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Revue de presse du mercredi 29 avril

ça s’empire - ça sent pire - l’ajournée de la jupe


Vous aviez rêvé d’une revue de presse sans articles consacrés à la réforme du collège et aux futurs programmes d’histoire ? Faudra attendre ! Ou passer directement à la troisième rubrique.

Commentaires sur la réforme du collège : ça s’empire

Le sujet n’en finit pas d’occuper les médias...
La ligue des justiciers de l’école élitiste continue de se mobiliser. Sur Slate.fr, Laurent Bouvet se prend pour Finkielkraut ou Madame Soleil en affirmant que « la réforme du collège renforce les inégalités sociales, pas le niveau moyen des élèves ». Il s’autorise au passage un gros mensonge laissant croire que le privé n’est pas concerné par cette réforme.
Dans l’Express, Christophe Barbier a au moins le mérite d’être franc : s’il combat la réforme du collège c’est pour défendre les formes d’élitisme du système actuel. Pour lui il convient de « n’envoyer vers le haut que ceux qui le méritent ». Voilà qui est clair. Il précise que « la gauche française s’enlise [...] aujourd’hui dans une nouvelle querelle scolaire, parce qu’une sémillante ministre s’est mis en tête de réduire encore la place des langues dites mortes et de supprimer la spécificité des classes bilangues, refuge des meilleurs élèves et sanctuaire des derniers germanistes. Le fiasco est déjà consommé : même si la réforme du collège est appliquée, les enseignants concernés assureront son sabotage, tandis que les parents et les élèves appliqueront leur habituelle résistance, à savoir la fuite. » Voilà qui contredit au passage certains arguments avancés par d’autres "anti-réforme" qui nous jurent que ces options ne sont pas des filières élitistes. Notons une conclusion bien sexiste dans la lignée de ce qui s’apparente de plus en plus à un "NVB bashing" qualifiée ici de « ministre bouton de rose. En latin : rosula. ? ».
Toujours dans l’Express, mais plus mesurée, Frédérique Rolet secrétaire générale du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) décrit « une réforme du collège trompeuse et dangereuse ».
Comme pour lui répondre, on lira avec intérêt sur le site des Cahiers Pédagogiques un entretien avec François Dubet pour qui c’est « une réforme qui renouvelle et valorise le métier d’enseignant » mais qui a aussi des vertus pédagogiques « Par le jeu des options, des modules et des EPI, le projet permet de répondre aux besoins et aux demandes des élèves : les plus faibles qui seront aidés, et les meilleurs qui pourront renforcer leurs compétences sans que ceci nuise aux autres comme c’est le cas dans les classes de niveau et dans l’adhésion aux programmes tels qu’ils sont encore. Cette formule permettrait, à la fois, de scolariser tous les élèves ensemble, et de répondre de manière plus souple à leur diversité, sans jamais les séparer radicalement. Cette formule n’effacera pas les inégalités, mais elle permettra de moins séparer les élèves et de redonner un peu d’intérêt aux apprentissages. Elle peut être moins injuste et plus efficace tout en favorisant un bon climat scolaire. »
Du côté des partisans également, Claire Nunn sur son blog nous invite à « chercher l’erreur. [...] je ne comprends pas tant de polémiques, tant d’enseignants qui s’élèvent contre cette réforme au moment où elle devient une urgence. Cherchez l’erreur ! Chercher l’erreur ? C’est peut-être ça le souci : les enseignants sont tellement conditionnés à chercher l’erreur, habitués à souligner la « faute » , qu’ils ne peuvent sortir de ce schéma, de cette structure tellement profondément ancrée…
Cette réforme vise à chercher la réussite : c’est le choc de deux mondes !
 »
Parmi les articles sérieux sur la question signalons cet article des décodeurs sur LeMonde.fr qui répond avec rigueur et sans polémique à la question « Le latin et le grec vont-ils vraiment disparaître du collège ? ».

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Invectives sur les réseaux sociaux, par Geneviève Brassaud

Côté polémique, Marie-Estelle Pech s’intéresse dans le Figaro aux profs qui « s’invectivent sur les réseaux sociaux » autour de ce projet de réforme. On peut s’étonner que cela fasse un sujet en soi...
Notre taulier revient sur ce climat malsain dans un joli billet intitulé « Collègues malgré tout » qui commence ainsi « Faites l’expérience... Face à un collègue qui pérore en salle des profs en prenant tout le monde à témoin sur le "niveau-qui-baisse" ou les "pédagogos" et qui pense qu’il exprime un avis partagé par tous, dites simplement “je ne suis pas d’accord avec toi" ou mieux encore "tes propos me choquent".
Vous verrez son étonnement et sa difficulté à admettre que son avis ne puisse pas être partagé par tous.
 »

Commentaires sur les programmes d’histoire : ça sent pire

Ce sujet n’en finit pas de nous offrir le pire et un peu de meilleur
Sur Atlantico Dimitri Casali ose « Histoire, la grande braderie : comment les nouveaux programmes scolaires préparent les guerres civiles françaises de demain » En cause l’enseignement obligatoire des débuts de l’islam imposé par une « ministre, qui est supposé être une personne intelligente » Ne cherchez bien évidemment pas dans l’article les passages qui préciseraient que ça a toujours été le cas et que les débuts du judaïsme et du christianisme sont eux aussi des sujets d’étude obligatoires.
Pas plus d’honnêteté chez Bruno Roger-Petit dans Challenges qui se permet « Dieudonné ou Voltaire au collège, Najat Vallaud-Belkacem doit choisir ». Là aussi mensonge quand il affirme par exemple « Notons bien la formule clé : « C’est le professeur qui choisira, en fonction de l’intérêt des élèves ». Mais de quel intérêt s’agit-il ? L’intérêt des élèves en attente de connaissances qui émancipent ? Où l’intérêt des élèves selon leurs croyances et attirances ? ». [le texte du programme précise "seront traité au choix de l’enseignant"NDLR] et propos démesurés voire outranciers « Après les découvertes successives de la disparition programmée du latin et du grec, la fin des classes bilangues, l’obligation d’enseigner les débuts de l’Islam au détriment de l’histoire de la Chrétienté médiévale, voici que l’on découvre que l’enseignement de l’apport historique de la philosophie des Lumières est, lui aussi, relégué au rang d’enseignement facultatif. [...] Najat Vallaud-Belkacem et le Conseil supérieur des programmes jouent une bien étrange partie. En effaçant Voltaire, on permet à Dieudonné de prospérer. C’est un fait. Et sous prétexte de préserver la susceptibilité et la sensibilité des élèves issus de milieux sociaux moins favorisés que d’autres, car là est la réalité de cette réforme, on ne les émancipe pas, on les livre à tous les Dieudonné que produit l’époque. En vérité, ce choix est d’une violence sociale et culturelle de rare intensité. »
Que cherchent donc tous ces éditorialistes incapables de lire un texte qu’ils commentent en jouant ainsi sur les peurs ?
Sur son blog Alchimie du collège, Mara Goyet, très en verve aujourd’hui, répond avec beaucoup d’humour à l’un d’entre eux, Régis Debray qui avait hier sur France Inter, repris la formule d’un autre polémiste en parlant "pédagogie Nutella" et rétablit quelques vérités sur ce programme d’histoire.
Bernard Girard nous propose sur Rue 89 un bêtisier de tout ce qui a été écrit sur la question ces derniers jours. Savoureux. Mais il s’inquiète à juste titre « Dans ces conditions, le communiqué de Najat Vallaud-Belkacem sur l’éventualité d’une réécriture des programmes ne manque pas d’ambiguïité, surtout lorsqu’elle se croit obligée d’insister sur “ l’enjeu essentiel de la transmission de notre histoire commune ”. »
Emmanuel Grange est lui aussi inquiet et en colère sur le Web Pédagogique. Il se « dit atterré par l’angle choisi (la polémique, rien que la polémique) et le manque de sérieux du journaliste comme de ‘l’expert’. » Nous sommes nombreux à l’être, notamment par les sous-entendus qui laissent croire que la ministre veuille imposer l’islam au collège.
Un conseil à Christine Boutin : si un jour elle devient ministre de l’Education Nationale, il conviendra de retirer des programmes d’histoire l’étude du christianisme. Sinon ça paraîtra suspect aux yeux de bon nombre de commentateurs...

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Voltaire ou Dieudonné, photomontage de Geneviève Brassaud

L’ajournée de la jupe

Comme le monde éducatif était en manque de polémiques il a fallu qu’on ait la bonne idée de nous ressortir la question du port des signes religieux ostentatoires (ou pas).
Libération nous raconte l’Affaire : « Une élève de Charleville-Mézière a été exclue des cours pour le port d’une jupe considérée comme islamiquement trop visible. [...] D’après les révélations, mardi matin, du quotidien local l’Ardennais, Sarah, une jeune collégienne de 15 ans, a donc écopé de deux journées d’exclusion, le 16 et le 25 avril, pour le port d’un vêtement trop peu… laïque. »
Et dire que chez moi on sanctionne les filles quand elles portent une jupe trop courte (trop laïque alors ?)
Le Monde nous donne la version des services académiques :«  « plusieurs jeunes filles », dont Sarah, se seraient présentées au collège vêtues de jupes longues, en réaction à un incident récent lié à l’interdiction du port du voile au sein de l’établissement. C’est cette « provocation assumée » qui aurait motivé la décision de toute l’équipe éducative »
On trouvera par contre dans Le + du Nouvel Obs le témoignage de la mère de la jeune fille :« Le 24 avril, nous avons reçu un courrier de la directrice du collège qui déclare : "Votre fille n’a pas été acceptée en classe parce qu’elle portait des signes ostentatoires d’appartenance religieuse. La loi sur la laïcité à l’école interdit ce port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse." La lettre parle d’une "jupe dont le caractère religieux est manifeste". Plus loin, il est précisé que ma fille risque une exclusion définitive si elle "ne rectifie pas sa tenue vestimentaire". »
L’Affaire a fait grand bruit sur les réseaux sociaux et a même traversé la manche puisque The Gardian titrait hier « French Muslim student banned from school for wearing long black skirt »

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La longueur de la jupe, dessin de Jimo

Demain vous retrouverez la chaisière du Jura aux commandes de la revue de presse, Géraldine Duboz, pour évoquer -qui sait- des articles sur la réforme du collège et des programmes...

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Qu’est-ce qui fait changer l’école ?
Revue n°449 - janvier 2007
Mesures institutionnelles, changements mis en œuvre par des individus et des collectifs, innovations qui se diffusent, ou s’étiolent : l’école change, par tous les bouts ! Dans ce numéro, un deuxième dossier fait le point sur l’école au Québec, et en particulier la réforme des programmes centrés sur l’approche par compétences.

Enseigner en histoire-géographie avec le numérique
Hors-série n°37 - octobre 2014
Publication disponible uniquement au format numérique (PDF - epub), en téléchargement depuis notre site.
Dossier coordonné par Laurent Fillion et Olivier Quinet

Apprendre l’Histoire
Revue n°471 - mars 2009
Un dossier qui propose de nombreux récits de pratique et des réflexions pour aider les élèves à mieux apprendre l’Histoire, pour mieux se situer dans le temps du XXIème siècle.

Faire vivre une morale laïque
Hors-série n°30 - avril 2013
Publication disponible uniquement au format numérique (PDF - epub), en téléchargement depuis notre site.
Une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école , en contribution à la réflexion en cours sur une « morale laïque ».

Morale, laïcité et éthique à l’école, ici et ailleurs
Hors-série n°Cahiers d’Éducation & Devenir n° 20 - decembre 2013
Morale, ou plutôt éthique ? Quelle laïcité dans l’école de la République ? L’enseignement de ces notions a contribué à la constitution de la citoyenneté française ; mais dans les moments de tensions, elles sont souvent instrumentalisées. Comment garantir la neutralité des principes d’action et de jugement, les transmettre à tous les élèves ?