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Revue de presse du mercredi 25 juin 2014

Evaluation et notation — Des particularités françaises — Evolution des métiers — Orientation — Formation professionnelle


A peine la presse se lance-t-elle à la poursuite du consensus sur l’évaluation qu’un nouveau thème apparaît, celui de la particularité du métier de l’enseignant français. Et ça tombe bien, on s’interrogera sur l’évolution des métiers de l’éducation, sur l’orientation et la formation professionnelle.


Evaluation et notation

Le site du ministère propose une page spéciale Lancement de la conférence nationale sur l’évaluation des élèves pour prendre connaissance du calendrier et de l’organisation, conférence annoncée et présentée hier par le ministre B. Hamon. La revue d’hier, par Laurent Fillon, a relevé les nombreux articles. Et la presse d’aujourd’hui enfle sa production sur ce sujet, chaud-chaud, comme disait Laurent.

Ouest-France : Éducation. Hamon veut en finir avec les notes qui briment.

Le Figaro dans un article réservé aux abonnés : Éducation : à quoi ressemble « l’évaluation positive » ? fait état des expériences menées ça et là dans ce domaine. Mais il ménage également ses lecteurs et donne la parole à Alain Bentolila : En finir avec les notes à l’école : halte à la complaisance ! Celui-ci écrit : “Nos enfants seraient donc maltraités, terrorisés, contraints à des épreuves épuisantes et à une sélection traumatisante. Bien entendu, il n’en est rien ! Mais cette récente tendance à dénoncer le caractère tyrannique de notre éducation est dans la droite ligne de l’idée selon laquelle le plaisir d’apprendre serait la clé de tout apprentissage. Toute exigence, toute évaluation quantifiée étant par contre synonyme d’une intolérable stigmatisation des plus faibles et des plus fragiles. Supprimons donc les notes et nous réglerons le problème de l’échec scolaire et du désenchantement qui touche une bonne part des élèves !
La Croix interroge Pierre Merle : « il faut faire évoluer le système de notation à l’école ». “En réalité, la France pratique une notation conçue à des fins de hiérarchie et qui ne permet pas aux élèves de savoir s’ils ont ou non progressé. La logique est celle du concours, alors que la classe devrait être avant tout un lieu d’apprentissage.La Croix lui pose la question “Le ministère a-t-il les moyens d’imposer aux professeurs d’autres méthodes d’évaluation ?” et il répond : “ S’il veut faire évoluer l’évaluation – et, partant, les façons d’enseigner –, il doit rendre mieux applicable le socle commun et fournir un effort de formation, initiale comme continue. Beaucoup de professeurs semblent prêts à s’engager dans cette voie.

Gérald Roux décortique les déclarations d’Eric Ciotti dit-il vrai sur l’Education et le niveau des élèves français ? Je vous laisse le plaisir d’en prendre connaissance par vous même...

Sandrine Chesnel dans l’Express présente : Smileys, code couleurs : comment les profs évaluent (déjà) sans notes. “Les notes n’ont plus la cote. Le ministre de l’Education nationale a lancé ce mardi une conférence nationale sur les méthodes d’évaluation. Pour le ministre, la note chiffrée sur 20, ne doit plus être "l’unique étalon". Une déclaration qui pourrait sembler quasi-révolutionnaire de la part d’un ministre de l’Education nationale français. Sauf que, sur le terrain, la sacro-sainte note "sur 20" vacille déjà depuis plusieurs années. Si dans le secondaire, mis à part quelques expériences ici ou là, elle reste la mesure incontournable de la réussite d’un élève, dans le primaire, à l’inverse, elle tend à disparaître et pas seulement dans les établissements à pédagogies innovantes. En lieu et place de la note sont apparus des système d’évaluation qui surprennent parfois les néo-parents. Au hit-parade de ces alternatives à la note, les smileys et les codes couleurs se taillent la part du lion.

Même le site Boursorama s’y met : Comment évaluer les élèves ? Benoît Hamon lance un débat qui "passionne".

Le Café pédagogique propose un dossier avec notamment deux articles. Un premier article, signé par Jeanne-Claire Fumet, Évaluation : La révolution sans crise de nerfs ? présente la position du ministère. Le deuxième est l’édito signé François Jarraud, Evaluation : Pourquoi la changer et comment ? Evoque le principe de la patate chaude : “Enfin, ce qui manque a la démarche ministérielle c’est de poser le pourquoi. Pourquoi faudrait il changer l’évaluation ? Pourquoi faut-il changer les rythmes scolaires ? Benoit Hamon répond que c’est pour lutter contre les inégalités sociales à l’école. Voilà un sujet qui relève du pouvoir politique. Voilà un cap pour l’Ecole. Que le ministre s’en empare vraiment. Que son ministère s’organise vraiment pour lutter contre elles. Que la formule "priorité au primaire" par exemple prenne sens. Que l’éducation prioritaire le soit vraiment. C’est le préalable politique au reste. A défaut, il est à craindre que l’action ministérielle ne fasse que jeter le discrédit sur le métier d’enseignant, diminuer encore la confiance dans l’institution et bloquer les évolutions nécessaires.

Dans Évaluer n’est pas noter, Educpros rappelle quelques articles sur le lycée professionnel Corbon à Paris qui a testé en 2013-2013 la classe sans notes.
Et si on recopiait la circulaire »Edgar Faure » du 6 janvier 1969 sur les notes ? se demande Claude Lelièvre. Il propose des extraits des attendus de cette circulaire. J’attire l’attention sur la dernière phrase : “Ces modalités techniques de notation – pour lesquelles il n’existe pas de formule unique qu’il conviendrait d’imposer – ne doivent pas faire oublier la préoccupation essentielle : ramener la note à son rôle utile sans avoir à le payer par trop d’inconvénients ».” Mais qu’elle est donc son utilité ? Hier, il avait proposé sur son blog de Médiapart Des évolutions de notation difficiles. Les commentaires se sont emballés, et il y répond. A lire.

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Dessin : Fabien Crégut

Pour terminer, pour aujourd’hui, on lira avec intérêt un article publié par le Café pédagogique, assez surprenant : Education : Il n’y a pas de fatalité sociale. “La grande leçon de Londres c’est que les choses se jouent au primaire. c’est là que s’installe la réussite des jeunes Londoniens des milieux populaires. L’étude met en avant un programme local de soutien aux élèves. Il écarte au passage la mise en concurrence des écoles : pour l’IFS cela aurait peu d’impact sur la réussite scolaire.
La qualité des enseignants est un facteur déterminant mis en évidence par l’étude. Les professeurs londoniens sont plus jeunes que la moyenne nationale. Ils sont aussi probablement meilleurs. Cette qualité tient au salaire. Un professeur londonien gagne nettement mieux sa vie que ses homologues du reste du pays.
” Article à mettre en liaison avec l’enquête Talis présentée ci-dessous.

Suite à la colère des lycéens et à la pétition, “Le Ministère de l’Éducation a dû revoir ses calculs. Les maths vont être notées non pas sur 20 mais sur 24. Le barème a aussi été réajusté pour l’épreuve de physique-chimie.” (voir Bac S : un nouveau barème pour les maths et la physique-chimie).

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Des particularités françaises

L’enquête Talis 2013 est présentée en détail dans un spécial expresso du Café pédagogique : OCDE : L’urgence de valoriser les enseignants français. Ces quelques extraits ne doivent pas vous empêcher d’aller faire la lecture de l’article.
L’enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) interroge directement le coeur des systèmes éducatifs des pays membres de l’OCDE. Pour la première fois, la France y participe. Portant sur le vécu, les pratiques et la formation des enseignants elle met en lumière les particularités du système éducatif français. Avec une évidence : les enseignants français ne se sentent pas valorisés. Pourquoi ? Quel rapport cela entretient-il avec leurs pratiques pédagogiques ? Il est temps de sortir les professeurs français de leur isolement.
Travaillant environ 38 heures hebdomadaires, l’enseignant français se singularise dans l’exercice du métier. Il consacre plus de temps que la moyenne à rétablir l’ordre dans sa classe. 16% du temps de classe y passe en moyenne contre 13% dans l’Ocde. L’enseignant français est moins pris par les relations avec les parents ou les taches administratives. Mais il consacre plus de temps aux préparations et surtout à la correction des copies.
C’est que le métier d’enseignant français est aussi bien particulier. Le professeur français est celui qui s’estime le moins bien formé sur le plan pédagogique.

Beaucoup moins que les autres, ils donnent des travaux différenciés aux élèves ou font travailler les élèves en petits groupes. Ces singularités renvoient directement aux résultats du système éducatif. Les deux derniers points par exemple ont à voir avec les fortes inégalités de réussite à l’Ecole.
Les enseignants de l’Ocde sont appuyés et évalués par des acteurs différents de la communauté, généralement présents dans l’établissement. L’enseignant français est seul. L’aide et l’évaluation qu’il peut attendre viennent toujours de l’extérieur de l’établissement.
“"Les enseignants français ne sont pas responsables des inégalités sociales de réussite scolaire, qui sont particulièrement grandes en France. Ils ne sont pas responsables de l’échec scolaire", nous a dit Eric Charbonnier de la direction de l’éducation de l’Ocde. "C’est le système éducatif qui les génère. Les pays qui ont une bonne valorisation du métier d’enseignant sont ceux qui ont de bonnes performances dans Pisa. Il faut lier les deux". “ Peut-être, mais je crois également que ce sont les pays qui donnent à leur système scolaire un objectif de réussite de tous les élèves et non pas un objectif de sélection et de hiérarchisation...
Pour Eric Charbonnier, le débat qui est lancé sur l’évaluation en France est une erreur. "Cela ne va pas valoriser les enseignants. Ça remet en question leur autorité" et ça évite la réflexion sur les modes d’évaluation..

Libération propose également un compte rendu de l’enquête : Les enseignants français peu valorisés et en mal de formation. Nous relevons simplement : “A Singapour, les inspecteurs ont presque disparu du système d’évaluation. Ce sont principalement les tuteurs et les membres de l’équipe de direction de l’établissement qui s’en chargent. Un exemple qu’Eric Charbonnier appelle à prendre en France, d’autant plus que ces évolutions ont un impact positif, notamment sur la confiance en soi, sur la satisfaction personnelle et sur la motivation des enseignants.

Le Parisien titre : Education : les profs français s’estiment mal formés à la pédagogie. Et dans le Monde, sous un titre provocateur « Dans les soirées, je ne parle pas de ma profession d’enseignant », Mattea Battaglia présente des témoignages d’enseignants français.


Evolution des métiers

Et tout d’abord une info qui n’avait pas été relevée par mes petits camarades : Psychologues de l’Éducation nationale : on avance enfin !. Le ministère propose enfin de créer un corps unique de psychologues de la maternelle au supérieur regroupant psychologues « scolaires » et COPsy.

Par Catherine Chabrun de l’ICEM L’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM-Pédagogie Freinet) présente Douze propositions pour l’école. Pas inutile d’en prendre connaissance dans les débats actuels. Mais cela suppose un profond changement de métier...
Le Figaro signale : France 2025 : la nécessité d’investir massivement dans l’éducation. “Le rapport Pisani-Ferry du commissariat général à la stratégie et à la prospective, rebaptisé il y a moins d’une semaine « France stratégie », insiste sur la nécessité d’investir massivement dans l’éducation au sens large.

La formule magique de l’innovation en Europe : retour à la dictature scolaire ?En Europe, des écoles avant-gardistes en entrepreneuriat et innovation développent de grands espaces de libertés pour leurs élèves, des espaces ouverts au développement personnel, permettant un apprentissage ludique par des pédagogies innovantes.” “Ce qui caractérise ces écoles, c’est une transparence totale dans l’espace, les contenus et les échanges, un apprentissage par l’expérience et la passion, et l’abandon des rôles classiques professeur/élève.” “... les écoles de tradition ancienne. La discipline, le cadre et le respect des règles y règnent. Paradoxalement, dans ces systèmes rigides et stricts, les élèves sont poussés à trouver des niches, contourner les règles et se créer des espaces de liberté pour respirer. Ils apprennent de fait à s’adapter dans tous les circonstances – pour survivre.” D’où la recherche d’un équilibre, sans doute pas évident à trouver, entre ces deux démarches. A mettre en rapport avec les débats autour de France Business School.

Le Figaro rend compte d’une enquête Laureate international, et nous apprend que Plus de la moitié des étudiants veulent des cours... la nuit. “7 étudiants sur 10 imaginent aussi un basculement de l’apprentissage : on n’apprendrait plus une matière, mais plutôt des compétences directement applicables dans le monde du travail. Plus de 60 % des sondés pensent d’ailleurs que les cours seront dispensés par des professionnels, et dans plusieurs langues, afin d’augmenter l’employabilité des étudiants. Une pratique déjà à l’œuvre dans certaines écoles comme Sciences Po, où les conférences de méthodes sont généralement faites par des personnes n’étant pas enseignantes à temps plein.


Orientation

Dans la Nouvelle République, La crise, conseillère d’orientation des bacheliers. “Les lycéens sont enfin toujours plus nombreux à se tourner vers le privé. Les écoles de commerce et d’ingénieur, en particulier, font le plein. « Ce sont des formations polyvalentes, qui ouvrent sur une multitude de secteurs économiques », note Emmanuel Sulzer. Marginal il y a encore vingt ans, l’enseignement supérieur privé accueille aujourd’hui près d’un étudiant sur six.
Au-delà de l’effet crise, « la structure de l’enseignement supérieur a beaucoup évolué », pointe Emmanuel Sulzer. Selon le chercheur, « il n’y a pas moins de jeunes qui font des études par goût. Mais le nombre d’étudiants ayant fortement augmenté, l’effet de masse peut donner l’impression d’un pragmatisme accru ».

L’ONISEP annonce qu’elle organise à la rentrée 2014, du 6 au 10 octobre, en partenariat avec le réseau Canopé-le Scéren, son premier salon virtuel pour les enseignants et les personnels d’orientation, sur le thème « L’orientation scolaire à l’ère du numérique ».


La formation professionnelle des adultes

La loi sur la formation professionnelle a été votée le 5 mars. L’Express s’interroge : La réforme de la formation professionnelle, inefficace ? “ ... suffira-t-elle à corriger le système et à réduire les inégalités d’accès aux programmes ? "Terra Nova, think-tank proche du PS, qui a publié un rapport lundi 23 juin sur la question, en doute.

Les Régions veulent mutualiser les équipements dans le cadre de la décentralisation de la formation professionnelle pour les détenus.

Les Echos font état de l’arrivée de nouvelles formes de formation : Les « pilules de formation », nouveau « traitement » pour autonomiser et former les collaborateurs.

Sur le site Orientactuel un compte-rendu dernier Congrès international de l’orientation qui s’est tenu à Montpelliers s’intitule : Pourquoi et comment l’orientation peut-elle “changer le monde”. “Créés par la loi du 5 mars 2014, le compte personnel de formation et le conseil en évolution professionnelle traduisent la manière dont partenaires sociaux et législateur pensent devoir accompagner les parcours individuels. Pause réflexion avec la publication des actes du dernier Congrès international de l’orientation [1].” “À l’heure où le conseil en évolution professionnelle (CEP) promet l’accompagnement individualisé pour tous, les prestations d’orientation sont amenées à évoluer. Pour les conseillers, il ne s’agira pas de se limiter à un rôle d’informateur, et encore moins de prescripteur. Bien davantage que pour apporter une solution fondée sur une expertise qu’ils seraient seuls à détenir, ils seront sollicités pour co-construire avec le bénéficiaire une capacité à surmonter les difficultés et à tracer son chemin. C’est du moins l’opinion défendue lors du colloque par une équipe de psychologues de l’association Traverses, apôtres du “counseling”.


Et demain Lionel Jeanjeau, le bac étant passé, reprend du service pour notre/votre revue de presse.
Bernard Desclaux


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Les portraits de Monique Royer


Hors-série numérique 35
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier

Enseignant un métier qui bouge
N° 514 Coordonné par Michèle Amiel et Yannick Mével juin 2014

Tous les enseignants expérimentés le disent : ce n’est plus comme avant, le métier change. Allons voir de plus près ce qui évolue, comment le métier change, comment ces évolutions pourraient être accompagnées par l’institution, à toutes les échelles, en quoi elles vont dans le sens de l’essentiel : mieux faire apprendre les élèves.