Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du mercredi 36 mars 2016


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du mercredi 36 mars 2016

Offensives laïques - à droite, droite


Ca sent un peu la naphtaline aujourd’hui dans la revue de presse. Entre le retour de la ligne bleue des Vosges et des provinces perdues, du service militaire, de l’école de grand papa ... et on a inévitablement quelques articles sur l’islam.

Offensive laïque pour récupérer les provinces perdues

« En France, chaque école affiche la Charte de la laïcité. Pourtant, en Alsace et en Moselle, des heures d’enseignement religieux sont dispensées en cours élémentaire. Une pratique payée par le contribuable, et qui fait aujourd’hui débat. » C’est France Inter qui nous rappelle cette incohérence française à travers les propos de Christian Moser, enseignant à Mutzig et secrétaire général de l’Unsa-Education Alsace. L’Alsace et une partie de la Lorraine ne sont en effet pas concernées par les lois instaurant la laïcité votées pendant leur période allemande. Un collectif d’organisations laïques d’Alsace et de Moselle réclame la suppression dès la rentrée 2016 des cours de religion obligatoires dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle. La presse alsacienne nous explique les pourquoi et comment de cette « nouvelle et énième offensive contre l’enseignement obligatoire des trois religions concordataires (catholique, protestante et juive) dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle ». Un « appel a été présenté hier dans les locaux de la FCPE à Paris par le collectif d’organisation laïque d’Alsace et de Moselle représenté par Laïcité d’accord (Alsace) et le Cercle Jean Macé de Metz (Moselle). De nombreuses associations laïques affichent leur solidarité : Ligue des droits de l’Homme, FSU, Unsa, Ligue de l’enseignement. »

... et sur les établissements hors contrat ?

Pas moins de deux articles du Figaro et une chronique de RTL encore sur le « péril islamique ».
Des élus s’inquiètent de la déscolarisation d’enfants musulmans. En effet, « les blogs aidant les parents à proposer un enseignement à domicile qui “respecte strictement les préceptes islamiques” fleurissent sur Internet » nous explique Caroline Beyer dans son article.
« L’ombre des Frères musulmans plane sur les principales écoles sous contrat avec l’État », nous affirme de son côté Marie-Amélie Lombard-Latune. « Par le biais de leur branche française qu’est l’UOIF, l’emprise de l’organisation sur l’enseignement musulman est réelle.  » précise l’article réservé aux abonnés.
« Ces écoles coraniques sont dans le viseur de l’Éducation nationale » précise RTL dans un communiqué un peu fourre-tout qui commente le Figaro, mais aussi le débat sur port du voile et la prochaine loi sur la prostitution...
Ce sont ces écoles hors contrat qui inquiètent le gouvernement. « Après les attentats, une vingtaine de contrôles inopinés ont eu lieu dans des écoles soupçonnées de radicalisation. Résultat, de sérieux doutes pèsent sur une demi-douzaine d’établissements en raison de faiblesses voire de véritable pauvreté pédagogique. Si elles ne comblent pas leur lacune, ces écoles pourraient être contraintes de fermer. Le Figaro raconte aussi que la demande est de plus en plus forte, particulièrement dans les banlieues, où la classe moyenne que le journal appelle la "beurgeoisie", contraction de "beur" et "bourgeois", apprécie de pouvoir inscrire son enfant dans le privé, la majorité se réfugie dans les écoles catholiques. Les écoles musulmanes restent marginales, mais partout des projets voient le jour. »
Sur France 2, ce matin, la ministre a évoqué ces établissements privés hors-contrat : « Je suis en train de réfléchir actuellement sur ce sujet, car je me demande si n’est pas venu le temps, compte tenu des risques de radicalisation auxquels nous sommes confrontés, de passer peut-être d’un système de simple déclaration (…) à un système de contrôle a priori, c’est-à-dire d’autorisation. Nous sommes en train de travailler sur ce chantier-là. » Le Monde nous rappelle quelques chiffres à leur sujet : « Dans les écoles hors contrat, ces établissements en marge du système classique, sont scolarisés 0,4 % des élèves français, soit 56 300 élèves. Environ 800 écoles sont recensées, dont 50 de confession musulmane. Elles ne reçoivent aucune subvention de l’État et sont par conséquent payantes, mais possèdent une autonomie quant aux programmes scolaires et aux méthodes pédagogiques. »

A droite, droite

Commençons par Laurent Wauquiez qui « tend la main à Najat Vallaud-Belkacem » selon Le Dauphiné. « Laurent Wauquiez, président (LR) d’Auvergne Rhône-Alpes, avait fait de la sécurité dans les lycées un cheval de bataille de sa campagne électorale. Sa volonté d’équiper en portiques un premier établissement à Moirans (Isère) a été diversement reçue par la communauté enseignante et la ministre de l’Éducation nationale », il précise sa politique dans une interview donnée au quotidien régional.

Dans Le Huffington Post, c’est Jean-Paul Mongin, philosophe et délégué général de SOS Éducation, qui revient sur le colloque de la Fondation Espérance Banlieues, rassemblant des personnalités comme Laurent Bigorgne, Jean-Louis Borloo, Alexandre Jardin ou Natacha Polony, qui s’est tenu à Paris en présence de parlementaires des "Républicains". Il l’a trouvé stimulant. Un modèle bien réactionnaire mis en avant par des intervenants qui, pour la plupart, ne le sont pas moins, une critique de l’école publique, ça ne nous étonnera pas ! Il en profite pour mettre la pression sur le parti de droite dans cet article intitulé Éducation : Les Républicains regardent passer le train : «  L’incapacité des responsables politiques à innover, à s’appuyer sur les études internationales et à repenser les modèles obsolètes sur lesquels dysfonctionne notre société trouve une regrettable illustration dans la convention qui se tient aujourd’hui au siège des Républicains sur la question de l’éducation. »

Venons-en à cette convention. Nicolas Sarkozy y est intervenu en développant sa « pensée » et ses propositions présentées dans le Figaro du jour et sur sa page Facebook.
Sur son blog, Philipppe Watrelot écrivait il y a quelques jours « J’invite tous ceux qui pensent que l’École d’hier est celle de demain et que l’innovation ne sert qu’à masquer l’incompétence, à me rejoindre ! ». Mais c’était un poisson d’avril. Et bien là, l’autre ex-président, écrit la même chose... mais pas pour rire !

Morceaux choisis :
« L’école que chacun rêve de voir sanctuarisée a été transformée imperceptiblement en un lieu d’expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont en réalité les cobayes. [...]
Tout ce qui peut rappeler ce qu’a été la France se retrouve désormais noyé dans un verbiage insensé. En Histoire, les grandes figures qui structurent la mémoire nationale ont été soigneusement gommées et un universalisme éthéré est venu remplacer le récit national.[...]
De tout cela, la gauche ne veut plus entendre parler : la culture classique serait l’apanage d’une élite ; les langues anciennes, le creuset de cet élitisme ; et l’Histoire, un dangereux ferment du nationalisme. On ne voudrait plus d’une école où l’on apprend et qui élève mais d’une école où l’on lutte contre les “méfaits” de la société et où l’on demande à des enfants de répondre aux angoisses politiques et aux projections des adultes. Désormais, l’école n’est plus chargée de transmettre des savoirs et de former des esprits - nos pédagogues ont décidé que l’élève devait construire lui-même son savoir - mais de promouvoir des “activités ludiques et citoyennes” !
 »
Il a aussi annoncé vouloir rebaptiser le ministère en ministère de l’Instruction publique. Pour les blouses et l’encre violette, on attendra.
Un discours qui doit gêner certains qui se revendiquent de gauche tout en tenant ces mêmes propos et en défendant cette même vision de l’école.
Dans la foulée, Nicolas Sarkozy a promis de revenir sur la réforme des rythmes scolaires et sur celle du collège. Voilà qui doit contrarier ceux qui nous assènent depuis des mois que ce sont des réformes de droite.

Derrière des propositions farfelues : bloquer en CP tout enfant qui ne « sait pas lire » (jusqu’à quel âge ?), envoyer les décrocheurs à l’armée. (Ah, Cabu, tu nous manques !), ce discours doit nous interroger. Son contenu est bien entendu caricatural mais il apparaîtra à certains comme de bon sens (vous savez ce bon sens qui veut que le soleil tourne autour de la terre). Un discours habile qui se veut de bon sens, ça nous rappelle un autre parti non ? Qui fait d’ailleurs les mêmes propositions en matière éducative, pardon instructive. Il va falloir expliquer, expliciter encore et toujours pour éviter le pire.
A commencer par les nombreuses contradictions qui traversent ce texte :
- on va surement pouvoir faire « de l’école un lieu où l’on intériorise la règle sociale et où chacun apprend à devenir un citoyen, c’est-à-dire un individu suffisamment libre, éclairé et responsable pour participer à la vie démocratique », en la fermant au monde extérieur...
- on se demande comment l’école d’aujourd’hui peut avoir « décidé que l’élève devait construire lui-même son savoir » avec des « manuels scolaires(qui) se transforment en livres de catéchisme » !
- « L’école de la République n’appartient ni aux pédagogues, ni aux sociologues, ni aux idéologues (..) elle est un bien commun qu’il convient de rendre, au plus vite, à la nation », et pour cela le meilleur moyen est de « confier l’approbation finale (des programmes) à l’Institut de France et donc aux académies. » qui sont, comme chacun sait, l’émanation la plus démocratique de la nation !
- l’Éducation nationale voudrait que les profs se transforment en animateurs d’activités ludiques et citoyennes (ou que l’école promeuve les activités susdites), les manuels sont des catéchismes ? L’EN voudrait donc que les profs se transforment en curés ? Mais ... ça tombe plutôt bien non ? Rappelez-vous, qui trouvait que les instituteurs ne pourraient jamais remplacer les curés ?
- « Aujourd’hui, la présence des enseignants dans les établissements ne peut plus se limiter aux seules heures de cours. C’est à eux et non à des « animateurs » sans formation ni légitimité qu’il revient d’organiser le temps scolaire » Formation ? Formation ? Mais... qui a supprimé celles des enseignants il y a quelques années ?
- Suppression des EPI pour enseigner le français. Parce que les EPI, c’est en quelle langue ? On y apprend à maîtriser quelle langue ? On acquiert du vocabulaire, des capacités à argumenter, on se forme à et dans quelle langue ? Non, mais bien sûr, le français, c’est pas la littérature (La princesse de Clèves, vous n’y pensez pas !) c’est l’orthographe et la conjugaison. C’est l’argumentation aussi ?

Bref, Sarko souffle sur les braises... ça a rappelé à un crapiste cette chanson de la fin des années 80.
De quoi méditer.

JPEG - 138.1 ko
Sarko et les 3 piliers de l’Education (Instruction) par Jimo

Laurent Fillion (avec l’aide des intervenants de la liste de discussion qui se reconnaitront)


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Pédagogie : des utopies à la réalité
Revue n°525 - decembre 2015
Qu’est-ce qui fait qu’un enseignant, un éducateur, sort des sentiers battus et s’avance sur les chemins de l’expérimentation et de l’innovation ? Qu’est-ce qui le met, l’a mis en mouvement ? Quels sont les utopies, les projets, les rêves, les modèles peut-être qui font entrer dans un collectif, un mouvement pédagogique ?