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Revue de presse du mercredi 6 décembre 2017

Spéciale enquête Pirls : Médiocrité - Hors-sujet - solutions ?

Une revue de presse presque exclusivement consacrée, à nouveau, aux suites de la publication des résultats de l’enquête Pirls sur le niveau de lecture des élèves. Un sujet traité sous tous les angles, par de très nombreux articles. Desquels il ressort que OUI, nous avons un problème avec l’apprentissage de la lecture, mais que les raisons ne sont peut-être pas aussi simplistes que d’aucuns voudraient le laisser croire. Un sujet pollué, en résumé, par des arrières pensées idéologiques qui peuvent aller parfois jusqu’à la caricature. Une revue un peu longue, espérons que vos capacités de lecture n’en seront pas altérées, ce serait le comble !


Evaluer la lecture avec une dictée quotidienne

Derrière l’absurdité apparente de la proposition du ministre (une dictée pour évaluer des insuffisances en lecture) se cache en réalité une vision très politique de l’éducation.
D’abord, un petit retour sur les faits dans Le Monde : Niveau de lecture en France : l’enquête PERLS résumée en cinq chiffres. Inutile de revenir sur le détail de cette enquête, largement couverte par Aurélie Gascon dans la revue de presse d’hier.

Réaction immédiate du ministre dans les colonnes de L’Obs, avec un titre (et un ton ironique) qui ne masque rien de l’orientation idéologique du ministre. Dictée quotidienne : Blanquer sort sa règle en fer. "Une dictée quotidienne. Et si possible à la même heure, disons 9 heures, histoire de bien commencer la journée. Et surtout qu’elle soit organisée partout, dans chaque école primaire française, à Trappes (78) comme à Saint-Cast-le-Guildo (22), à Paris-5e comme au Grand-Bornand (74). Bon, d’accord, là, on exagère, le ministre de l’Education nationale n’a pas poussé le bouchon jusqu’à demander que ce retour de la dictée quotidienne, qu’il a effectivement remise au programme, se déroule à la même heure dans toutes les écoles de France. Il n’a pas non plus réclamé le retour de la blouse pour tous, mais d’autres dans son sillage, moins malins que lui, vont s’engouffrer dans la brèche. Prenons-en le pari".

Pourquoi une réponse aussi aberrante en apparence ? Eléments de réponse sous la plume de Cécile Cornudet dans Les Echos pour qui Blanquer incarne l’autre façon de déboulonner les statues. « Il dévoile ses ambitions au moment où l’étude Pirls montre le recul des élèves Français sur la lecture . Il nomme un conseil scientifique pour « éclairer les décisions à venir », explique-t-il, avant d’insister : « L’évolution pédagogique relève d’éléments clairs que nous donnent la pratique et la science ». […] Ses prédécesseurs se sont brûlé les doigts pour moins que cela mais Jean-Michel Blanquer ose tout. Il dit aux enseignants ce qu’ils doivent faire en imposant la dictée quotidienne, il leur suggérera les manuels et reverra les programmes. Serait-ce donc la fin de la sacro-sainte « liberté pédagogique » ? Il la proclame sur le ton calme du professeur qui résout un problème. « Il faut un Pirls choc qui unisse tous les bancs de cette Assemblée, toute la société française pour réussir quelque chose qui dépasse tous nos clivages », dit-il aux députés. […] La science est-elle aux ministres de la société civile ce que le verbe et l’audace sont aux politiques ? Ce serait séduisant si la réalité n’était plus complexe.[…] Le ministre de l’Education est en train de faire ses classes pourrait-on dire, scientiste de la politique qui devra faire aussi preuve de beaucoup de pédagogie vis-à-vis des enseignants pour les convaincre qu’il ne s’agit pas seulement d’une habileté ».
Une communication très politicienne qui n’est pas du goût de l’historien Claude Lelièvre, qui remet les pendules à l’heure pour que chacun puisse efficacement séparer la réalité de la mythologie en matière de dictée. "Jules Ferry était contre la dictée tous les jours", nous rappelle-t-il dans les colonnes de L’Obs.
On notera enfin une utile synthèse (si c’est possible) de ces questions dans un article du Monde intitulé Dictée, récitation, évaluation… Les annonces de Blanquer pour l’école. "En convoquant toute la presse, mardi, dans la foulée de la publication des résultats, pour sonner la mobilisation autour de la maîtrise du français et des « fondamentaux », le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a réitéré l’exercice, s’emparant, comme ont pu le faire ses prédécesseurs, d’une enquête internationale pour légitimer son plan d’action. Un « coup de com » déconnecté des nouveaux programmes."


Le ministre « hors-sujet »

D’ailleurs, pour convaincre les enseignants (et la presse), ce n’est apparemment pas encore gagné pour le ministre.
Pour Médiapart, Blanquer répond à côté pour améliorer le performances de lecture des élèves. "il est difficile de comprendre comment Jean-Michel Blanquer a pu décider que la dictée allait résoudre les problèmes des écoliers, alors même que leur talon d’Achille n’est pas le déchiffrage des textes, mais leur compréhension globale. Lui qui connaît pourtant parfaitement le système scolaire et aime se baser sur la recherche pour prendre des décisions va à contre-courant des conclusions de celle-ci". Une opinion que résume de façon claire L’Express en titrant Une dictée par jour : « Blanquer est hors-sujet pour évaluer la lecture »


Comment améliorer les choses ?

Au-delà de la polémique politicienne, inutile à la réussite de nos élèves, plusieurs articles se penchent, de façon plus constructive, sur les raisons de la médiocrité des petits français en lecture et tentent parfois de dégager des perspectives pour améliorer les choses.
Du côté du diagnostic, on trouve dans Libération un entretien avec Dominique Bucheton, professeure honoraire de sciences du langage. « A l’école, le temps consacré à la compréhension de l’écrit est insuffisant ». D’où il ressort que les causes de ce déficit en compréhension des textes sont parfaitement identifiées. «  Les raisons sont multiples. Une grande enquête de terrain, menée récemment par Roland Goigoux [spécialiste de l’enseignement de la lecture], montre que dans les classes aujourd’hui, le temps consacré à la compréhension de l’écrit est insuffisant. Il est aussi prouvé que les enfants qui entrent le mieux dans la lecture sont aussi ceux qui pratiquent le plus l’écriture. Plus on fait écrire aux élèves de petits textes, plus ils vont progresser dans la lecture. J’en suis intimement convaincue. Mais le cœur du problème, ce ne sont pas les méthodes des enseignants, comme certains voudraient le faire croire, mais surtout leur manque de formation. Dans les écoles du professorat, les jeunes enseignants ont au mieux quelques heures de cours de syntaxe et linguistique, mais cela est dérisoire, surtout pour enseigner dans des classes aussi hétérogènes qu’aujourd’hui.

Du côté des solutions, on trouve une énième résurgence du débat (pourtant tranché par les travaux de Roland Goigoux sur la « bonne » méthode d’apprentissage de la lecture (mais peut-être que l’enquête Pirls voulait également évaluer ce que nous avons compris de la lecture du mythe de Sisyphe ?) Apprentissage de la lecture : faut-il imposer la méthode syllabique ? On trouvera dans cet article deux réponses argumentées. Celle d’une enseignante de l’école expérimentale Decroly, sans parti-pris, toute en subtilité, et celle d’un représentant du Snalc. Un débat que tranche de façon, il faut le dire, très convaincante, l’Inspecteur et syndicaliste Paul Devin sur son blog hébergé par Médiapart : Et si le ministre tirait les véritables leçons de Perls ?.
Lecture : « nous avons la pire formation au monde des maîtres d’école ». Au travers de ce titre, sans doute utilement provocateur, le linguiste Alain Bentolila pointe du doigt ce qui est assez unanimement reconnu comme la première grande difficulté de notre système éducatif : la formation des enseignants. Un sujet aux enjeux considérables, car « ce que nous révèle cette étude, ce n’est pas tant la difficulté des élèves français à déchiffrer que leur incapacité à interroger un texte, à prendre la distance propice au questionnement, à la critique. Notre société doit s’interroger sur ce sujet qui va bien plus loin que la problématique de l’échec scolaire. C’est la porte ouverte à toutes les manipulations ! »
Sur le site commun de RMC et de BFMTV, Bruno Suchaut, ancien directeur de l’Irédu, explore une autre piste, celle de la discontinuité des politiques publiques en matière d’éducation. Une analyse parfaitement résumée par le titre de l’article, « Il y a eu peu de cohérence dans nos politiques éducatives ». Un conseil qu’il serait bon de méditer avant de revenir, par effet de réaction, aux politiques qui ont produit la médiocrité révélée par l’enquête Pirls. Un risque que résume parfaitement sur Twitter, à sa façon, Michel Lussault, dans le format nerveux et expéditif qui sied si bien à ce média.
Et bien entendu, le dernier mot reviendra à ce remarquable sens de la synthèse dont sont dotés les rédacteurs d’Edukactus sur Twitter : « FLASH : Jean-Michel Blanquer annonce une chanson de Johnny Hallyday par jour dans toutes les écoles primaires ». A voir certains commentaires à ce tweet, il semblerait en effet, quoi qu’on en pense, que nous ayons bel et bien un problème avec la lecture et notamment avec l’accès au sens de ce que nous lisons.

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 541 - Les tâches complexes à la loupe

Dossier coordonné par Christophe Blanc et Florence Castincaud
décembre 2017

Depuis l’instauration du socle commun et l’incitation des enseignants à mettre en œuvre des «  tâches complexes  » dans leurs classes, on assiste à un foisonnement de propositions, personnelles et institutionnelles. Un dossier pour poursuivre la réflexion et nous aider à faire des choix pédagogiques et didactiques plus pertinents.

N° 516 - Devenir lecteur

Dossier coordonné par Jacques Crinon
octobre 2014
(uniquement en pdf)

Allons au-delà des controverses stériles et caricaturales : lire est une compétence complexe, apprendre à lire peut passer par bien des chemins, prend bien du temps, jusqu’à faire des élèves des lecteurs capables de comprendre et d’interpréter des textes de tous les genres, pour découvrir le monde comme les plaisirs esthétiques de la littérature.