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Revue de presse du mercredi 28 septembre 2016

Inégalités (suite) - roman national (suite) - débat douloureux


La presse du jour revient encore sur le rapport dénonçant les inégalités de notre système scolaire. Elle revient aussi sur la question de l’instrumentalisation de l’enseignement de l’histoire qui s’est invitée dans la campagne électorale (qui commence bien mal).

Inégalités des analyses des inégalités

Le rapport du CNESCO sur les inégalités de notre système scolaire continue de susciter articles et commentaires dans la presse. On regrettera que nombreux sont ceux qui le présentent bien mal ou de manière très raccourcie.
Sur Mediapart Faïza Zerouala nous en propose un compte-rendu rigoureux et complet. « L’école française amplifie les inégalités créées par elle-même. C’est en substance le constat livré par près de quarante chercheurs, sociologues, didacticiens ou encore économistes, français et étrangers, mobilisés deux ans durant pour questionner la réalité de l’égalité des chances dans un rapport de vingt-deux contributions intitulé : « Comment l’école amplifie-t-elle les inégalités sociales et migratoires ? » [...] Ce rapport démonte point par point les errements du système et essaie d’expliquer l’échec de l’enseignement prioritaire, sur lequel se sont appuyés les gouvernements successifs et dont le bilan est largement contrasté. Le constat est sans appel : ces politiques ont été inefficaces. »
Jérôme Saltet, co-fondateur du groupe Play Bac, porteur d’un collège innovant à Mantes-la-Jolie, analyse lui aussi ce rapport publié mardi, qui « épingle sévèrement les ZEP » selon Europe 1.
Sur le site The conversation, c’est l’avis éclairé de Charles Hadji que nous trouvons en focalisant son propos sur les ségrégations qui sont à la fois causes et conséquences de l’absence de réussite scolaire.
« À l’heure où l’on s’interroge fébrilement sur l’identité française, cette question mérite un examen serein. Nous proposons de le conduire en posant successivement trois questions : quels sont les faits significatifs ? Comment les interpréter ? Que faire pour remédier à la situation ?
Ne faudrait-il pas inverser l’ordre des causes : c’est la séparation ethnique et sociale qui produit le système scolaire tel qu’il est ! Comment pourrait-on exiger d’un système scolaire qu’il corrigeât les inégalités préexistantes, qui vont peser fortement sur son fonctionnement ? Les inégalités sociales déterminent fortement les inégalités (de résultats) scolaires, qui se traduisent à leur tour en inégalités sociales. L’école est alors à la fois victime, et acteur, du déterminisme social. Que lui est-il, dans ces conditions, vraiment possible de faire ?
Il nous faut considérer l’école comme une institution médiatrice entre une société actuelle fortement ségréguée (ségrégation économique, sociale, culturelle, territoriale), et une société pour laquelle on aspire à une réelle mixité sociale et ethnique, synonyme d’égalité et de justice. Trois niveaux d’action sont envisageables.
Reste enfin ce qui appartient en propre à l’école, à savoir ce qui relève du travail pédagogique. Une série de mesures – souvent, il faut le reconnaître, à la limite de l’organisationnel – peuvent être envisagées : meilleure formation des enseignants ; concentration des efforts sur les débuts de la scolarité et lutte précoce contre les inégalités d’apprentissage ; autonomie des établissements ; soutien scolaire ; réduction ciblée des effectifs ; différenciation pédagogique tenant compte, aussi, des origines ; évaluation formative.
Donnons au moins aux enseignants la liberté d’imaginer, et l’occasion d’expérimenter. La réforme des collèges peut y contribuer.
Le problème est que l’école ne peut proposer que des remèdes scolaires. S’ils sont indispensables pour une meilleure réussite de tous les élèves, ils ne peuvent résoudre le problème de l’intégration sociale
. »
Sur Slate.fr, Louise Tourret combat encore davantage ce déterminisme rampant en écrivant « la relation entre pauvreté et difficultés scolaires varie selon les pays (sinon, nous ne serions pas derniers en la matière) et même si les enfants de milieux populaires réussissent moins bien aujourd’hui, le plus grave serait de penser qu’ils sont voués à l’échec. En gros, se mettre à penser que dans la difficulté scolaire, la pauvreté est une cause, puisque c’est finalement ce qu’on finit par entendre, c’est faire peu de cas des possibilités intellectuelles et des capacités de réussir de tous les enfants. C’est naturaliser la difficulté comme une donnée sociale (et peut-être s’empêcher de voir que des solutions existent) ». C’est dit, et bien dit !

Bientôt prof de roman national ?

Dans l’Humanité, Laurence De Cock revient sur les propos de N. Sarkozy sur le roman national et les Gaulois et ceux de F. Fillon réclamant le retour d’un récit patriotique à l’école. Elle rappelle que « l’école n’est pas le lieu de la mystification mais de l’apprentissage d’une citoyenneté critique ».
On peut légitimement penser que Jean-Luc Mélenchon lira l’Huma et donc ces propos. De quoi peut-être revoir son avis sur la question. En effet, selon le JDD qui rapporte ses propos tenus à Boulogne sur Mer, ce dernier semble lui aussi attiré par une instrumentalisation de l’enseignement de l’histoire. "Pourquoi faudrait-il aboyer en cadence, quoi qu’il dise ?", a déclaré l’eurodéputé « "Moi je ne veux pas d’une ethnicisation gauloise du débat. Mais oui, je dis que nous sommes les filles et les fils des Lumières et de la grande Révolution ! A partir du moment où l’on est français, on adopte le récit national", explique Mélenchon [qui a] a toutefois admis que "vu de l’extérieur, on doit apparaître un peu bizarre" à mener ce type de débats. »
Anne-Aël Durand décode pour Le Monde ces notions de roman et récit nationaux, en revenant sur les courants historiographiques et les politiques qui les ont adoptées ou combattues.

Un autre regard

Hier soir, France 3 nous a proposé le téléfilm "Manon treize ans pour toujours". Sujet douloureux du harcèlement à l’école et surtout du suicide d’une adolescente, d’une enfant. Les enseignants du collège en question ont ressenti le besoin de donner leur version des faits devant le traitement médiatique univoque de cette douloureuse affaire. On lira leurs propos sur ce blog.

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Ecole et milieux populaires
Revue n°520 - mars 2015
Le mythe de l’égalité républicaine, nous n’y croyons plus trop, nous savons bien que certains élèves «  sont plus égaux que d’autres  ». Nous ne sommes pas naïfs. Mais pour la plupart, enseignants et acteurs de l’éducation, nous pensons travailler à la promotion de tous et souhaitons souvent pouvoir «  compenser  » les inégalités.

Apprendre l’Histoire
Revue n°471 - mars 2009
Un dossier qui propose de nombreux récits de pratique et des réflexions pour aider les élèves à mieux apprendre l’Histoire, pour mieux se situer dans le temps du XXIème siècle.