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Revue de presse du mercredi 19 octobre 2016

Violences - Nébuleuse - Innover/révolutionner ?


La presse du jour revient sur les violences qui touchent le milieu scolaire ces derniers temps. On retiendra aussi les inquiétudes qui traversent les progressistes dans les débats sur l’école.

Violences

Le Monde revient sur l’émotion après des violences contre des personnels de l’éducation. L’article rappelle que « ces derniers jours, plusieurs enseignants et proviseurs ont été agressés par des jeunes, élèves ou non. » et nous fait part de quelques réactions politiques et syndicales.
Eric Debarbieux publie justement un ouvrage qui réunit les meilleurs chercheurs internationaux sur la violence scolaire. S’appuyant sur les conclusion de ce livre, il affirme dans le café pédagogique, qu’« il est urgent de changer notre philosophie de l’éducation pour lutter contre les violences scolaires ». L’ancien Délégué ministériel à la prévention de la violence scolaire précise que « face à la violence scolaire, la réponse est pédagogique et non sécuritaire »

"Nébuleuse nostalgique"

Une tribune publiée dans Le Monde par Grégory Chambat et Laurence De Cock a retenu toute notre attention. Intitulée « Une nébuleuse nostalgique d’un ordre scolaire ancien étend son influence sans qu’on s’en alarme » elle met en garde les progressistes et les tenants d’une école démocratique et émancipatrice contre « l’offensive du retour à l’ordre dans l’école » en précisant qu’ils « ne peuvent plus réagir que par un haussement d’épaule ».
Les deux auteurs y dénoncent une « nostalgie d’une école de la ségrégation sociale, du chacun à sa place et de l’entre-soi qui avance masquée. » et une chasse aux sorcières aux « « Ayatollahs de la pédagogie », « Khmers rouges », « nouveaux Mao », « barbares », « assassins de l’école », « pédagogiches » ou « pédabobos » la « guerre civile des mots » des « antipédagogistes » ne sembl[ant] plus souffrir de limites. ». Il rappelle les alliances qui se nouent dans cette nébuleuse du courant réac-publicain, de SOS Education au Front National, en passant par Debout la France et les Chevènementistes. S’appuyant sur l’héritage de Freinet, les signataires se proposent, nous proposent, non plus de « développer, améliorer, réformer l’enseignement, [mais] le révolutionner ».
On peut être en partie en désaccord avec certains passages : si la refondation a été bien trop timide c’est davantage par manque de courage politique face aux conservatismes que par adhésion à un "projet libéral", si les transformations peuvent en effet venir d’en bas, elles peuvent aussi venir d’en haut, être impulsées ou au moins ne pas être freinées.
Ces réserves ne nous empêchent nullement de nous retrouver dans cette tribune, qui a l’immense mérite de clarifier les choses. Et on peut espérer que face à cette menace, les lignes continuent de bouger.
S’il fallait une illustration très caricaturale de ces attaques réactionnaires contre l’école démocratique, on peut écouter la chronique de l’excellent Guillaume Meurice sur France Inter qui est allé à la rencontre de la manif pour tous. En plus de la "théorie du genre" on y entend une enseignante oser affirmer qu’on enseigne la zoophilie aux enfants dans nos écoles, si, si ...
Sur la même page du Monde, Nathalie Mons et Georges Felouzis reviennent sur le rapport du cnesco et les critiques qu’il a suscitées en réclamant notamment plus de volontarisme sur les réformes. « Le rapport sur les inégalités sociales et migratoires à l’école du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) a créé un électrochoc. En effet, il répond sans tabou à une question grave pour notre société et l’avenir de notre pays : pourquoi et comment l’école française est-elle devenue la plus inégalitaire des pays de l’OCDE ? Il montre que les réformes à répétition de l’éducation prioritaire mais aussi – et ces résultats ont été moins médiatisés – que la création en continu de classes ségrégatives au collège et les relances successives du collège unique, avec son empilement de dispositifs d’aide individualisée jamais évalués, n’ont pas permis sur les trente-cinq dernières années de lutter efficacement contre les inégalités à l’école. ».

Innover, révolutionner ?

Les lignes précédentes rappelaient que le système ne doit pas freiner les initiatives de terrain et au contraire les impulser.
Ce n’est pas toujours évident sur le terrain, même quand une volonté politique semble soutenir l’innovation pédagogique. Dans la lettre de l’Education, Luc Cédelle le rappelle fort bien à propos des péripéties que rencontre le collège Clisthène. « La main droite (celle du ministère de l’éducation nationale) sait-elle toujours ce que fait la main gauche (celle de l’administration) ? Dans toute organisation pyramidale, les contradictions entre la volonté politique au sommet et les hiérarchies chargées de l’appliquer sont monnaie courante. Il arrive que le paradoxe soit particulièrement aigu.
Le hasard a voulu qu’au moment même où Najat Vallaud-Belkacem et son équipe décident de reconnaître la valeur de « l’innovation » et de prendre une série de mesures pour la favoriser, l’équipe du collège expérimental Clisthène, à Bordeaux, se sente soudain - dans sa quatorzième année d’existence - gravement menacée dans son autonomie de travail, condition clé de sa pérennité. Peu importent les détails et leurs poisons conflictuels : semblable mésaventure n’est pas une originalité parmi les innovateurs qui, comme cette équipe, tiennent à se situer dans le cadre et les obligations du service public. Une fois de plus, il est ainsi démontré que l’ancienneté, la notoriété, la persévérance, la reconnaissance locale et nationale, la loyauté envers l’institution ne sont pas une protection suffisante pour qui prétend expérimenter des modalités d’enseignement s’écartant un tant soit peu de la norme.
 »
Pour d’autres raisons, bien plus osbures encore, le lycée expérimental de Saint-Nazaire est lui aussi menacé. Le JT de France 3 Pays-de-la-Loire du 17 octobre nous éclaire sur cet imbroglio ( vers la 4e minutes)
Pour terminer sur une note positive, écoutons le conseil que donne Jacques Cool à un jeune professeur qui souhaite se lancer, sur le site Kokoroe : « Rappelez-vous, vous terminez votre formation initiale ; le nom le dit : initiale ! Il faut aborder la profession dans une perspective de « growth mindset » (état d’esprit ouvert à la croissance professionnelle). En éducation, on reste en mode beta perpétuel. Même moi, à 57 ans, je réalise qu’il me reste tant à apprendre… Aussi, je leur dis : allez et cultivez votre réseau d’apprentissage professionnel, via les réseaux sociaux. Aujourd’hui l’isolement professionnel est un choix ! ».

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Dessin de Fabien Crégut

Bonnes vacances aux enseignants, (qui entament leurs six mois de repos si on en croit un ex président)

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Pédagogie : des utopies à la réalité
Revue n° 525 - decembre 2015
Qu’est-ce qui fait qu’un enseignant, un éducateur, sort des sentiers battus et s’avance sur les chemins de l’expérimentation et de l’innovation ? Qu’est-ce qui le met, l’a mis en mouvement ? Quels sont les utopies, les projets, les rêves, les modèles peut-être qui font entrer dans un collectif, un mouvement pédagogique ?

Enseignant : un métier qui bouge
Revue n°514 - juin 2014
Tous les enseignants expérimentés le disent : ce n’est plus comme avant, le métier change. Allons voir de plus près ce qui évolue, comment le métier change, comment ces évolutions pourraient être accompagnées par l’institution, à toutes les échelles, en quoi elles vont dans le sens de l’essentiel : mieux faire apprendre les élèves.

Le climat scolaire
Revue n°523 - septembre 2015
Qu’est-ce qu’un bon climat scolaire ? Est-ce lorsque les élèves répondent à notre fantasme du «  bon élève  » ? On ne peut nier l’impact qu’il a sur les personnels et les élèves. Se sentir bien ou mal à l’école détermine en profondeur le parcours que l’on y mènera.


Portfolio

  • Dessin de Fabien Crégut