le site spécialisé Educpros. Il y est question d’APB bien sûr, mais également de la querelle entre Valérie Pécresse et Geneviève Fioraso à propos du budget des universités, et de la place croissante de l’Asie dans le monde des écoles de commerce. A retrouver ici.


Ordre moral à l’école

Après le mariage pour tous, la polémique sur la théorie du genre et la censure par le CSA du clip d’Indochine accompagnant la chanson College Boy, les croisés de l’ordre moral appliqué à autrui ont trouvé un nouveau dada : s’en prendre à Tomboy, un film de Cécile Sciamma, au "programme" de l’opération "école et cinéma" du CNC. Cette polémique, qui enfle depuis quelques jours, fait l’objet d’une article assez complet dans Le Nouvel observateur sous le titre ""Tomboy" diffusé dans les écoles, un scandale ?" A voir les réactions des enfants qui ont visionné le film, on se dit que décidément, nos chères têtes blondes souffrent bien souvent de difficultés que nous inventons pour eux, et que la vraie violence dans tout ça est bien le fait de leur imposer nos propres névroses, comme pour mieux s’en débarrasser.

Bonne lecture à tous, et au plaisir de lire ce week-end le bloc note de la semaine de Philippe Watrelot.

Lionel Jeanjeau