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Revue de presse du mercredi 04 décembre 2013

Pisa 2012 du constat aux résolutions


Pisa, c’est quoi au fait ?

Tous les trois ans, PISA (Programme International de Suivi des Acquis des élèves) propose une batterie de tests évaluant les élèves d’une même classe d’âge pour 65 pays dont 34 appartenant à l’OCDE sur trois grands domaines : la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique en se focalisant d’une fois sur l’autre sur un domaine en particulier ; cette année, les mathématiques étaient à l’honneur. Pour les curieux, vous trouverez dans cet article du Monde éducation « 5 exemples de questions ». A partir des résultats obtenus, l’OCDE, devenu grand « maître du monde » pour reprendre ici l’expression de Maryline Baumard, journaliste au Monde, l’OCDE donc effectue un classement mondial et distribue ici les bons points et là les bonnets d’ânes. C’est alors que commence le grand bal de la compétition scolaire. On vante les mérites des uns, on montre du doigt les faiblesses des autres, on s’exclame de joie, on crie au déclin, on fait mine de tomber des nues, on se flagelle et tout cela sans se préoccuper un seul instant du sens que l’on met derrière ces chiffres, ni même de savoir s’il est opportun d’évaluer dans le même temps, avec les mêmes consignes et les mêmes outils de mesure des compétiteurs qui n’ont ni la même préparation, ni la même histoire, ni la même culture, ni le même rapport à l’institution, ni le même fonctionnement social, etc. Non, contrairement à ce qu’on peut lire parfois PISA n’est pas une étude, elle ne s’intéresse pas à analyser les systèmes éducatifs, elle n’est pas non plus une enquête sur les pratiques pédagogiques ; elle est un contrôle des acquis, d’un certain type d’acquis, à un moment T. Voilà ce qu’est PISA. Un peu comme à l’école d’ailleurs, où l’on fait des contrôles, de préférence le même pour tous au même moment ; il faut dire que c’est plus facile pour noter, pour calculer des moyennes, pour classer ; puis vient le moment solennel où l’on félicite, on sanctionne, on prévient l’orientation à suivre, comme un aiguillon susceptible d’aider à l’amélioration et puis hop, on range dans un classeur en attendant la prochaine série de contrôles communs qui viendra valider les prédictions précédentes. Pour le moins troublant, ne trouvez-vous, pas cet effet miroir ? PISA, mon fidèle miroir, dis-moi cette année qui est le plus performant ? Dis-moi que je suis le premier et qu’un autre que moi est en dernière position, car c’est un peu cela non l’esprit PISA ? Peu importent les pratiques, peu importent les finalités et les valeurs éducatives sous-jacentes, peu importe la remédiation proposée derrière, l’important est de fournir des chiffres, ça fait très sérieux les chiffres, ça permet d’archiver des tableaux, de faire couler l’encre de la presse, de donner du grain à moudre aux querelles politiciennes, mais, pardon de poser la question : est-ce que ça fait progresser les élèves ? Est-ce que ça permet aux enseignants de mieux enseigner ? Est-ce que ça aide à réduire les inégalités de sexes ou sociales ? Est-ce que ça favorise la confiance réciproque des acteurs ? Et si ce n’est pas le rôle de PISA, et effectivement ça ne l’est pas, alors à qui revient le rôle de prendre en charge la lecture des résultats non pour s’y figer mais pour avancer, et dans le cas qui nous occupe ici pour permettre à nos élèves français de mieux apprendre et d’être mieux formés aux enjeux de demain ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, non ? Être premier de la classe si c’est pour rester seul dans son coin premier de la classe, est-ce là véritablement un enjeu ? Sur ce sujet, et pour aller plus en profondeur sur ce qu’est et n’est pas PISA, à noter l’article du blog Questions de classe(s) qui en propose une lecture éclairante grâce au texte de Didier Muguet intitulé « Pisa, un fétiche utile à quoi ? »

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Le dessin de Fabien Crégut

Pisa, et après ?

Ou plutôt, et maintenant ? oserai-je dire. Comment la France peut-elle entrer dans une logique authentique de Refondation ? Que savons-nous des pratiques qui ont fait et continuent de faire leurs preuves ici et ailleurs ? Ce matin sur France Inter, on a pu entendre Vincent Peillon et Philippe Meirieu, tous deux s’accorder sur plusieurs points. D’une part, le besoin d’une solide formation initiale des enseignants à laquelle il faut associer une nécessaire formation continue tout au long de la vie, élément essentiel dans la réussite des transformations pédagogiques. En effet, dans les pays qui ont su réformer leur système, cette formation perlée sur le temps et souvent collective, à savoir, demandée et suivie en équipe ou en réseau établissements, joue un rôle majeur. Vécue en lien avec les besoins particuliers des établissements demandeurs, elle permet d’entrer dans une logique d’organisation apprenante, susceptible d’accompagner collectivement et personnellement les enseignants et leurs élèves. Seront-nous capables de relever ce défi ? Deuxième axe majeur et qui fait consensus : des efforts massifs doivent porter sur les zones d’éducation prioritaire, là où les besoins sont souvent concentrés. Mais comment ? En réfléchissant à améliorer la carte scolaire bien sûr, mais pas uniquement. En Finlande par exemple, plusieurs enseignants spécialisés et formés pour cela sont affiliés à un même groupe scolaire. Ils interviennent au sein des classes ou en groupes plus restreints et prennent en charge la difficulté scolaire au sein de l’enceinte scolaire. A ne pas négliger non plus, une réflexion en profondeur sur les modes d’évaluation, sur les pratiques coopératives, sur la place qu’on donne au mot apprendre et sur les manières dont on invite les élèves à s’emparer ou non de leurs trajectoires scolaires. Enfin, et puisque c’est bientôt Noël, ajoutons à ces ingrédients de la réussite et de l’excellence un zeste de bonheur, une pincée de désir, une once de liberté et beaucoup de bienveillance ; alors l’excellence prendra tout son sens car elle sera au service de la réussite non seulement de soi mais aussi des autres. Alors, vous avez dit Refondation ? Allez, allez ! Hop, hop, hop ! A chacun d’y contribuer !

Demain, vous retrouverez Bernard Desclaux, pour votre revue du jeudi.

Ostiane Mathon


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Revue n°509 - Ce qui fait changer un établissement