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Revue de presse du vendredi 06 janvier 2017

Démissions ! - Privé - Elites - Primaire - Erasmus - En vrac

L’actualité du monde de l’éducation est assez riche ce vendredi. La revue sera donc assez dense. Au programme, il sera question des démissions des enseignants, de l’enseignement privé qui se porte bien, du lien entre milieu social et réussite scolaire, de la primaire de la gauche, d’Erasmus et de deux ou trois bricoles non classées.


Démissions !

Impossible de faire l’impasse sur ce sujet aujourd’hui ; d’autant, que pour des raisons politiques, on pourrait presque penser qu’il tombe à pic.

Selon l’AFP, en 2015-2016, 1180 enseignants titulaires ont quitté leur profession. Un chiffre qui a fortement augmenté depuis 2012, où ils n’étaient que 715 démissionnaires.

Chloé Pilorget-Rezzouk pour L’express.fr dresse un état des lieux : « Depuis quatre ans, les démissions dans l’Éducation nationale augmentent, selon un rapport du Sénat. La défection des enseignants stagiaires inquiète particulièrement. Le chiffre ne cesse d’augmenter. Encore marginales, les démissions d’enseignants connaissent néanmoins une hausse conséquente depuis 2012 (...) ». Elle précise : « Chez les professeurs titulaires du premier degré, les démissions ont ainsi presque doublé depuis 2012-2013, passant de 299 à 539 départs. (...) Parmi les démissionnaires, les futurs titulaires sont particulièrement concernés. Les parlementaires s’alarment ainsi dans leur rapport de ces chiffres qui "révèlent une progression inquiétante du phénomène auprès des enseignants stagiaires, particulièrement dans le premier degré". En 2012-2013, le nombre de stagiaires démissionnaires ne s’élevait en effet qu’à 65. Quatre ans plus tard, on dénombre pas moins de 434 démissions ».

Plusieurs témoignages, disponibles sur différents médias, illustrent ces propos. 20 minutes a, par exemple, « recueilli les confidences de Samuel, qui a fait ce choix de quitter l’Education nationale ».

Jean Francis Pécresse, pour Les Echos, estime que « c’est un contresens que fait le ministère de l’Éducation nationale en prenant à la légère le bond des démissions d’enseignants, stagiaires ou titulaires, observé depuis quatre ou cinq ans. Mis à jour par un rapport parlementaire, le phénomène demeure marginal, rapporté à la masse des maîtres et professeurs qui restent en poste chaque année. Mais que le nombre de ceux qui jettent l’éponge ait doublé, voire triplé selon les cas en l’espace d’un quinquennat, voilà qui traduit un mal bien réel dans l’Éducation nationale. Le nier est une première faute. Une deuxième est de s’en consoler au motif que mieux vaut un enseignant démissionnaire qu’un enseignant démotivé ».

François Jarraud, pour le Café pédagogique, relativise : « le malaise enseignant existe bien et il ne diminue pas.(...) Pourtant les données livrées par le rapport Carle nous semblent à relativiser fortement. D’abord parce que ces taux français sont extrêmement bas par rapport à ce qu’on trouve dans les autres pays. Au Royaume Uni, en 2011 40% des professeurs stagiaires ont quitté le métier durant leur première année en poste, soit 10 800 enseignants qui se sont évaporés. Une étude de la National Foundation for Educational Research (NFER) en 2016 montre, toujours au Royaume Uni, que 8% des enseignants ont démissionné en 2015 contre 6% en 2011. Remis à l’échelle de la France cela représenterait près de 68 000 enseignants chaque année !
L’étude anglaise est aussi éclairante par les motifs quelle donne à ces départs. Les professeurs s’en vont parce qu’ils ont trop de travail et, entre autre à cause de réformes jugées trop fréquentes. Ils partent aussi car ils ont trop de pression hiérarchique ou parce qu’ils sentent que leur métier se dévalorise. Voilà des raisons qui semblent un peu universelles... Il faut donc se demander pourquoi les taux de départ ne sont pas aussi forts en France. Il y a à cela des raisons administratives. Le nombre de démissions dépend d’abord des autorisations de l’administration. Or elle préfère garder les enseignants quitte à trouver des arrangements comme le congé. Autrement dit, sans ces efforts, le nombre réel serait plus fort encore
 ».


Privé ?

Dans cette période de bilan de quinquennat, la Refondation de l’École tient encore une place prépondérante. Les réformes engagées depuis 5 ans auraient-elles contribué au départ de 6400 élèves vers le privé ?

C’est en tout cas la question que pose Mattea Battaglia pour Le Monde : « "Faire fuir les familles vers le privé…" Voilà le procès fait à bon nombre de réformes entreprises par la gauche dans le champ éducatif, par un nombre tout aussi grand de leurs détracteurs. Des rythmes scolaires chamboulés aux sections bilangues en partie fermées, les mesures portées sous le quinquennat de François Hollande ont-elles pu jouer contre l’école publique ? C’est en tout cas la petite musique que font entendre les "antiréforme" sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas la répartition des effectifs d’élèves scolarisés en 2016-2017, telle que vient de la détailler le ministère de l’éducation dans deux "Notes d’information" datées de décembre, qui pourra freiner cette rhétorique. Car on assiste bel et bien, en cette rentrée marquée par la mise en œuvre du "nouveau collège" promu par Najat Vallaud-Belkacem, à une augmentation du nombre d’élèves accueillis dans les établissements privés, en grande majorité catholiques ». La journaliste relativise cependant : « (...) pour la plupart des acteurs du monde enseignant, l’attrait du privé, "multifactoriel", n’a pas été fondamentalement remis en cause sous ce quinquennat-ci : il tient au rapport de confiance que l’institution inspire… ou pas. Au besoin de contourner le collège "de quartier". A la recherche d’une forme d’ "entre-soi". Autre son de cloche du côté des parents concernés, et qui ne varie pas, année après année : "C’est l’humain, le suivi individuel du jeune, la place donnée aux parents comme partenaires du projet éducatif qui explique l’engouement pour le privé", assure Caroline Saliou, la présidente de l’Association de parents d’élèves de l’enseignement libre ».

Le toujours pointu Claude Lelievre apporte, quant à lui, son éclairage d’historien de l’éducation : « chaque année, environ 150 000 élèves passent du privé au public, ou du public au privé. La hausse des effectifs scolarisés dans le privé est-elle inédite ?
Il faut l’analyser sur le temps long. Les évolutions les plus marquées ont eu lieu au collège, où la montée de la part du privé a été lente mais continue de 1995 à 2007 – passant de 20 % à 21,5 %. Elle demeure à cette hauteur jusqu’en 2014, puis connaît une première – et faible – montée en 2015 (+ 0,1 %) Les esprits seront sans doute frappés par les nouveaux chiffres relatifs à la rentrée 2016, l’impression d’un « transfert » d’effectifs entre le public et le privé, mais la variation des parts de l’un et de l’autre – compte tenu des masses d’élèves concernées – n’est que de 0,2 %
 ». L’intégralité de l’article est accessible aux abonnés du Monde.


Primaires...

On ne sera donc pas étonné de constater que les sujets d’éducation s’invitent dans les débats de la primaire de gauche.

Aude Bariéty, pour Le Figaro, est allée observer d’un peu plus près les propositions des différents candidats : « Orientation, enseignants, service civique, ENA et même santé : focus sur cinq thèmes, touchant à la jeunesse, l’éducation et l’enseignement supérieur, mis en avant par les candidats à la primaire de la gauche ».

Laura Makary, sur le site de L’Étudiant, fait elle aussi, le point sur les propositions des candidats en matière de politique d’éducation. Selon elle, « le budget de l’enseignement supérieur, la carrière des enseignants, ainsi que la réussite des étudiants figurent parmi les thématiques les plus avancées par les sept candidats à la primaire de la gauche, dont le premier tour aura lieu le 22 janvier 2017 ».


Erasmus +

Rappelons qu’Erasmus + est « un programme de la Commission européenne. Il couvre plusieurs champs : l’éducation, la formation, la jeunesse et le sport ». « En favorisant les projets de mobilité et de coopération en Europe, le programme Erasmus +, résolument inscrit dans la Stratégie Europe 2020, permet notamment de renforcer les compétences de tous pour une meilleure employabilité, de soutenir l’innovation au sein d’établissements et d’organismes d’éducation et de formation et leur internationalisation, de promouvoir une utilisation transparente et cohérente au niveau européen des outils de reconnaissance et de validation compétences, de favoriser la coopération entre pays européens et non-européens ».

A l’occasion du 30ème anniversaire du programme (qui est devenu Erasmus + en 2014), Martine Jacot interroge, pour la partie "Campus" du Monde, Laure Coudret-Laut, directrice de l’Agence Erasmus + France depuis janvier 2016. « Elle souhaite créer un nouvel élan européen pour célébrer ce qui a déjà été fait et pour lancer la ­réflexion sur le prochain programme ». Elle précise : « Renforçons sa démocratisation, proposons à ­davantage de collégiens et lycéens d’y prendre part, donnons plus de financements aux apprentis pour une parité avec les étudiants, continuons à dématérialiser et à simplifier les procédures, devenons tous des ambassadeurs de ces valeurs communes de liberté, de tolérance et de non-discrimination, promouvons ensemble l’éducation à la citoyenneté en Europe ! »

Françoise Marmouyet, sur le même site, liste « cinq idées fausses mais répandues sur le programme Erasmus »


Élites ?

Les récents résultats de l’enquête PISA ont, une nouvelle fois, mis en lumière notre difficulté à réduire les inégalités au sein de l’École.

Raphaëlle Rérolle pour Le Monde, enquête sur les élites françaises qu’elle qualifie de monde clos. Elle indique : « Entre-soi, cupidité, égoïsme, incompétence… Pas un jour sans que les élites soient accusées de tous les maux. Depuis le krach financier de 2008, la critique flambe et prend de l’ampleur dans la plupart des pays démocratiques. L’histoire n’est pas nouvelle : les grands ébranlements ont en commun de fragiliser l’ordre social, ou du moins de le secouer.
Dans leur sillage, les responsables politiques et économiques sont mis en cause pour n’avoir pas su garantir la stabilité, la prospérité ou la paix. Voyez, dit-on, ils étaient aux commandes et ils ont failli. C’est déjà ce qui s’était produit au lendemain de la première guerre mondiale : la France et surtout l’Allemagne avaient alors enregistré une flambée d’antiélitisme. Dans tous les cas, ces poussées d’hostilité font le lit du populisme
 ». L’article complet est réservé aux seuls abonnés.

Parallèlement, Faïza Zerouala de Mediapart (dans sa version payante) revient sur « l’impact des origines sur la réussite scolaire » : « les clichés [sont] tenaces sur les potentiels des enfants d’origine immigrée (13 % des élèves de 15 ans selon l’OCDE) irriguent l’imaginaire collectif. Et aussi, à leur corps défendant, parfois celui de certains enseignants. Le sujet est miné, tant il touche à des tabous ».

Au sein de l’Éducation nationale, l’idée que la pédagogie pourrait contribuer à prévenir les décrochages et réduire ces fameuses inégalités sociales n’est pas neuve et continue d’alimenter les débats souvent peu constructifs sur les réseaux sociaux.

« La recherche empirique menée pendant cinq ans à Mons-en-Baroeul sur la pédagogie Freinet par Yves Reuter, didacticien du français, avec une équipe du laboratoire Théodile de l’Université de Lille a montré la possible ouverture de la didactique vers la pédagogie, mettant en évidence des conceptions différentes des disciplines, des manières différentes de les faire fonctionner et des rapports aux disciplines différents, avec comme conséquence un moindre décrochage. Il vient de livrer les conclusions de cette recherche menée sur le vécu disciplinaire des élèves comme élément de compréhension du décrochage scolaire ». Un entretien vidéo avec Yves Reuter est disponible sur le site du Centre Alain Savary.


En Vrac !

Pour terminer, je vous propose quelques liens sur la « semaine de la presse » et sur l’éducation aux médias et à l’information (EMI).

Pour la semaine de la presse, « les inscriptions des écoles et des établissements scolaires ont lieu du jeudi 5 janvier (12h) au samedi 4 février 2017 (minuit) ».

Si vous êtes intéressé par l’EMI, je vous conseille la lecture de ce dossier de veille de l’IFÉ : « EMI : partir des pratiques des élèves », « Ce Dossier de veille interroge la notion d’éducation aux médias et à l’information, et présente des travaux de recherche récents qui permettent de cerner les contours des pratiques médiatiques et informationnelles des élèves, en mettant en cause les stéréotypes associés aux générations familiarisées au numérique depuis l’enfance ».

Vous pourrez aussi consulter cet article du site Hebdo.ch. Jean-Claude Domenjoz porte un regard sur « un demi-siècle de pédagogie des médias à Genève ».

Bon week-end ( sauf pour celles et ceux qui bossent le samedi et qui devront encore patienter un tout petit peu). Philippe Watrelot (qui ne s’arrête jamais) devrait, de son côté, vous proposer son bloc-note hebdomadaire.

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